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Travailleurs indonésiens de retour : des talents gâchés?

migrant

Les travailleurs migrants de retour au pays ont beaucoup à offrir, mais peinent à faire reconnaître les compétences qu’ils ont développées à l’étranger.

En 2006, Dewi a décidé de suivre les traces de sa grande sœur qui a travaillé deux ans à Taiwan. Après avoir intégré une agence de recrutement de travailleurs migrants à Semarang, Dewi a patienté pendant presque trois mois avant d’être mise en relation avec un employeur à Taipei. Entretemps, elle a suivi un programme de formation très encadré. Tous les matins et soirs, Dewi a étudié le mandarin avec une centaine de camarades de classe. L’après-midi, elle s’est exercée aux tâches culinaires et ménagères puisque l’agence lui avait dit qu’elle serait gouvernante à Taiwan.

A son arrivée à Taiwan, Dewi a découvert qu’elle n’allait pas être gouvernante ni même une nounou ordinaire. Au lieu de cela, elle a été chargée de prendre soin de Ming, un jeune garçon avec une déficience mentale et motrice importante. Incapable d’entendre, de parler ou de marcher, la peau de Ming était d’une pâleur extrême en raison des années passées à la maison, isolé. Au début, Dewi a été submergée à la fois par la nécessité de s’occuper de Ming sans interruption et par son propre manque de connaissance des moyens de l’aider. Le peu de mandarin qu’elle avait appris à l’agence de recrutement n’avait quasiment rien à voir avec la langue qu’elle entendait autour d’elle à Taiwan. Les parents de Ming ne lui accordaient aucun jour de congé et la seule pause qu’avait Dewi était lorsqu’elle accompagnait Ming à son école spécialisée. Elle n’avait pas encore fini de rembourser les frais de l’agence de recrutement, et elle savait qu’il lui faudrait rester tant qu’elle n’aurait pas au moins atteint ce seuil.

Plus Dewi restait, plus elle s’attachait à Ming et plus elle apprenait comment prendre soin de lui. Bientôt, Dewi a maitrisé le langage des signes, établi des routines avec Ming et trouvé des moyens de jouer avec lui et de l’inciter à aller dehors. Après six années de travail avec Ming, Dewi a finalement décidé de rentrer chez elle en Indonésie. Elle voulait utiliser ce qu’elle avait appris pour aider les enfants indonésiens ayant des besoins éducatifs spécifiques, mais école après école, on lui a dit qu’on ne pouvait la recruter car elle n’avait suivi aucune formation reconnue. Son expérience à Taiwan ne comptait pas, principalement parce que les certificats de l’agence de recrutement indiquaient qu’elle avait été employée comme domestique. Bien que Dewi ait des compétences et une expérience précieuses qui pourraient contribuer à améliorer la vie des enfants indonésiens ayant des besoins éducatifs particuliers, son manque de référence signifiait qu’elle ne pourrait jamais utiliser ses compétences durement acquises.

Mal formées

L’histoire de Dewi est unique. Mais elle fait également échos aux histoires de milliers de femmes indonésiennes qui partent chaque année travailler à l’étranger. Depuis 2004, le gouvernement indonésien demande à tous les travailleurs migrants domestiques de participer à des « formations » avant de partir à l’étranger. Selon la loi indonésienne, cette formation doit aider les femmes à se préparer pour leur futur travail à l’étranger et inclue, entre autres, des informations sur les coutumes, les traditions et les croyances religieuses du pays de destination, ainsi que des discussions sur les risques du travail à l’étranger. Mais, comme Dewi, la plupart des femmes partent insuffisamment préparées.

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