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Noé, interdit en Malaisie pour son caractère non islamique

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Comme Russel Crowe l’avait lui-même anticipé, le film Noé a été interdit en Malaisie où environ 60% de la population est officiellement musulmane. Le film met en scène Noé, que l’on retrouve dans la Bible et le Coran. On y décrit comment il s’acquitte de la tâche que Dieu lui a donnée en construisant une grande arche pour sauver les hommes et les animaux.

Datuk Abdul Halim Abdul Hamid, le président du Comité de la Censure Cinématographique, a justifié cette interdiction en déclarant que « incarner un prophète » était « non islamique, peu importe qui en endosse le rôle.»

Un film peut-il toutefois être légalement interdit en Malaisie parce qu’il est non islamique ? Quel est le critère approprié à adopter lorsqu’on limite la liberté d’expression – un droit fondamental garanti par la constitution ?

Des directives contradictoires avec la Constitution malaisienne

Abdul Halim a déclaré que le comité de censure a visionné le film avec les responsables du Département du Développement Islamique en Malaisie (Jakim). Selon lui, la représentation d’un prophète allait à l’encontre des directives au sujet de la censure cinématographique fixées par le ministère de l’Intérieur, ainsi que des directives de Jakim concernant la diffusion.

Selon le paragraphe 2.2.2. (ii) des directives, le contenu qui contredit la foi islamique, ainsi que ses lois et ses préceptes, doit être examiné avec attention. Il n’est pas clair si Noé a échoué à cause de ça, étant donné qu’Abdul Halim n’a pas précisé à l’encontre de quelle section des directives allait le film lors de sa déclaration.

L’interdiction elle-même peut cependant être disputée, étant donné qu’elle contredit l’article 10 de la Constitution Fédérale qui garantit la liberté d’expression. Des restrictions peuvent être émises par le Parlement, mais uniquement dans certaines circonstances : lorsque la sécurité nationale ou les relations avec d’autres pays sont compromises ou s’il faut protéger l’ordre public et la moralité. D’autres restrictions peuvent être mises en œuvre afin de protéger les privilèges parlementaires et afin d’assurer une protection contre outrage au tribunal, diffamation ou incitation à toute forme de violence.

Afin de mettre en œuvre une restriction légitime, l’objectif de toute interdiction allant à l’encontre de la liberté d’expression doit remplir l’un des critères mentionnés plus haut. Ces restrictions se doivent d’être raisonnables et proportionnelles par rapport à l’objectif qu’elles cherchent à atteindre. De ce fait, les restrictions doivent être aussi limitées que possible et ne pas offrir trop de latitude à toute forme d’autorité gouvernementale.

Non islamique ne signifie pas forcément illégal

Un film ou un livre peut être qualifié de non islamique, mais cela n’en justifie pas pour autant l’interdiction. Le Comité de Censure Cinématographique a apparemment confondu ce qui est non islamique avec ce qui est illégal. Il y a une différence entre les principes religieux de l’Islam et les lois malaisiennes. Cette distinction devient floue à cause de décisions gouvernementales comme celle-ci où la liberté d’expression est limitée à travers une justification religieuse.

Si un film contient des éléments non islamiques, les critères énoncés plus haut doivent encore être remplis avant que l’on puisse interdire le film. Est-ce que projeter Noé va mettre en danger la sécurité nationale ou les relations amicales avec d’autres pays? Est-ce que l’ordre public ou la moralité publique seront vraiment en danger? Est-il diffamatoire? Va-t-il inciter à toute sorte d’offense?

Simplement affirmer que l’interdiction vise à « protéger la sensibilité et l’harmonie » de notre communauté multiraciale et multi religieuse, comme l’a déclaré Abdul Halim, est insuffisant. Une restriction légitime doit expliquer en quoi projeter le film met en danger l’ordre public. En d’autres termes, il doit y avoir un lien direct entre l’interdiction et ce qu’elle est sensée éviter ou protéger.

L’article 3(1) de la constitution malaisienne reconnaît l’Islam comme religion de la fédération. Toutefois, l’Article 3(4) stipule que « Rien dans [l’Article 3] ne déroge à aucune autre disposition de cette Constitution. » Cela signifie que, même si l’Islam est la religion de la fédération, cela n’enlève en aucun cas des droits et privilèges quelconques accordés par les autres dispositions de la constitution.

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