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Thun Saray (Adhoc) : « Au Cambodge, le mécontentement grandit »

15/04/2014 by Le Monde in Conjoncture, Economie

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Thun Saray, 62 ans, est le fondateur et président de l’Adhoc (Ligue cambodgienne pour les droits de l’homme). Cet économiste de formation, emprisonné plusieurs années sous le régime des Khmers rouges (1975-1979), puis par Hun Sen, l’homme fort du Cambodge depuis vingt-huit ans, plaide pour une solution négociée entre pouvoir et opposition pour sortir de la crise politique actuelle. Le Cambodge est sous tension depuis que les autorités ont repris la situation en main de manière musclée, le 3 janvier, et réduit les protestataires au silence.

Le Cambodge se retrouve-t-il, de fait, placé sous état d’urgence, comme le dénonce le chef de l’opposition, Sam Rainsy ?
Pour pouvoir suspendre le droit à aux manifestations et rassemblements, inscrit dans la Constitution, il aurait fallu décréter la loi martiale, mais ce n’est possible qu’en cas de situation extrêmement grave, ce qui n’était pas le cas. Afin de contourner le problème, la municipalité de Phnom Penh a été chargée d’interdire toute manifestation et rassemblement de plus de 10 personnes. Mais cette mesure n’est pas légale. Il s’agit d’une violation de notre Constitution. Donc, oui, d’une certaine façon, la capitale vit sous état d’urgence.

Quel est l’état de la situation des droits de l’homme au Cambodge ?
En 2013, c’est le foncier qui a concentré les plus graves cas de violations : accaparement de terres, expulsions arbitraires, spoliations, au profit d’entreprises étrangères ou nationales, ou encore de personnes bien placées au pouvoir à Phnom Penh. Ces opérations se font d’autant plus facilement que la commission cadastrale est faible et se range toujours du côté du pouvoir. La justice est également soumise au pouvoir et à l’argent.

Tout ce qui est lié aux ressources naturelles au Cambodge est source d’appropriations illégales. La déforestation se poursuit de façon accélérée, pour installer des plantations d’hévéas, avec un trafic important vers le Vietnam et la Thailande. Sous la pression des ONG et des bailleurs de fonds, on note cependant quelques progrès. La commission gouvernementale anticorruption a ainsi fait sanctionner quelques cas flagrants de corruption, mais toujours des petits poissons ! Les gros, eux, passent toujours à travers les mailles du filet… Le gouvernement tient à son image, mais il continue de gérer le Cambodge avec un double système : l’officiel, et le non officiel, avec un penchant très net pour le second.

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