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Le football, une affaire politique en Indonésie

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Les élections présidentielles seront suivies par des millions d’Indonésiens cette année. Ce sera également une des élections les plus couvertes de l’année à l’international, en raison de la présence de l’Obama-esque Jokowi, largement pressenti pour être élu Président. La démonstration démocratique indonésienne sera spectaculaire et divertissante et apportera certainement son lot de surprises d’ici le 9 juillet.

Mais les élections législatives et présidentielles ne seront pas le seul événement qui captera l’attention populaire en 2014. Le football, bien sûr, fera encore la une des journaux locaux et nationaux cette année. La popularité de ce sport en Indonésie est incroyable. Plus de 100 millions de fans seront devant leur télévision pour assister aux matchs de l’équipe nationale, tandis que les matchs du week-end couvrant le championnat national continueront de rassembler plus de 50 millions de fidèles téléspectateurs chaque semaine. Quand on voit que l’affluence dans les stades rivalise – et probablement dépasse – celle des plus grands championnats d’Europe, il devient évident à quel point le football est important en Indonésie.

Comme la plupart du temps en Indonésie, la politique ne semble jamais loin du pouvoir et de l’influence. Traditionnellement, les hautes sphères du pouvoir politique, y compris les présidents Soekarno et Soeharto, ont influencé la fédération de football (PSSI) ou ont eu des liens avec elle. Dans le contexte actuel, le football démontre une remarquable aptitude à refléter les plus importants changements sociétaux en Indonésie. Le monde des affaires est monté en puissance et l’influent Bakrie Group fait maintenant la pluie et le beau temps.

Suite à l’émancipation du PSSI dans l’ère post-Soeharto, Abruzial Bakrie, candidat du Golkar à la présidentielle, a vu l’opportunité que pouvait représenter le football. En 2003, son frère Nirwan est devenu le vice-président du PSSI tandis que Nurdin Halid, un éminent membre du Golkar, en a pris la présidence. Le mandat d’Halid a été marqué par une gestion médiocre et des scandales de corruption, dont le symbole a été la période étrange durant laquelle il a continué de diriger la fédération tout en étant derrière les barreaux, après qu’il a été reconnu coupable de deux chefs d’accusation. Cette situation, cependant, a finalement été régularisée grâce à l’intervention de Yudhoyono, qui a demandé à son ministre des Sports d’imposer des changements de direction dans l’organisation en 2010.

Suite au renvoi de Nirwan et d’autres membres du Golkar du PSSI, Bakrie a soutenu la formation d’une nouvelle ligue de football concurrente, une décision qui a déclenché d’intenses protestations de la part du public et a plongé le football indonésien dans la crise. Les sponsors ont fui, les finances de certains clubs ont été siphonnées et l’intérêt du spectateur et le niveau de jeu sur le terrain ont chuté. Yudhoyono a été sommé d’organiser des négociations entre les deux ligues rivales, qui ont finalement accepté en 2013 de se réunifier en une seule ligue à compter de la saison 2014, l’entourloupe étant que le président resterait Djohar Arifin Husin, un proche allié du Bakrie Group.

Le moment choisi par Bakrie pour consolider son pouvoir dans le monde du football n’aurait pas pu être plus stratégique et approprié pour ce candidat à la présidentielle. La division des médias du Bakrie Group, Visi Asia Media, détient maintenant des droits exclusifs sur la ligue nationale indonésienne, mais aussi sur la convoitée Coupe du Monde FIFA 2014. Au regard des ambitions politiques de Bakrie, l’audience potentielle qu’il touchera est un remarquable et important avantage pour sa campagne actuellement en perte de vitesse. Les déclarations de Visi au Jakarta Globe suggèrent que les chaînes attireront une audience record lors de la diffusion de la Coupe du Monde, programmée juste un mois avant l’élection présidentielle. De plus, les matchs sont prévus pour se dérouler durant le Ramadan et les coups d’envoi sont programmés pour coïncider avec l’heure du repas pris avant le lever du jour, garantissant presque automatiquement de toucher un auditoire captif beaucoup plus large que les seuls fans de football les plus assidus prêts à se lever à ces heures matinales.

Somme toute, 2014 sera une année charnière pour l’Indonésie. Les élections et la ligue nationale de football remaniée sont attendues avec impatience depuis des années et produiront toutes deux un formidable mélange de vétérans rôdés et de novices en quête d’expérience. Et même si Bakrie a peu de chances de l’emporter, son contrôle sur le football et sa forte influence médiatique montrent qu’il faudra compter avec lui – et qu’il sera un candidat que Jokowi ferait mieux d’éviter de contrarier.

Traduction : Elsa Favreau
Source (David Lee*/New Mandala) : Indonesia’s political football
*David Lee est un amateur de football étudiant au sein du Master d’Etudes sur l’Asie-Pacifique à l’Australian National University.
Photo : killerturnip / Flickr

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