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En amont du Sommet pour le Mekong, l’opposition aux barrages du Laos se mobilise

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Les principaux groupes de sauvegarde de l’environnement ont émis une déclaration ce dimanche 30 mars commune contre la construction du controversé barrage hydroélectrique Xayaburi, qui concerne le Cambodge, le Laos et le Vietnam.

Des manifestations ont eu lieu parmi les communautés du nord-est du Cambodge samedi contre ce projet, dont les experts disent qu’il pourrait impacter les millions d’habitants vivant en aval du fleuve.
La déclaration commune, signée par 39 groupes de protection de l’environnement, précède le sommet de la MRC (Mekong River Commission), à Ho Chi Minh, durant lequel des délégations gouvernementales du Cambodge, Vietnam, Laos et de la Thaïlande discuteront des impacts du développement du barrage sur la région du bas Mekong.

Le barrage Xayaburi est le premier des 10 projets de barrage sur le cours principal du bas du fleuve Mekong, et le gouvernement laotien, en dépit de la forte résistance du Cambodge et du Vietnam, fait pression pour son développement, ce qui constitue un défi pour la MRC dont l’objectif est d’atteindre un consensus régional avant le début de la construction du barrage.

Selon la déclaration des 39 organisations, « le projet hydroélectrique Xayaburi au Laos est l’un des barrage les plus préjudiciables actuellement en construction dans le monde » et il « constitue la plus importante menace transfrontalière, à ce jour, en termes de sécurité alimentaire, de développement durable et de coopération régionale dans le bassin du bas Mekong ».

Au regard de l’évidence croissante des dommages irréversibles que causera le barrage à la biodiversité, aux stocks de poisson et aux moyens de subsistance humains, les signataires ont fixé un délai d’un an pour obtenir l’arrêt de la construction, pour que l’étude de la MRC sur les effets de long-terme des barrages de grande échelle puisse être complétée.

« Le Sommet du Mekong est un moment critique pour le Cambodge et le Vietnam, qui doivent adopter une position forte et dire haut et fort leurs inquiétudes avant qu’il ne soit trop tard » explique Kraisak Choonhavan, ancien président du Comité des affaires étrangères du Sénat thaïlandais, dans la déclaration.

Les groupes appellent également la Thaïlande à faire pression sur le Laos en revenant sur son engagement à acheter la plupart de l’électricité produite par le barrage Xayaburi, et en demandant au consortium des 6 banques thaïlandaises qui financent la construction de reconsidérer l’effet du financement d’un projet dévastateur sur leur réputation.

Le Laos a également annoncé qu’un second barrage sur le cours principal, le barrage Don Sahong de 256 MW – à seulement 1,5 km de la frontière cambodgienne – allait être lancé sans consultation régionale, en dépit du fait que les études aient montré qu’il menace l’intégralité de l’écosystème du bas Mekong en bloquant l’unique voie d’eau du sud du Laos qui permette la migration de poissons toute l’année.

Samedi 29 mars, plus de 200 manifestants dans la province de Stung Treng ont navigué sur le Mekong pour attirer l’attention sur les dangers que représente le Don Sahong pour les communautés locales et la faune, notamment le dauphin du Mekong, en danger de disparition.

Les villageois, dont des étudiants et des élus locaux, se sont rassemblés à la pagode Preah Romkil dans le quartier Thal Borivat et ont navigué jusqu’à une zone de la rivière habitée par des dauphins, selon Vong Kosal, juriste pour l’ONG Forum qui avait rédigé la semaine dernière une pétition appelant à un arrêt immédiat du barrage.

« Nous récoltons les empreintes digitales de tous les participants pour les envoyer au gouvernement cambodgien, afin de leur signifier nos inquiétudes face aux dirigeants des autres pays parties au sommet de la MRC au Vietnam » explique M. Kosal.

Lors d’une autre manifestation samedi dans la province de Kratie, 200 personnes ont embarqué dans 42 bateaux dans le quartier de Sambor, pour un voyage de 7 heures afin de lancer l’alarme auprès des communautés vivant le long du Mekong.

« Nous avons préparé une lettre ouverte, et enverrons notre message aux 4 pays présents au Sommet, pour arrêter la construction du projet Don Sahong » explique Sam Sovann, directeur exécutif de l’Organisation du développement rural du Nord-est.

Ailleurs encore, environ 200 villageois de l’ethnie Chong, dans la vallée Areng de la province Koh Kong vont aujourd’hui soumettre une pétition au bureau provincial du gouvernement, dans le cadre de la manifestation en cours contre la construction imminente du barrage Stung Chlay Areng.

Le développement de ce barrage par l’entreprise chinoise Sinohydro (Cambodge) United Ltd conduira, selon les groupes écologistes locaux, à des centaines d’expulsions, et nécessitera l’inondation de milliers d’hectares de terre, y compris des parties de la forêt protégée des Cardamomes, considérée sacrée par les Chong.

« Les villageois veulent faire savoir au grand public que leur terre ancestrale est menacée par le développement de ce barrage, explique Ing Kongcheth, coordinateur provincial pour Licadho, l’ONG de défense des droits.

« Ils veulent faire annuler le projet car les dommages causés seront très importants s’il se poursuit. »

Traduction : Hélène Nourdin
Source (Cambodia Daily) : Opposition grows to Laos Mega Dams ahead of Summit
Photo : Pondspider / Flickr

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