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Politique paranormale en Indonésie

Dukun-caleg

En Indonésie, des centaines d’aspirants députés accomplissent des rites en suivant un rituel bien défini par un « dukun », une personne dotée de pouvoirs surnaturels. Une opération qui, à défaut de rapporter gros, peut coûter cher.

Miftahul Jannah, une candidate du Parti Démocrate dans le District de Ngawi, a médité au milieu de la rivière sacrée de Tempuk Alas Kedongo, au coeur d’une jungle de teck à Ngawi, afin d’atteindre son objectif, être élue au parlement.

Elle n’est pas la seule. En Indonésie, des centaines d’aspirants députés accomplissent des rites sur des montagnes, dans des rivières, sur des plages et dans des grottes sacrées – parfois dangereuses – en suivant un rituel bien défini par un « dukun », une personne dotée de pouvoirs surnaturels.

De telles méthodes ont un coût. D’après Ki Joko Bodo, le principal dukun d’Indonésie, il faut compter de 1 à 10 milliards de Rupiah (soit 100 000 à 1 million de dollars US), en fonction du candidat, pour un poste au parlement national. Pour briguer la présidence du pays, le montant peut atteindre 5 millions de dollars US. Un nouveau venu dans le business du paranormal, Desembriar Rosyady, a une autre stratégie. Il garantit que 100% de ceux qui croient en lui seront élus. Le coût de la prestation varie mais pourrait aller jusque 100 millions de dollars US dans le cas de la course pour les élections présidentielles. L’argent est conservé par un notaire et ne lui sera remis que si le candidat est élu.
Quelles sont les raisons qui, encore de nos jours, poussent les candidats à se tourner vers des moyens irrationnels pour assouvir leurs ambitions politiques ?

La réponse se trouve peut-être dans deux compréhensions très différentes du concept de pouvoir : la rationalité occidentale et le concept javanais, très bien expliqué dans un texte classique de Benedict Anderson, L’idée de Pouvoir dans la culture javanaise. Contrairement au concept moderne européen de pouvoir qui est abstrait, de sources hétérogènes, sans limites d’accumulation, et moralement ambigu, pour les Javanais, le pouvoir est concret, vient d’une source unique, est constant dans sa quantité et ne pose pas de question de légitimité. Le pouvoir, dans la culture javanaise, peut se trouver dans des objets sacrés comme un keris (une dague), un akik (une pierre précieuse), ou des amulettes. Les candidats suivent des rituels dans le but d’absorber le pouvoir qui réside dans des lieux sacrés, ou d’y accumuler du pouvoir.

Il est intéressant de noter que la relation entre l’homme politique et le paranormal relève en fait de politique économique. Un de mes anciens étudiants, Muhammad Sahlan, a mené des recherches sur cette relation entre le dukun et l’homme politique, et en a conclu que cette relation est de fait plutôt rationnelle et mutuellement bénéfique. Il a mené ses recherches dans le district de Banyuwangi dans l’est de Java, un haut lieu de superstition en Indonésie, où les dukun sont titulaires de certains privilèges au sein de la société. Le Dukun a besoin du soutien financier du candidat, qui se traduit par plusieurs formes de rituels. De même, le candidat a besoin du dukun comme fournisseur de pouvoir pour gagner des soutiens, en particulier auprès des masses d’électeurs qui croient au pouvoir du dukun. Les candidats ont des connections avec les dukuns dans chaque circonscription électorale, en particulier dans les zones difficiles à atteindre pour les appareils des partis.

Tout cela est finalement plutôt rationnel.

Traduction : Louise de Nève
Source (New Mandala) : Paranormal Politics http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2014/03/25/paranormal-politics

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