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Le sultan de Brunei menace ceux qui critiquent la Charia

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Le sultan de Brunei, Hassanal Bolkiah, a averti ceux qui critiquent la Charia sur le Net qu’ils pourraient faire face à des poursuites judiciaires quand le nouveau Code pénal prendra effet, le mois prochain.

« Il ne leur est plus donné la liberté de poursuivre leurs moqueries et s’il y a des éléments pour les amener devant un tribunal, alors la première phrase de la loi Syariah (loi pénale) applicable à partir d’avril, sera appliquée à leur encontre. »

Le Sultan a fait cette déclaration lors de la 30è fête nationale, après les nombreuses critiques des cyber-citoyens qui ont réagi négativement à la décision du gouvernement de mettre en place la Charia dans le Code pénal.

Brunei est un pays majoritairement musulman. C’est une monarchie où le Sultan est également le Premier ministre et exerce un pouvoir absolu sur le gouvernement et la société. Le sultan est aussi l’un des hommes les plus riches du monde.

La Charia est actuellement appliquée dans le pays, mais limitée aux questions personnelles et familiales. A partir du 1er avril, le périmètre des sanctions sera étendu, incluant la lapidation pour adultère, l’amputation des membres pour vol, la flagellation pour des atteintes à la Loi telles que l’avortement, la consommation d’alcool et l’homosexualité. On y trouve également la peine capitale pour le viol et la sodomie. Le sultanat de Brunei est le premier pays d’Asie du Sud-Est à appliquer la Charia au niveau national.

Le Sultan semble avoir été contrarié par les commentaires sur les réseaux sociaux qui critiquaient la Charia. Dans son discours, il a mis en garde son peuple, lui demandant de se méfier des internautes qui insultent les lettrés et responsables gouvernementaux islamiques du Sultanat :

« Nous devons être sage et prudent en récoltant ses bénéfices. Autrement, si nous sommes négligents et abusons (de cette technologie), les effets néfastes ne seront pas uniquement visibles sur les individus mais sur la nation dans son intégralité.

Ils utilisent de nouveaux médias commes des blogs, WhatsApp, etc. qui ne sont pas uniquement accessibles par les citoyens de Brunei, mais également par l’étranger.

…(…) cela constitue un challenge pour la nouvelle génération qui doit se tenir solidement en ligne avec les aspirations du pays et ne doit pas être influencée par ces éléments irresponsables qui souhaitent provoquer un désordre international ou instiguer un conflit, et qui ne respectent pas leurs responsables ou leur gouvernement.

Réagissant au discours du Sultan, Sam Zarifi de la Commission Internationale des Juristes (ICJ) a exhorté le sultanat de respecter les points de vues dissidents de ses citoyens :

La déclaration du Sultan Hassanal Bolkiah montre que les droits de l’homme, en particulier la liberté d’opinion et d’expression, sont largement méprisés par les autorités à Brunei.

Des débats libres et ouverts sur des sujets comme la promulgation d’une loi sont les pierres angulaires d’une société démocratique.

Plus tôt, le ICJ avait déclaré que le Code pénal était incompatible avec l’engagement du Brunei à adhérer à des accords internationaux sur les droits de l’homme. Notament, l’ICJ est profondément déçu de la réintroduction de la peine de mort dans le pays :

Si elle était mise en place, la loi mènerait à de sérieuses violations des droits de l’homme en réintroduisant la peine de mort et en imposant d’autres châtiments cruels et inhumains, dont la lapidation, pour des comportement qui ne seraient même pas considérés comme criminels.

Le sultanat de Brunei n’a pas appliqué la peine de mort depuis 1957.

L’ICJ a aussi envoyé une lettre au gouvernement demandant la clarification sur des dispositions qui pourraient, selon eux, restreindre leur liberté d’expression:

… Nous notons, cependant, que les dispositions du Code pénal 2013, pénalisent à la fois les musulmans et les non-musulmans pour l’impression, la dissémination, l’importation, la diffusion et la distribution de publications “contraire à la Charia” (Articles 213, 214, et 215). Nous considérons que ces dispositions constituent des restrictions injustifiées de la liberté de religion et violent les droits à la liberté d’expression et d’opinion.

Une fois que la Charia prendra effet, les non-musulmans n’auront plus le droit d’utiliser 19 mots pour parler des autres religions. Parmi ces mots, on trouve “Allah“, “mu’min” (croyant) et “masjid” (mosquée).

Le site The Malaysian Insider a mis en avant le commentaire d’un lecteur qui s’inquiète de la stricte application de la Charia le mois prochain :

C’est vraiment effrayant de penser que nous pourrions potentiellement être lapidés pour avoir été amants, que nous pourrions avoir une amende à cause d’une orientation sexuelle différente et que notre tenue sera réglementée.

Mais le professeur Najibah Mohd Zin, une femme universitaire, croit qu’une mise en place adéquate de la loi ne créera pas de problèmes sociaux :

Nous devons accorder l’attention adéquate à sa mise en place. Nous ne souhaitons pas voir de divergences ; sinon, ce ne sera pas juste. Nous voulons atteindre la justice mais si ce n’est pas juste ce sera un revers pour les pays musulmans.

Je pense que la population devrait très bien connaitre la loi. Les gens devraient apprendre la façon dont ça fonctionne dans un contexte moderne, plutot que de la regarder d’un point de vue négatif. Nous n’appliquons pas la loi à notre époque, c’est pour ça que nous avons de nombreux problèmes sociaux.

Le discours du Sultan révèle un réel danger d’instrumentalisation de la Charia, non pour promouvoir l’harmonie au sein de la société mais pour réprimer la liberté d’expression et les débats.

Ecrit par Mong Palatino, Traduit par Elise Lecamp pour Global Voices Online

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