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En Malaisie, des espèces en voie de disparition au menu de la Saint-Valentin

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À l’occasion de la Saint-Valentin, des restaurants ont proposé des menus spéciaux comprenant, entre autres, de la viande de roussette, de civette et de pangolin.

Dans le monde entier, la Saint-Valentin est souvent synonyme de chocolats, fleurs et dîner romantique. À Machap Baru, ville de l’Etat de Malacca en Malaisie, les restaurants s’efforcent de créer pour leurs clients une expérience gastronomique unique. Certains d’entre eux ont été fermés par les autorités, après que la viande d’espèces en voie de disparition n’apparaisse sur les menus de ce jour particulier.

Ville à population majoritairement d’origine chinoise, Machap Baru est devenue une destination prisée des touristes dans les années 80, lorsque les restaurants locaux ont commencé à servir du gibier exotique. Le cerf, le sanglier et les grenouilles sont les trois animaux non classés en voie de disparition les moins inattendus sur les menus de ces restaurants. Les clients les plus téméraires peuvent se délecter de toutes sortes de serpents, tortues et salamandres. Même les fourmiliers, considérés comme menacés mais pas encore en voie de disparition, figurent au menu de certains établissements.

Selon The Star, site d’information malaisien en ligne, des agents de l’application des lois rattachés au Perhilitan, département chargé de la faune et des parcs nationaux, ont mené une descente dans trois restaurants de Machap Baru l’après-midi du 14 février. Ils ont alors saisi « de nombreux emballages de viande provenant d’espèces quasiment disparues, ainsi que des animaux vivants ». Dans l’un de ces établissements, les autorités ont découvert 27 morceaux de roussette, 12 morceaux de civette, 4 morceaux de macaque et 4 morceaux de tortue fluviale de l’Inde.

Sur les 173 espèces de roussette connues, nombre d’entre elles sont en voie de disparition. Également appelées “renards volants”, elles regroupent plusieurs grandes espèces de chauves-souris. Pouvant atteindre 1,7 m, la roussette de Malaisie, Pteropus vampyrus, est la plus grande du monde. Bien qu’elles ressemblent physiquement à des chauves-souris ordinaires, les roussettes se repèrent dans l’espace grâce à leur vue et leur odorat, et non par écholocalisation.

« La chasse et la consommation de leur chair sont des traditions profondément ancrées dans beaucoup de pays où les roussettes et les hommes cohabitent », explique la Fondation pour la conservation de la roussette. « Certaines communautés croient que la chair du renard volant peut guérir des maladies telles que l’asthme ou les troubles liés aux reins. En Indonésie, en Malaisie et en Afrique, on peut acheter des roussettes, vivantes ou non, dans les marchés ou même dans la rue ».

La situation de la roussette est d’autant plus critique que la plupart des espèces ne donnent naissance qu’à un seul petit par an.

La civette, anciennement appelée chat musqué, est un parent proche de la mangouste. Comme le régime alimentaire de la civette est presque exclusivement composé de fruits, sa chair est convoitée pour sa saveur sucrée. Le déclin de la population de ce petit mammifère est également dû en partie aux phéromones extraites de ses glandes anales. En effet, jusqu’en 1998, les phéromones de civette constituaient l’un des principaux ingrédients du célèbre parfum Chanel nº 5.

Comme s’il n’était pas suffisant de les faire rôtir et de les transformer en eau de toilette, certaines espèces de civette ont atteint le statut d’espèce en voie de disparition lorsque qu’une épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère en Chine a été imputée à la consommation de viande de civette infectée.

Vincent Low, président de la Société de Malacca pour la prévention de la cruauté envers les animaux, constate que des espèces menacées et en voie de disparition continuent d’agrémenter les menus. Ce phénomène est généralement dû à des croyances, comme dans le cas de la roussette, selon lesquelles ces plats possèdent des vertus médicinales.

« Les gens croient que le ragoût de tortue fluviale de l’Inde guérit du cancer, que la civette soigne l’asthme et que les écailles de pangolin régulent les cycles menstruels », explique M. Low. « Je pense que les plats proposés pour la St Valentin étaient censés avoir des vertus aphrodisiaques. Une croyance populaire dit que plus l’animal est sauvage, plus ses effets thérapeutiques sont efficaces pour une affection donnée ».

L’été dernier, des agents du Perhilitan ont fait une descente dans un restaurant de Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie, et confisqué des pattes d’ours, une trompe de tapir et des écailles de pangolin. Ces découvertes indiquent malheureusement que la demande en matière d’aliments exotiques est en expansion. Quatre autres opérations du même genre ont eu lieu au Kedah, au nord-ouest de la Malaisie, en 2013.

Le pangolin, petit fourmilier couvert d’écailles semblant appartenir à un autre monde, a été surnommé « le nouveau rhinocéros » du commerce illégal d’animaux sauvages.

« Ses écailles sont composées de kératine, comme les cornes de rhinocéros ou les ongles humains. Supposées guérir diverses maladies, elles sont broyées et incorporées dans des remèdes traditionnels », écrit Mme Prerna Singh Bindra, protectrice de l’environnement. « De plus, la chair de pangolin est un met recherché et garantit donc un prix de revient élevé aux vendeurs, en particulier en Asie du sud-est où elle symbolise le statut des gens riches ».

D’après TRAFFIC, réseau de surveillance du commerce de la faune et de la flore sauvages, les pangolins sont les espèces faisant l’objet du plus grand nombre de saisies en Asie du Sud-Est.

Pourtant, aucune preuve scientifique ne corrobore ces croyances trop communément acceptées selon lesquelles les écailles de pangolin ou autres produits d’origine animale peuvent guérir des maladies ou améliorer la santé.

« Ces aliments ne présentent pas les propriétés mystiques qu’on leur confère. En comparant les valeurs nutritionnelles des volailles et du bétail d’élevage avec celles des animaux sauvages, on trouve des quantités identiques de protéines, glucides, lipides et autres nutriments », explique Zheng Jianxian, spécialiste des aliments à l’université technologique du sud de la Chine. « On ne constate même aucune valeur nutritionnelle spécifique ni aucun bienfait particulier », conclut-il.

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Source (J.T. Quigley/The Diplomat) : Malaysian engangered species on the dinner menu
Photo : Un pangolin de Malaisie (Piekfrosch/wikimedia)

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