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La diplomatie indonésienne ne connaît pas d’ennemis

The Big Shift and the Imperative of 21st Century Globalism: Susilo Bambang Yudhoyono

Le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, a laissé une marque à la politique étrangère du pays, caractérisée par le non-alignement et le pragmatisme, traitant les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme de front. Reste à savoir ce que signifie cet héritage.

Extraits
Après presque 10 ans à la tête du pays, le président Susilo Bambang Yudhoyono (plus connu sous le nom SBY) laissera son siège en juillet, lors d’élections multi-partis qui promettent d’être compétitives. Ses efforts visant à consolider la démocratie et à booster l’économie indonésienne ont porté leurs fruits. SBY a également imprimé sa marque à la politique étrangère du pays. Ancrée dans le non-alignement et le pragmatisme, l’Indonésie s’est illustrée par sa volonté de traiter des valeurs de la démocratie et des droits de l’homme de front. Il reste à savoir ce que signifie cet héritage pour l’Indonésie qui pourrait se présenter comme modèle pour d’autres sociétés, notamment du monde musulman.

Les candidats en lice

SBY est le premier président à avoir été élu au suffrage direct en 2004 avec plus de 60% des votes. En 2009, il a été réélu au premier tour qu’il remporte, une fois encore, haut la main. Après la période de transition tumultueuse qui suivit la chute du dictateur Suharto en 1998, le succès relatif de ces deux élections – et l’acceptation des résultats par la population – a joué un rôle moteur dans la transformation du pays. L’économie et la démocratie s’y présentaient sous un meilleur jour, soutenues par une classe moyenne de plus en plus importante. Mais SBY ne pouvant se présenter pour un troisième mandat en raison des restrictions imposées par la Constitution, la compétition pour prendre sa succession est à présent ouverte.

Trois figures majeures sont apparues. Abdul Rizal Bakrie, le candidat du Golkar – le parti ayant régné pendant les 32 ans de dictature du Général Suharto – est un brillant homme d’affaires à la tête d’un conglomérat. Prabowo Subianto, ancien commandant des Forces Spéciales sous Suharto, et vaincu à la vice-présidence lors des élections de 2009, représente le parti Gerindra. Le favori, selon les sondages, reste cependant Joko Widodo (communément appelé Jokowi), l’actuel gouverneur de la capitale du pays, Jakarta.

Contrairement à Bakrie et Prabowo, Jokowi est un homme politique relativement nouveau qui s’est fait un nom dans l’ère post-Suharto. Il possède une réputation de politicien honnête et une attitude dynamique, qui le démarque de la vieille garde politique incarnée par ses concurrents. Bien qu’il soit un des favoris, il n’est pas certain qu’il se déclare candidat si la chef de son parti et ex-présidente Megawati Sukarnoputri, choisit de briguer à nouveau un mandat. Alors que la campagne s’intensifie, une chose est certaine: la plupart des candidats à la présidence se concentreront sur la lutte contre les problèmes domestiques. L’amélioration des infrastructures et la lutte contre la corruption sont deux thèmes majeurs qui devraient être abordés.

La diplomatie : un atout pour le Parti démocratique

Au cours de la dernière année, le Parti démocratique de SBY a été entaché par des scandales de corruption qui ont écorné son image. Les résultats en matière de politique extérieure, largement favorables, sont donc les seuls a encore jouer en sa faveur. SBY a travaillé à élargir l’influence de l’Indonésie sur la scène internationale, notamment grâce à son leadership actif au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et à une coopération plus étroite avec l’Inde, l’Australie et la Chine. L’administration de SBY a été désireuse de partager ses expériences sur la transition démocratique avec les autres dirigeants des démocraties émergentes, dont le Myanmar et l’Égypte. Le pays accueille par ailleurs un forum annuel de l’Asie-Pacifique sur la démocratie visant à donner une légitimité au programme de réforme politique. SBY a également choisi de souligner l’importance du profil international de l’Indonésie en prenant part aux sommets du G20 et en coprésidant les 27 membres du Groupe de haut niveau du Secrétaire général des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Bien que cette stratégie ait élevé la position de l’Indonésie sur la scène internationale, des doutes sur son ascension en tant qu’acteur global influent persistent. L’administration de SBY a en effet évité les grands engagements, lesquels compromettraient sa position, historique, pour la neutralité et la non-ingérence.

Non-ingérence et principe de neutralité

Pour comprendre l’orientation de la politique étrangère actuelle de l’Indonésie, il faut se plonger dans son histoire récente. Les dirigeants indonésiens se tournent vers les héros de l’indépendance pour y trouver de l’inspiration. Après 1945, le premier président Sukarno a poursuivi une politique étrangère « libre et active ». La stratégie impliquait la protection de ses propres intérêts nationaux, l’Indonésie n’était donc pas alignée avec les grandes puissances mondiales (l’Union soviétique et les États-Unis). Il s’agissait également de former des liens solides avec d’autres pays non-alignés comme l’Inde. Pendant cette période, l’Indonésie est devenue l’un des principaux membres du Mouvement des non-alignés, qui a grandi suite à la conférence de fondation du groupe dirigé par l’Indonésie à Bandung en 1955. Après que l’arrivée au pouvoir du général Suharto (1967-1998), l’Indonésie a cependant changé de cap en cultivant des relations étroites avec Washington et d’autres puissances économiques occidentales afin de développer son économie.

La politique extérieure actuelle de l’Indonésie est un mélange de ces deux stratégies. Le pays est engagé, avec la scène internationale, avec des puissances majeures et mineures, mais il ne prend jamais d’engagements importants dans les conflits internationaux afin de ménager sa neutralité qui reste la caractéristique principale de sa politique. Lors de son discours inaugural de 2009, SBY a décrit les perspectives stratégiques de la politique étrangère de l’Indonésie de façon significative pour un pays obsédé par Facebook et les autres médias sociaux :

« L’Indonésie est confrontée à un environnement stratégique où aucun pays ne la perçoit comme un ennemi. De même, il n’y a pas de pays que l’Indonésie considère comme ennemi. Ainsi, l’Indonésie peut exercer sa politique étrangère librement dans toutes les directions, ayant un million d’amis et zéro ennemi. »

Le fait d’avoir « un million d’amis et zéro ennemi » aide l’Indonésie à soutenir son impressionnante croissance dans le commerce et les investissements étrangers. Cela explique également sa réticence à prendre des positions dures sur la question des droits de l’homme, lesquelles seraient susceptibles de déranger les principaux partenaires économiques qui ont des antécédents négatifs en la matière, tels que la Chine. En outre, l’Indonésie est généralement timide dans ses engagements pour défendre les droits de l’homme au niveau international car elle n’a pas encore réglé ses propres problèmes dans le domaine.

Récemment, l’Indonésie a connu une hausse légère mais significative de l’intolérance religieuse et de la violation du gouvernement envers ​les droits civils et les libertés. En tant que plus grande démocratie du monde musulman, ces questions relatives aux droits de l’homme au sein même du pays, constituent une véritable menace pour la crédibilité de ses dirigeants qui se présentent comme un exemple pour les démocraties fragiles. La question est d’autant plus importante que l’Indonésie a refusé de ratifier le Statut de Rome, qui définit le fonctionnement de la Cour pénale internationale. Le pays possède certes ses propres lois et institutions, comme l’a fait remarquer le ministre de la Défense, Purnomo Yusgiantor. Mais dans ce contexte, la culture de l’impunité reste également forte.

Traduction: Elsa Clavé
Source (The Diplomat): Indonesian Foreign Policy: a million friends and zero enemies
Photo: Le président Yodhoyono au G20 (London Summit/Flickr)

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