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Politique

Retour chronologique sur les manifestations au Cambodge

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Politique intérieure

* Le 14 janvier, Sam Rainsy et Kem Sokha, leaders du PSNC (Parti du Salut National Cambodgien) se présentent à la convocation de la Cour municipale pour y être interrogés sur leur rôle durant les manifestations de décembre. Plus de 1 000 supporters bravent l’interdiction de rassemblement émise le 4 janvier, et attendent calmement devant la Cour. Treize camions bourrés de militaires stationnent tout près. Une trentaine de jeunes en civil, avec des casques de moto sur la tête, armés de barres de fer et de bâtons (les mêmes milices de Hun Sen qui ont frappé les moines le 2 janvier) forment un cordon de sécurité devant la Cour. Tout se passe dans le calme (CD. du 15.01.14) (1). Rong Chhun, secrétaire général du FTU (Syndicat Libre, ex-SIORC), se rend à une seconde convocation, et n’est pas inquiété.

Réactions internationales

* Le 13 janvier, le Sénat américain approuve une motion, signée par le président Obama le 17, qui suspend un certain nombre d’aides au Cambodge tant qu’une enquête indépendante ne sera pas menée sur le résultat des élections du 28 juillet, et tant que des réformes ne seront apportées au système électoral et que durera le boycott des députés de l’opposition. Les Etats-Unis n’accordent annuellement que 89 millions de dollars d’aides au Cambodge (sur un total de 1 milliard) – et pour la plus grande partie via des ONG. Les aides à la promotion des droits de l’homme et à l’armée ne seront pas affectées par cette motion. Cette motion est donc plus symbolique qu’efficace. La motion demande également à la Banque mondiale de suivre les mêmes directives et d’informer régulièrement le Parlement américain sur l’aide apportée aux expulsés de Boeung Kâk (CD du 17.01.14).

* La LICADHO accuse les Etats-Unis de continuer à soutenir et à entraîner l’armée cambodgienne qui est responsable de nombreuses violations des droits de l’homme au Cambodge (CD du 16.01.14).

* Le 15 janvier, Surya Subédi, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, rencontre Hun Sen ainsi que dix ministres et haut-fonctionnaires pendant trois heures et demies. Il aborde les questions délicates: l’usage des armes de guerre contre le peuple non armé, usage responsable de la mort de sept personnes depuis septembre dernier ; la suspension du droit constitutionnel de réunion décrétée le 4 janvier ; l’incarcération de leaders syndicaux ou de défenseurs des droits de l’homme ; celle des 23 ouvriers arrêtés lors des dernières manifestations. Il juge acceptable la demande des ouvriers de voir leur salaire porté à 160 dollars par mois. D’après Subédi, Hun Sen se serait montré plus réceptif que par le passé, et envisagerait des réformes suivant ses recommandations. Le « Cambodge est à la croisée des chemins. Le changement vient plus vite que certains ne le pensaient », déclare Subédi (CD du 17.01.14).

* Le 16 janvier, le Parlement européen vote une résolution en dix-sept points, dans le même sens que celle des Etats-Unis, mais au ton plus ferme. La résolution ajoute qu’une enquête indépendante doit être menée sur les morts du 3 janvier et demande la libération immédiate des 23 ouvriers emprisonnés. L’UE est l’un des principaux donateurs d’aide au Cambodge. C’est donc un signal fort que le gouvernement se doit de prendre en compte (CD du 18.01.14). Le représentant de l’UE en poste à Phnom Penh se démarque cependant de la position du Parlement.

* Le 17 janvier, trente fédérations internationales de syndicats et les multinationales comme Walt Disney, Wal-Mart et Gap, écrivent une lettre au Premier ministre exprimant leur grave préoccupation concernant les cinq morts du 3 janvier. Ils demandent qu’une enquête immédiate soit menée. Parmi les signataires se trouvent les six syndicats qui représentent 90 % des importations de produits textiles au Canada et aux Etats-Unis (CD du 20.01.14). Le 19 février, les représentants de Puma, Gap, H&M, (2ème plus importan vendeur d’habits au monde, qui a fait 3,4 milliards de bénéfices en 2012) ainsi que le secrétaire de Industrial ALL Global Union rencontrent les ministres du Commerce et du Travail, ainsi que l’ex-ministre des Finances Kéat Chhon, président du comité chargé d’étudier les hausses de salaires. Les ministres cambodgiens mettent tous les torts sur le PSNC, qui « a semé l’anarchie ». GAP fait remarquer que la question des 23 travailleurs battus et incarcérés sans jugement pose des problèmes éthiques et des problèmes de relations publiques : « Les acheteurs partout de par le monde nous demandent où et comment ont été produits ces vêtements » (CD du 20.02.14).

* Le 11 février, le Sénat australien vote une motion demandant une enquête sur les fraudes électorales du 28 juillet dernier et condamne l’usage excessif de la force contre les ouvriers, ainsi que la suppression du droit constitutionnel de réunion (CD du 15.02.14).

* Pendant les mois de janvier et février, on note le silence du PSNC, alors que les syndicats et opposants manifestent. Le PSNC se justifie en affirmant qu’il veut éviter ainsi l’accusation de manipulation des ouvriers. Certains membres du PSNC commencent à comprendre qu’en boycottant le Parlement, le parti n’a aucun moyen d’action. Sam Rainsy quitte le Cambodge le 23 janvier pour une semaine. Il se rend en Belgique ainsi qu’à Genève, où il assiste à la réunion du Conseil de l’ONU pour les droits de l’homme et rencontre l’Union des Parlementaires européens. Une photo est diffusée sur Facebook : il fait du ski en Suisse alors que ses partisans sont matraqués au Cambodge… (CD du 14.02.14).

* Le 28 janvier, le Comité gouvernemental pour les droits de l’homme au Cambodge présente son rapport à Genève devant le Conseil des droits de l’homme composé de quarante-sept pays. Le Conseil est particulièrement attentif aux quatre-vingt onze recommandations faites en 2009. La plupart des pays participants posent diplomatiquement des questions ou expriment leurs « préoccupations » sur les événements du début janvier. Le Vietnam félicite le Cambodge pour les dernières élections (CD du 29.01.14).

* La 19 janvier, le Premier ministre demande à ses supporters de manifester contre l’opposition qui a pour but de le renverser. Le 21 janvier, Sam Rainsy et Kem Sokha doivent ainsi annuler un meeting à Saang, car ils font face à plusieurs centaines de supporters du Premier ministre et à un grand nombre de membres des forces de l’ordre. D’autres rassemblements du PSNC sont interrompus par les partisans du PPC appuyés par des militaires et la police à Prey Veng (25 janvier) et à Kompomg Cham (26 janvier). Des chefs de syndicats pro-gouvernementaux, qui sont également des fonctionnaires payés par l’Etat, demandent que soient prises des sanctions contre les responsables de six syndicaux non gouvernementaux (CD du 23.01.14).

* Le 19 février les représentants du PPC et ceux de PSNC se réunissent pour discuter de la mise en place d’un mécanisme de réforme électorale. Le PSNC avait annulé la rencontre prévue pour le 4 janvier en raison de la répression sanglante de la veille. Les deux partis décident de créer une commission comprenant les partis qui ont des sièges au Parlement (est-ce le cas du PSNC ?) pour établir un plan de réforme. Cette commission sera également ouverte aux groupes de la société civile. Elle acceptera des fonds d’ONG nationales et internationales. Le PPC fait savoir que des élections anticipées seraient possibles après un amendement de la Constitution, accepté par les deux tiers de l’Assemblée, donc avec la présence du PSNC.

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Photo: Luc Forsyth/Flickr

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