AlterAsia

Economie

Cambodge. La colère des gagne-très-petit

10/02/2014 by Liberation in Conjoncture, Economie

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ouvrière, vendeuse, pompiste… Tous appartiennent au mouvement des «160 dollars» qui fédère, depuis le printemps, des dizaines de milliers de personnes manifestant pour un salaire décent. Une contestation sociale inédite à Phnom Penh.

Le regard est dur, avec un air de défi. Le visage fermé par un chignon rond et deux ridules qui barrent le front, Sien Sophal est une ouvrière de peu de mots. Avant de faire de la politique, elle a fait les comptes : à 41 ans, après onze années d’ancienneté dans l’immense usine de textile SL2 bâtie dans le sud-est de Phnom Penh, elle touche 80 dollars (58,50 euros) par mois. Avec les heures supplémentaires et les primes, elle atteint parfois les 120 dollars. «Oui, c’est difficile pour ma famille. Je dois faire tant d’efforts pour survivre.» Cette élégante élancée a deux enfants, un mari dans le bâtiment à temps partiel, et un crédit de 500 dollars (366 euros) qui l’étrangle. Leur ordinaire n’est pas chiche, il est misérable. Quand Sien Sophal a dépensé ses 4 dollars quotidiens pour nourrir les siens, il ne lui reste plus rien.

Alors, elle est descendue dans la rue pour demander «un salaire de 160 dollars, quelque chose pour juste vivre convenablement. Je n’ai pas envie d’une villa, d’un gros 4×4 comme on en voit dans les rues. Je ne comprends pas pourquoi ils sont tous si riches au gouvernement et pourquoi ils ne font rien pour le pays.» Au cours des cinq derniers mois, elle a manifesté, fait grève, défilé devant les ateliers et les ministères dans les rues de Phnom Penh. Elle a bravé les menaces de délocalisation brandies par ses patrons, puis la peur des représailles. Et perdu plusieurs dizaines de jours de salaire. «Mais vous savez, je n’ai rien à perdre, décoche la jeune femme. Je dois bien faire quelque chose pour m’en sortir.»

Lire la suite (Envoyé spécial/Libération)

Photo :@ThomasMaresca. Manifestants du CNRP sur leur chemin pour délivrer une pétition à l’ambassade d’Australie à Phnom Penh.

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.