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Vietnam : des foyers plus prospères lorsque la femme possède la terre

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Selon de nouvelles recherches, la pauvreté est moins marquée et l’investissement est supérieur dans des foyers où la femme, et non l’homme seul, est propriétaire.

Alors que la sécurité économique des familles augmente sous le régime de la propriété privée quel que soit le sexe du ou de la propriétaire, les bénéfices sont encore plus évidents lorsque le nom d’une femme apparaît sur l’acte plutôt que celui de l’homme uniquement, d’après des chercheurs de l’Université Rutgers et Brandeis.

Ce constat figure parmi les premiers à fournir des preuves incontestables des avantages économiques d’avoir, pour les femmes, des droits juridiques clairs, liés à l’exploitation de la terre.

Les chercheurs ont comparé des données sur les niveaux de vie des foyers au Vietnam entre 2004 et 2008, par sexe des usufruitiers fonciers, d’après les actes de propriété. Ils ont constaté que la pauvreté des foyers était inférieure de 6 %, les dépenses en capital supérieures de 10 % et le travail des femmes supérieur de 6 % dans les cas où la femme bénéficiait d’un droit d’exploitation à son nom. Lorsque la propriété était tenue en commun, la sécurité économique du foyer était également améliorée par rapport aux cas où l’homme du foyer est seul détenteur du titre de propriété.

« Les résultats confirment que lorsque les femmes ont leurs noms sur les actes de propriété, il en résulte des effets bénéfiques, pour elles-mêmes et pour leurs enfants », explique Yana Rodgers, économiste et co-auteur de cette étude, à l’occasion d’un séminaire à la Banque Mondiale.

 » La santé de leurs enfants s’améliore aussi « , a-t-elle ajouté. Il y a moins de maladies parmi les enfants, la couverture de l’assurance santé grimpe, la fréquentation scolaire augmente et la proportion des revenus des foyers dépensés en alcool et tabac par rapport à la nourriture, diminue lorsque les femmes détiennent les droits de la terre plutôt que les hommes seuls – ou même ensemble – selon les résultats de la recherche.

Evolution de la propriété fonctière

Le débat du sexe des propriétaires fonciers fait rage dans la communauté du développement. Selon certaines estimations, les femmes possèdent moins de 15% des biens fonciers dans le monde, bien qu’elles représentent environ 80 % des travailleurs agricoles. Cependant, la faiblesse des données disponibles rend difficile l’analyse de l’influence du sexe des propriétaires fonciers sur le niveau de la pauvreté.

Une grande partie de la terre dans les pays en développement reste sans acte de propriété documenté, et lorsque de tels actes existent, les titres ne sont souvent pas ventilés par sexe. Markus Goldstine, un économiste de développement auprès de la Banque Mondiale, a qualifié d’ « importants » les constats de Rodgers et ses collègues dans un secteur de recherche où des preuves concrètes sont très rares.

Mais il a remis en cause les mécanismes qui pourraient agir comme des moteurs pour améliorer la sécurité des foyers. Par exemple, il y aurait peu d’évidence pour démontrer que la propriété foncière facilite l’accès au crédit des Vietnamiennes pour réaliser des investissements.

Le Vietnam a commencé à basculer des coopératives agricoles vers la propriété foncière privée à la fin des années 1980, en introduisant une loi en 1993 qui donne aux foyers la faculté d’échanger, de louer ou d’hypothéquer leurs droits à l’exploitation foncière. Cette loi a stimulé l’un des plus grands programmes de propriété foncière jamais connus dans les pays en voie de développement. En sept ans, 11 million de titres ont été émis au bénéfice des foyers ruraux.

Dans cette même période, les femmes ont augmenté leur participation dans l’agriculture. A ce jour, l’agriculture occupe 58 % des emplois féminins, contre 51 % pour les hommes.
Ces deux facteurs ont fait du Vietnam un terreau fertile pour étudier l’impact du sexe dans la propriété foncière des foyers.

Les entretiens réalisés pour l’étude avec des femmes du Delta du Mékong confirment ces constats. Les femmes qui possèdent de la terre sont plus susceptibles de travailler à l’extérieur de la maison, et 68 % d’entre elles déclarent que le droit à la propriété leur apporte une sécurité économique Deux tiers ont aussi déclaré avoir l’impression d’avoir plus de pouvoir dans les décisions économiques telles que la vente ou l’achat de produits agricoles lorsque leurs noms étaient inscrits sur les actes de propriété.

Les recherches pour le document préliminaire intitulé  » La réforme foncière et la sécurité sociale en Vietnam : pourquoi le sexe du propriétaire foncier est important  » ont été réalisées par Yana Rodgers et Alexis Kennedy de l’Université de Rutgers et par Nidhiya Menon à l’Université de Brandeis.

Les constats de Memon et Rodgers sur le bien-être des enfants, réalisés avec Huong Nguyen, ont été publiés l’année dernière dans le Journal du developpement mondial.

Traduction: Susan Widdicombe
Source (Stella Dawson/Fondation Thomson Reuters) : Vietnamese households prosper more when women hold land title-study
Photo: amirjina / Flickr

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