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« L’Etat doit réaliser que la Malaisie est un pays multiracial » (Nurul Izzah)

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Agée de 33 ans, fille aînée de l’opposant Anwar Ibrahim, Nurul Izzah est l’un des vice-présidents du Parti Keadilan Rakyat (PKR, Parti de la justice du peuple) qui forme, avec le DAP et le PAS, la coalition de l’opposition, le Pakatan Rakyat.

Membre du Parlement fédéral depuis 2008, élue d’une circonscription de Kuala Lumpur qu’elle a conquise alors que son adversaire était membre du gouvernement fédéral, Nurul Izzah est une personnalité politique à laquelle les analystes prédisent un avenir important.

Adepte d’un islam en prise avec la modernité, elle affirme avec constance que la Malaisie ne saura affronter les défis du temps présent que si elle se montre capable de dépasser les divisions ethniques et religieuses qui la constituent et si le système de gouvernement, dominé depuis l’indépendance par l’UMNO et ses alliés, est réformé.

Le 22 janvier 2014, à Kuala Lumpur, Nurul Izzah a accordé une interview exclusive à Eglises d’Asie pour répondre aux questions que soulève la polémique sur l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens de langue malaise dans ce pays.

Eglises d’Asie : Quelle analyse faites-vous de la polémique sur l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens en Malaisie ?
Nurul Izzah : Tous les pays dans le monde connaissent des lignes de fractures. En Malaisie, celles-ci passent par les facteurs religieux et raciaux. Dans notre environnement politique, la séparation des pouvoirs, telle qu’elle est pourtant inscrite dans la Constitution, ne fonctionne pas correctement en ce sens où l’exécutif domine les pouvoirs législatif et judiciaire. Cela amène des questions telles que l’usage du mot ‘Allah’ par les musulmans et les chrétiens, à se transformer de manière assez étonnante en sujets de controverse. Dans n’importe quel autre pays connaissant une cohabitation entre des musulmans, des chrétiens (catholiques ou protestants), et par exemple des bouddhistes, un tel sujet ne revêtirait pas un caractère polémique. En Malaisie, c’est pourtant le cas.

Pour comprendre cette spécificité malaisienne, il faut revenir en arrière, à notre histoire, et regarder comment notre gouvernement exerce son pouvoir, ainsi que la manière dont, à côté du gouvernement, nous avons des institutions officielles qui gouvernent les questions relatives à la religion musulmane. Ces dernières constituent une strate supplémentaire institutionnelle qui gère, surveille et interfère dans les questions relatives à l’islam, et bien sûr dans les relations entre l’islam et les autres religions. C’est cette architecture spécifique qui explique le développement de cette polémique autour de l’usage du mot ‘Allah’.

Quelle est votre position concernant l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens?
Je dois préciser ici que je n’ai pas une grande expérience dans le dialogue avec les autres religions. En tant que responsable politique, je n’ai pas eu à me prononcer sur ces questions et je ne me considère pas moi-même comme une autorité en matière d’islam. Je suis une musulmane pratiquante et c’est tout! Mais tout ce en quoi je crois inspire mon travail, et les responsabilités qui sont les miennes s’exercent au sein d’un parti politique multiracial et pluri-religieux.

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