AlterAsia

Société

Philippines : Le Parti des Femmes tente de durcir la loi contre l’exploitation des enfants

sweetie

« Le marché du cybersexe impliquant nos enfants, si vulnérables, existe depuis très longtemps. Les autorités attendent que l’indignation internationale gronde pour arrêter les coupables. » Gabriela, Parti des femmes.

MANILLE – Le Parti des Femmes Gabriela insiste auprès du Congrès pour adopter la Résolution 453 de la Chambre. Pour cela, il se base sur des rapports de pornographie infantile aggravée aux Philippines.

La Police Nationale Philippine (PNP) a annoncé le 16 janvier dernier que selon la Virtual Global Task Force (VGTF), les Philippines – comme le Cambodge et la Thaïlande – figurent parmi les 10 principaux pays producteurs de pornographie infantile en ligne. Le VGTF est un réseau d’agences internationales combattant la pornographie infantile.

Non seulement on utilise des enfants pour offrir du cybersexe à des clients étrangers et pour se prostituer devant eux, mais on les prend également en photo, on les filme et on met le tout en ligne, forçant ainsi les enfants à réaliser des actes sexuels. Selon la PNP, tout ceci est visionné par des clients américains et européens. La plupart des enfants ont entre 10 et 14 ans.

La Résolution 453 de la Chambre a été rédigée par le Parti des Femmes, Gabriela, notamment Emmi de Jesus et Luzviminda Ilagan. Elle a été déposée en novembre 2013. Elle demande aux comités de protection des enfants et des femmes et de l’égalité des sexes d’effectuer des recherches avec « Sweetie » (un enfant virtuel qui sert d’appât, ndlr) et sur l’incapacité flagrante du gouvernement philippin d’endiguer la pédophilie et à la pornographie infantile.

« Sweetie » est une fillette philippine de 10 ans, générée par ordinateur et utilisée par l’organisation des droits de l’enfance Terre des Hommes, basée aux Pays-Bas. Elle a permis de retrouver des prédateurs d’enfants dans différentes parties du pays. Le nombre choquant de 20 000 engagements de clients a incité le Parti des Femmes Gabriela à lancer la Résolution 453 à l’occasion de la première Journée Nationale de Sensibilisation à la Violence contre les Femmes le 25 novembre 2013.

« L’horrible marché du cybersexe impliquant nos enfants si vulnérables existe depuis très longtemps. Les autorités attendent que l’indignation internationale gronde pour donner l’ordre d’arrêter les coupables », écrit Emmi De Jesus, membre du Parti des femmes Gabriela dans une déclaration envoyée à Bulatlat.com.

Salinlahi, une coalition d’organisations pour les enfants, exprime également de graves inquiétudes concernant ce rapport : « Le fait que nos enfants continuent d’être les proies de ces maux que sont l’exploitation sexuelle et la pornographie est à la fois triste et rageant », déclare Kharlo Manano, secrétaire général de Salinlahi.

Selon lui, une affaire impliquant des mineurs au service de clients étrangers (dont certains localisés au Royaume-Uni), dans des salons de cybersexe à Cebu City, et celle de trafic humain a Antipolo City, n’ont fait que souligner le manque évident de mécanismes de protection du gouvernement contre ces formes d’abus et de violence à l’encontre des enfants.

« Comment cela se fait-il que les autorités n’interviennent qu’après les faits? Les droits de ces enfants ont déjà été bafoués et leurs vies, ainsi que leur dignité, souillées. Ils n’auraient jamais dû se retrouver dans une situation aussi horrible pour commencer », ajoute Manano.

Ilagan reproche également au gouvernement de ne pas agir contre la violence liée au genre, malgré des lois telles que celles contre la pornographie infantile et contre le trafic humain. « Ces lois ne suffisent manifestement pas, car elles sont quasiment annihilées par des politiques qui aggravent le chômage et nient l’accès aux services sociaux de base des femmes et des familles. Les femmes et leurs familles n’ont pratiquement pas le choix ». D’après elle, le cybersexe et la cyber prostitution seront difficiles à enrayer tant que la pauvreté et le chômage continuent de faire des ravages.

Ilagan a également cité des rapports sur le trafic humain parmi les survivants du typhon Yolanda à Basey et à Marabut dans la province de Samar : « On ne peut assez mettre l’accent sur l’urgence de s’occuper de ce problème alors que de plus en plus de jeunes femmes et de filles deviennent victimes de violence liée au genre. L’absence d’opportunités, la négligence – presque d’ordre criminel – dont a fait preuve le gouvernement face aux survivants du typhon et des catastrophes naturelles font des femmes et des filles des proies faciles pour les trafiquants, les responsables du cybersexe et les proxénètes ».

Manano répète qu’il est de la responsabilité de l’Etat de protéger les enfants contre toutes sortes d’abus et d’exploitation. De ce fait, il ne devrait pas rejeter entièrement la faute aux parents qui, prétendument, consentent à impliquer leurs enfants dans ce genre de crimes.

« Les autorités accusent trop rapidement les parents et les tuteurs des victimes. Rejeter la faute sur les parents de ces enfants ne prend pas en compte le contexte social et le fait que la pauvreté, ainsi que le manque d’opportunités économiques corroborent les risques de ce phénomène. La poursuite de l’exploitation des enfants ne fait que montrer que le président Aquino et son gouvernement n’ont pas la volonté de résoudre les causes principales de ce dilemme. »

Traduction: Caroline Robert
Source (ANNE MARXZE D. UMIL / Bulatlat.com): Gabriela pushes for urgent, comprehensive gov’t response to exploitation of children

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.