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Philippines 2013 : croissance spectaculaire et pauvreté croissante

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L’année 2013 a été marquée par une croissance économique accélérée, l’augmentation des investissements étrangers, et les louanges des agences internationales et des grandes entreprises. Paradoxalement, l’année a également connu une chute de la création d’emplois, la hausse du chômage, la flambée des prix, la pauvreté croissante et la stagnation des revenus. C’est le constat dressé par la Fondation Ibon.

(Extraits)

L’administration Aquino va annoncer un plan de développement économique révisé ainsi que différentes voies à suivre pour le développement industriel au début de cette année 2014. Toutefois, il est probable que ces plans ne conduisent pas à de meilleures conditions de vie pour la plupart des Philippins, les choix politiques restant en faveur des investisseurs étrangers et des grandes entreprises locales. En réalité, la croissance s’apparente de plus en plus à un phénomène d’exclusion et ce en raison de l’absence de réforme des politiques économiques.

Performance excellente ?

L’administration, dans un rapport de fin d’année, se vante de la « performance exceptionnelle » de l’économie philippine en 2013 mettant en avant « certains des chiffres de croissance les plus élevés d’Asie ». Les chiffres officiels montrent que durant cinq trimestres consécutifs la croissance a été au moins égale à 7% du produit intérieur brut (PIB), avec une moyenne de 7,4% au cours des trois premiers trimestres de 2013.
Les investissements directs étrangers (IDE ) ont augmenté de façon significative avec une hausse de 33,3 %. Les neuf premiers mois de 2013 l’afflux de capitaux a été de 3,1 milliards de dollars contre 2,3 milliards de dollars affichés à la même période l’année précédente.

Un rapport de la Banque mondiale (Doing Business Report) classe le pays au 108e rang en 2013 soit un saut de 30 places depuis 2012. Et le rapport sur ​​la compétitivité mondiale du Forum économique mondial fait écho d’une tendance similaire, les Philippines passant de la 114e place en 2010-2011 à la 87e en 2013-2014. Les trois principales agences de notation ont également donné au pays ses premières notes de la catégorie investissement. L’indice de la Bourse des Philippines a atteint un niveau record.

L’économie reste cependant affectée par des gains supposés au détriment du développement économique national et du bien-être de la majorité des Philippins.

La dualité de l’économie

Il existe un décalage important entre la croissance économique et les investissements étrangers d’une part, et la création d’emplois de l’autre. Les dernières données pour 2013 montrent une croissance du PIB de 7,4 %, des entrées d’investissements directs étrangers de 33,3 % et des approbations de ces mêmes investissements à hauteur de 114%. Le nombre d’emplois n’a cependant augmenté que de 317 000, soit 0,8 % de plus par rapport à l’année précédente. La création d’emplois a en réalité diminué fortement au cours des trois dernières années de l’administration Aquino avec 1,2 millions d’emplois générés en 2011, puis seulement 408 000 en 2012 et 317 000 en 2013. La création d’emplois en 2013 a atteint son niveau le plus bas depuis l’administration Estrada en 2000.

La création d’emplois est faible parce que la croissance a été principalement impulsée par le boom de l’immobilier et de la construction. Ces secteurs ne sont qu’une petite partie de l’économie et ne comptent que pour environ 15-20% du PIB. Ils sont par ailleurs fortement concentrés dans la région de la capitale nationale, au centre de Luzon et dans la région dite Calabarzon (acronyme de Cavite, Laguna, Batangas, Rizal et Quezon, ndt) où 50-75% des opérations sont situées.

Le nombre de chômeurs philippins a atteint un record de tous les temps en 2013 avec 4,5 millions de Philippins sans emploi, selon les estimations de la fondation IBON qui avance des chiffres corrigés par rapport à ceux donnés par le gouvernement (2,9 millions). Si l’on ajoute à cela les 7,3 millions de personnes en situation de sous-emploi, 11,8 millions de Philippins étaient au chômage ou à la recherche d’un travail supplémentaire en 2013.

Alors que les salaires ont continué à stagner, voire ont baissé, entre 2010 et 2013 (pour au moins 79% des emplois), l’année passée a été marquée par des augmentations records des prix des biens et des services de base. En particulier, le pays a connu une importante augmentation du prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL – utilisé pour la cuisine) et des hausses similaires, concernant les tarifs de l’électricité et de l’eau, ont été provisoirement retardés.

Extrême pauvreté

IBON estime que 66 millions de Philippins, soit 70 % de la population, luttent pour survivre avec Php 100 ou moins par jour. La dévastation causée par les typhons et le tremblement de terre dans la région de Visayas ont seulement poussé les familles dans une pauvreté plus profonde en 2013.

Mais alors que la pauvreté est en hausse, les bénéfices des sociétés et la richesse personnelle de quelques-uns sont de plus en plus importants. Le bénéfice net des 1000 premières sociétés du pays a presque doublé entre 2006 et 2012 sur fond de grande pauvreté et de chômage. La valeur nette cumulée des avoirs des 40 Philippins les plus riches a été multipliée par trois dans le même intervalle de temps, passant de 16 à 47,4 milliards de dollars.

Dans l’ensemble, 2013 montre la nécessité d’une nouvelle voie pour l’économie. Un changement en profondeur des politiques et des programmes de développement économique est nécessaire au niveau national afin que la croissance bénéficie à une plus large partie de la population : une redistribution des actifs – en particulier des terres – mais aussi des salaires plus élevés et un système d’impôt progressif sont nécessaires. Les services tels que l’éducation et la santé devraient être publics et non destinés à être vendus pour le profit privé. Il est grand temps pour le gouvernement de commencer sa lutte contre la pauvreté et le chômage, des réformes socio-économiques réelles demeurent donc un défi de taille en 2014.

IBON Foundation, Inc. est une institution de développement indépendante créée en 1978 qui fournit recherche, éducation, publications et s’illustre par des activités d’information et de plaidoyer sur les questions socio-économiques.

Traduction: Elsa Clavé
Source (Fondation Ibon/Bulatlat): 2013: Unchanged policies and economic disasters
Photo: M. Salamat / bulatlat.com

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