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Le conservatisme islamique en Malaisie (1/2)

Zul-Nordin-Hassan-Ali

Intégré dans la psyché « malais-musulmane » comme un facteur de politique ethnocentrique, l’islam a été réduit au rang d’outil politique pour assurer l’hégémonie malaise (lire: UMNO), selon Ahmad Fauzi Abdul Hamid*.

1re PARTIE

La propagation de l’islam dans le monde malais-indonésien reste ancrée dans l’histoire comme l’un des principaux exemples de prosélytisme pacifique de cette religion.

Ce processus, qui s’est déroulé de manière régulière entre le 13è et le 16è siècle a été tellement réussi que la foi islamique (agama) s’est confortablement installée comme un critère définitif de l’identité malaise, en plus de la langue malaise (bahasa Melayu) et de la domination (kerajaan) , en référence à la vaste catégorie de la population autochtone d’Asie du Sud, auparavant adepte de l’animisme et de différentes traditions religieuses hindoues et bouddhistes.

Les sources, les modalités, le calendrier et les autres détails de la genèse de l’Islam chez les Malais ont pris des divers visages : soufis ou mystiques musulmans et chiites ; Arabes, Chinois, Indiens et Bengalis ; sayyids, cheikhs et missionnaires itinérants ; marchands, commerçants et évadés politiques, partageant leur terre d’origine ou de transit.

Avec sa provenance kaléidoscopique comme toile de fond, l’Islam tel qu’il est compris et pratiqué par les Malais musulmans avant l’ère de l’Etat-nation n’a jamais porté de traits monolithiques. Au contraire, la persistance des mœurs d’une variété de traditions a prévalu, ce qui se reflète aussi fortement dans la gamme des pratiques religieuses en provenance de différentes traditions ethno-culturelles qui a fini par prendre l’étiquette du patrimoine Malais-musulman. A Penang par exemple, la tradition musicale boria trouve son origine dans les fêtes chiites. Les troupes religio-cultelles marhaban et berzanji qui réalisent des performances généralement lors des réceptions de mariage malais, doivent également leurs origines aux salutations rythmiques du Prophète Muhammad popularisées par des congrégations soufies.

L’Islam en Malaisie, jusqu’à l’indépendance le 31 Août 1957, est restée fidèle à l’esprit d’une interprétation large, incarnée par sa volonté de pérennité, tant pour accueillir les subtilités des coutumes locales connues comme adat que pour tolérer l’arrivée de nouveaux courants culturels tels que la Kaum Muda et même ceux de l’Occident. En 1937 le débat public célèbre dans le Kelantan, pour savoir si la salive d’un chien peut être considéré comme impure ou non est révélateur de l’esprit de tolérance qui a prévalu en Malaisie avant l’indépendance.

Malgré les divergences de vues entre les traditionnalistes et les réformistes oulémas, le terrain de l’islam en Malaisie a invariablement été pluraliste, à partir de la période pré-coloniale et durant l’époque coloniale.

La Constitution fédérale qui a accompagné l’indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne le 31 Août de 1957 a instauré l’islam comme religion d’État, en vertu de l’article 3 (1). La Constitution était sans doute un document hybride en raison des sources éclectiques du nouvel Etat-Nation. De nombreux analystes ont avancé que cette constitution avait une intention laïque, mais dans les faits le texte semblait élever la religion de la majorité de la population sur un piédestal inaccessible pour les autres religions.

Les conséquences précises de l’article 3 (1) n’ont jamais été claires, le rôle politique de l’islam en Malaya indépendante, et plus tard en Malaisie, a été laissé à l’initiative de politiciens malais-musulmans chargés de la gouvernance de l’État-nation naissant. Cependant, lors la gestion de l’islam en tant que composante de la vie publique, la pureté religieuse a été mise au service de l’opportunisme politique, relié d’une façon ou d’une autre à la fortune politique de l’Organisation nationale des Malais unis (Umno), qui a gouverné le pays dans une coalition multi-raciale, avec ses partenaires non-malais du Perikatan (Alliance) et du Barisan Nasional (Front National).

Ainsi, le sort public de l’Islam a été mis dans les mains des Premiers ministres et des dirigeants successifs de l’UMNO, qui ont eu recours à la bureaucratisation de l’Islam. L’expansion de la bureaucratie islamique a eu lieu à un rythme implacable en vertu du programme d’islamisation du Dr Mahathir Mohamad dans les années 1980.

Au moment où son successeur, Abdullah Ahmad Badawi, a adopté le discours Islam Hadhari, à travers laquelle l’islam devait être interprété et appliqué à travers le prisme d’une civilisation éclairée, sa bureaucratie était déjà sclérosée par une élite dont l’emprise impitoyable sur la population musulmane était justifiée par l’article 3 (1).

Traduction: Renaud Voisin
Source (New Mandala): Islamist conservatism in Malaysia
* Ahmad Fauzi Abdul Hamid est professeur associé et président du programme de science politique à l’Enseignement à distance, Université de Sains Malaysia.

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