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Cambodge : Répression sanglante d’une manifestation ouvrière à Phnom Penh

8 janvier 2013 – La FIDH, le CCFD-Terre Solidaire et les organisations cambodgiennes ADHOC et LICADHO condamnent le recours à la force meurtrière par les autorités cambodgiennes contre les ouvriers en grève. Les quatre organisations sont préoccupées par la répression menée à l’encontre des manifestants d’opposition et par le harcèlement judiciaire que subissent les leaders de l’opposition.

«Il est inacceptable que les autorités gouvernementales tuent des manifestants», a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH. « Le gouvernement doit répondre par le dialogue et non par les armes aux revendications des travailleurs et des opposants politiques », a-t-il ajouté.

Le 3 janvier dernier, les forces de l’ordre ont tiré sur les ouvriers grévistes dans le Parc Industriel Canadia, au sud-ouest de Phnom Penh, là où siègent de nombreuses usines de confection textile qui fournissent des marques internationales. La police n’ayant pas réussi à dégager un boulevard bloqué par les manifestants, les affrontements se sont intensifiés et elle a ouvert le feu. Quatre ouvriers au moins ont trouvé la mort et plus de vingt autres ont été blessés par balle. Au moins 13 personnes ont été arrêtées.

En grève depuis la fin décembre, dix mille ouvriers du textile à Phnom Penh réclament que le salaire mensuel minimum du secteur du textile et de la chaussure, aujourd’hui de 80 USD, passe à 160 USD. Le Ministère cambodgien du Travail a annoncé le 31 décembre 2013 qu’il serait porté à 100 USD par mois en février 2014.

Déjà, le 2 janvier, une unité spéciale de la police militaire, le bataillon 911, avait attaqué à la matraque les ouvriers grévistes qui manifestaient en face d’une usine textile dans le quartier de Pursenchey de Phnom Penh, blessant 20 personnes. 15 personnes ont été arrêtées : 8 ouvriers, 5 moines et 2 défenseurs des droits de l’Homme, M. Vorn Pov, Président de l’Association Independant Democracy of Information Economic Association (IDEA) et M. Theng Savuen, Coordinateur de la Coalition of Cambodian Farmer Community (CCFC). Dix d’entre eux sont accusés d’avoir commis des actes de violence et d’avoir causé des dommages en vertu des Articles 218 et 414 du Code Pénal. Bien que les autorités aient déclaré initialement que les détenus séjourneraient au Centre Correctionnel 1 de Phnom Penh (CC1), ils n’y ont jamais été transférés et leur lieu de détention a été tenu secret pendant 2 jours. Ils ont été en réalité transportés dans les Centres 3 et 4, en province. Certains ont été brutalement battus durant leur arrestation et leur état demandait des soins médicaux urgents.

« Le déploiement d’unités militaires et l’utilisation de la force meurtrière pour réprimer le droit de grève – légitime – des ouvriers, sont extrêmement préoccupants », a déclaré M. Thun Saray, président de l’Association ADHOC. «Le gouvernement doit rapidement mener une enquête approfondie et indépendante sur la tuerie du 3 janvier et obliger les responsables à répondre de leurs actes. Les autorités doivent également relâcher au plus vite les ouvriers, les moines et les défenseurs des droits de l’Homme détenus arbitrairement dans le cadre des manifestations », a demandé M. Saray.

Les Principes de Base de l’ONU sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois doivent satisfaire aux exigences de nécessité et de proportionnalité. Les Principes de Base stipulent que les armes à feu ne doivent jamais être utilisées sauf si « des mesures moins extrêmes sont insuffisantes ». En outre, lorsque l’usage de la force et des armes à feu est inévitable, les responsables de l’application des lois doivent « respecter et préserver la vie humaine ».

De plus, la Convention 87 de l’OIT sur la Liberté Syndicale et la Protection du Droit Syndical, ratifiée par le Cambodge, précise que « nul ne doit être privé de sa liberté ou faire l’objet de sanctions pénales pour le simple fait d’organiser ou de participer à une grève pacifique. »

Alors qu’il réagissait avec violence face aux ouvriers grévistes, le gouvernement cambodgien a également réprimé les leaders de l’opposition et les manifestants d’opposition .

Le 3 janvier, le Tribunal Municipal de Phnom Penh a cité à comparaître Sam Rainsy et Kem Sokha, les chefs du Cambodia National Rescue Party (CNRP), le 14 janvier pour incitation au crime et à des actes conduisant à des troubles sociaux.

Le 4 janvier, la police anti-émeute et des personnes en civil ont chassé de Freedom Park (centre de Phnom Penh), un millier de manifestants antigouvernementaux à l’aide de matraques. Des femmes et des moines ont été pourchassés et des lieux détruits, notamment un temple bouddhique. Les manifestants antigouvernementaux campaient à Freedom Park depuis la mi-décembre pour réclamer la démission du Premier Ministre Hun Sen et l’organisation de nouvelles élections.

«Les autorités ont répondu par la violence aux manifestations pacifiques anti-gouvernementales», a déclaré Naly Pilorge, Directrice de la LICADHO. «Il semble évident que la protestation des ouvriers a servi de prétexte au gouvernement pour sévir contre les opposants politiques », a-t-elle ajouté.

Le 4 janvier, le Gouverneur Municipal de Phnom Penh, Pa Socheatvong, a interdit le CNRP d’organiser toute manifestation dans la capitale « jusqu’au retour à la normale de la situation sur le plan de la sécurité ».

«L’interdiction totale et jusqu’à nouvel ordre des manifestations politiques est illégale et sans fondement », a déclaré Mme Pilorge. « Le gouvernement doit tolérer l’opposition pacifique et mettre fin au harcèlement que subissent constamment les opposants politiques », a-t-elle souligné.

« Le CCFD-Terre Solidaire, engagé au Cambodge depuis les années 90 et plus récemment auprès des victimes d’éviction forcée et des travailleurs des usines textiles, ne peut que condamner cette nouvelle atteinte aux libertés d’expression et de mobilisation des citoyens cambodgiens », a déclaré Bernard Pinaud, délégué général du CCFD-Terre Solidaire.

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