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Typhon aux Philippines: la réponse de l’ASEAN insuffisante

Il y a un peu plus de 4 ans, le 14 Septembre 2009, laes Philippines sont devenues le dernier État ​​de l’ASEAN à ratifier l’Accord sur la gestion des catastrophes et l’intervention d’urgence (AADMER). Cela marquait alors, selon le Secrétaire général Surin Pitsuwan, une « étape importante dans les efforts collectifs de l’ASEAN pour construire une communauté résiliente face aux catastrophes. »

L’approbation de Manille était venue juste après la meilleure aide jamais apportée par l’ASEAN, après le passage du cyclone Nargis (qui avait frappé la Birmanie en 2008, ndlr). Quatre ans après avoir été critiquée pour sa non-réponse au tsunami de 2004, l’organisation supranationale avait reçu les compliments du monde entier pour sa gestion des secours après le cyclone. 

Par ailleurs, l’ASEAN avait supervisé un programme d’ouverture de la Birmanie à l’aide de la communauté internationale, ce que les dirigeants de Naypyidaw (capitale birmane depuis 2005) avaient toujours refusé. Grâce à la force d’intervention humanitaire de l’ASEAN et du Groupe tripartite (ASEAN, ONU et Birmanie, ndlr), l’organisation a fixé des objectifs, élaboré des plans, et a même créé le premier Fonds de l’ASEAN pour les secours. Les perspectives semblaient extrêmement positives. Il y avait encore des défis à relever, mais l’initiative lancée après le cyclone Nargis a conduit à un sentiment de confiance entre les dirigeants et les universitaires régionaux, laissant croire que les obstacles futurs pourraient être dépassés.

Quatre ans plus tard, la confiance représentée dans l’AADMER est en déclin. Le 8 novembre 2013, le typhon Haiyan a touché les terres, devenant l’une des tempêtes les plus dévastatrices de l’histoire contre l’archipel des Philippines. L’Organisation des Nations Unies estime à plus de 11 millions le nombre de personnes touchées par Haiyan (connu sous le nom de Typhoon Yolanda aux Philippines), dont au moins 10 000 décès. L’isolement, l’absence de développement, et la pauvreté dans Leyte et Samar, les deux provinces les plus ravagées par Haiyan, ont commencé à faire écho à la situation de Banda Aceh après le tsunami de 2004, ce qui suggère un parallèle avec un chapitre sombre de l’histoire de la région que le Secrétariat de l’ASEAN préférerait certainement éviter.

Pourtant, l’ASEAN a été la grande absente. Malgré l’immense destruction infligée à l’un de leurs, les pays de l’ASEAN n’ont pas été le fer de lance de l’aide humanitaire. Au lieu de cela, cette position a été occupée par les Etats-Unis et le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Pire, au-delà de fournir des données et de gérer les professionnels via le Centre de coordination pour l’assistance humanitaire de l’ASEAN (AHA), l’Association régionale n’a que peu agi, comparativement aux autres organisations.

Il n’est pas anodin que le président philippin Benigno Aquino III ait omis de mentionner l’ASEAN lors de son premier discours sur l’événement. Bien que le directeur de l’AHA ait annoncé un programme d’aide de 500 000$, le même jour, le 12 novembre, Washington notifiait à Manille l’octroi d’une aide d’une valeur de 20 millions de dollars, ainsi que d’un porte-avions, l’USS George Washington. Ajoutez les promesses de dons de plusieurs millions de dollars de l’Australie, du Japon, du Royaume-Uni et d’autres, et il est facile de voir la maigreur relative de la contribution de l’ASEAN, secouant la qualité de membre des Philippines. Certains observateurs ont souligné les faiblesses structurelles de l’organisation pour expliquer cet échec, mais l’organisation avait pourtant prouvé, face au cyclone Nargis, qu’elle possédait la capacité d’institutionnaliser des mécanismes efficaces pour la gestion des urgences.

Cependant, il est encore tôt. Les dégâts à Tacloban, Daanbantayn, Guiuan et les nombreuses autres villes touchées par Haiyan vont prendre des mois, voire des années, à réparer. L’ASEAN pourra encore montrer à la communauté internationale que sa réponse au cyclone Nargis n’était pas une exception dans l’histoire, plus longue, d’une gestion faible et inefficace des catastrophes naturelles. Il y a même des signes que cela puisse arriver. Dans une interview à BBC World News, le Secrétaire général Le Luong Minh a déclaré : «ce que nous avons fourni est seulement initial, il y a plus de soutien à donner. »

Dans les jours qui ont suivi sa première contribution de 500 000 dollars, le centre d’assistance humanitaire AHA a commencé à superviser l’arrivée de plus de personnel et de fournitures. Sous la bannière de l’ASEAN, Bruneï et l’Indonésie ont envoyé des avions de transport C- 130 et CN- 235 pleins de nourriture, de médicaments et d’autres articles importants.

L’AHA est même en train de construire un bureau permanent à Tacloban. Les perspectives ne sont donc pas entièrement négatives. Néanmoins, il n’existe pas encore de mécanisme aussi puissant que le Fonds d’urgence pour les secours lors de catastrophes, mis en place par l’AADMER. Si ce Fonds pouvait suivre la même trajectoire que le Fonds ASEAN de 1969 (de coopération financière, ndlr), les bénéfices pourraient être immenses, non seulement pour les Philippines, mais aussi pour la crédibilité de l’ASEAN.

Goethe a écrit dans Faust, « Le temps est venu de prouver par des actes / que l’homme ne tremblera pas devant la fosse ». L’ASEAN se tient devant sa propre fosse en ce moment. Seul le temps dira si Nargis n’était qu’une tache lumineuse dans une histoire autrement plus déprimante, ou le début d’une amélioration significative des capacités de l’ASEAN.

Traduction: Renaud Voisin
Source (Steven Keithley/The Diplomat): ASEAN slowly gets up to speed up on Haiyan
Photo: Caritas Manila

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