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Coca Cola enquête sur la production de sucre au Cambodge

Coca-Cola, le plus grand fournisseur de boisson du monde, a déclaré vendredi dernier que l’accaparement des terres était « inacceptable » et que la société ne s’approvisionnerait pas en sucre chez les entreprises refusant de respecter les droits de l’homme.

Le géant des boissons gazeuses a déclaré qu’il ferait appel à une tierce partie pour procéder à des évaluations sociales, environnementales et sur les droits de l’Homme dans les entreprises dont le sucre provient de plusieurs pays, dont la Thaïlande, l’un des trois principaux fournisseurs de Coca-Cola, où est basé Mitr Phol(1).

Mitr Phol est lié à plusieurs plantations de sucre dans la province d’Oddar Meanchey au Cambodge où des centaines de familles ont été déplacées en raison de concessions économiques de terres accordées par le gouvernement pour les plantations de canne à sucre.

« Coca-Cola s’engage dans une politique de tolérance zéro contre l’accaparement des terres.
« La société estime que l’accaparement des terres est inacceptable. Notre société n’achète généralement pas les ingrédients venus directement de ce type de fermes : nous ne sommes propriétaires d’aucune exploitation agricole de sucre ou de plantations. Mais en tant qu’acheteur important de sucre, nous reconnaissons notre part de responsabilité et d’influence pour prendre des mesures protégeant les droits fonciers des communautés locales », a indiqué la société dans un communiqué.

L’engagement de Coca-Cola est une réponse directe au rapport de l’Oxfam « Nothing Sweet About It : How Sugar Fuels Land Grabs », qui met en évidence le sort de 457 familles déplacées dans le district Sre Ambel dans la province de Koh Kong et qui accuse des entreprises comme Coca-Cola, Pepsi Co. et Associate British Foods, qui légitimeraient l’accaparement des terres au lieu de prendre leur responsabilité dans les violations des droits de l’Homme dans la chaîne d’approvisionnement.

« C’est une grande victoire. Il est très gratifiant de voir qu’une grande entreprise tel que Coca-Cola, l’une des plus grandes dans le monde, se sente responsable du sort des populations locales », a déclaré Chris Eijkemans, directeur de l’Oxfam au Cambodge.

La tâche de Coca-Cola consiste désormais à évaluer les fournisseurs de sucre et à les pousser à se conformer aux droits de l’homme au sein de leurs plantations. Cela sera difficile, mais profitera aux acteurs concernés au Cambodge et sur le long terme, a déclaré M. Eijkemans.

«Ils [Coca- Cola] ne sont pas directement impliqués, mais ils useront de leur influence – et l’influence d’un acheteur de sucre aussi important que Coca-Cola est énorme. On peut s’attendre à des retombées satisfaisantes.

« Si les fournisseurs ne se comportent pas selon la ligne de conduite de Coca-Cola, il y aura des répercussions. Ils [les fournisseurs] commencent déjà à parlementer avec la société, mais cela pourrait les conduire à perdre des contrats », a-t-il ajouté.
En mai, deux organisations locales, Licadho et Equitable Cambodia, ont publié une déclaration affirmant que « des concessions de 70 ans ont été accordées à trois sociétés directement liées à Mitr Pohl : la Angkor Sugar Co. Ltd , la Tonle Sugar Cane Co. Ltd., et la Cane and Sugar Valley Co. Ltd. Les administrateurs de chacune de ces trois sociétés sont des hauts responsables de la société Mitr Phol. Chacune de ces sociétés a admis qu’elle faisait partie de la seule et même entreprise ».

« La pétition de Licadho et Equitable Cambodia indique que les concessions Mitr Phol ont été possible grâce aux actions de complices bénéficiant des concessions, telles que la police locale et les forces militaires. Ces actions ont abouti à la confiscation illégale des terres appartenant aux populations locales, à la destruction de leurs maisons, à l’assassinat du bétail, à des incendies criminels et au pillage des récoltes. Mais cela c’est également traduit par des coups, des menaces, des intimidations et des arrestations de villageois » expliquent-elles dans leur déclaration.

En juillet 2012, Mitr Pohl a publié une déclaration dans laquelle la société désapprouvait l’accaparement​​ des terres privées ou les expulsions forcées et où elle expliquait avoir suivi toutes les lois locales pour acquérir sa plantation de sucre à Oddar Meanchey.

90 % des exportations de sucre du Cambodge – ce qui représente 13 millions de dollars en 2011, soit une augmentation de 270 % par rapport aux deux années précédentes – sont destinées à l’Union européenne, qui permet aux pays pauvres tel que le Cambodge d’exporter des marchandises librement en vertu du principe du « tout sauf les armes ».

Dans une lettre envoyée jeudi à la Commission Européenne des Syndicats, ainsi qu’aux Hauts Responsables de l’UE et l’ONU, plusieurs groupes locaux en faveur des droits humains ont appelé à une enquête sur les exportations de sucre du Cambodge vers l’Europe et leur impact sur ​​les communautés locales dans les plus brefs délais : «  Nous espérons que la Commission européenne des syndicats va ouvrir une enquête immédiate sur les violations des droits de l’homme causées par l’industrie sucrière au Cambodge et arrêter de donner des préférences commerciales aux entreprises et aux pays responsables de violations des droits de l’Homme », a déclaré Eang Vuthy , directeur général de l’organisation Equitable Cambodia.

Traduction: Aliénor Simon
Source (Denise Hruby/Cambodia Daily): Coca-Cola to Investigate Sugar Sourced From Cambodia
Photo: roitberg / Flickr
Accaparement des terres au Cambodge (vidéo Oxfam)
(1) Mirt Phol est le plus grand producteur de sucre et de bioénergie de Thaïlande et d’Asie.

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