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La résistance au barrage de Murum atteint un stade critique

Le Sarawak Report a reçu des nouvelles sur le développement critique concernant le blocage du barrage de Murum, maintenu depuis plusieurs semaines par des membres de la tribu Penan, chassés de chez eux par la montée des eaux.

Environ une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants ont été coupé de leur lieu d’origine, où ils étaient alors parqués par la police anti-émeute et ont été déplacés il y a peu de temps vers un nouveau site de blocus en contrebas de l’autoroute principale de Murum.

Cette position traverse toutes les routes menant vers le site, y compris les routes secondaires et de liaison, que la Sarawak Energy utilisait pour contourner le lieu de protestation initial, afin d’accéder à l’entrée principale du barrage et à ses différents chantiers.

Durant la journée, le nouveau blocus aurait arrêté le trafic en direction du barrage, y compris les camions de ciment et les véhicules de la Sarawak Energy Berhad (SEB).

Une ONG rapporte au Sarawak Report :
« La situation va devenir critique dans quelques jours, car les Penan bloquent désormais tous les véhicules de la SEB ainsi que ceux transportant les matériaux de construction et le ciment pour la centrale, qui est encore en construction. D’autres éléments du barrage ne sont également pas encore terminés, même si la SEB a donné l’ordre de l’inonder. En 10 heures, tout le ciment du site de construction a été utilisé. Les camions apportent à l’heure actuelle des fournitures de Bintulu en utilisant cette route de Murum. Ceux-ci sont actuellement arrêtés. » [Porte-parole des Brimas]

La SEB déclare aux journalistes qu’il n’y avait pas de blocus Kenyah ou Penan à Murum
Le développement de la résistance intervient après un étonnant mouvement de propagande de la Sarawak Energy à la fin du mois dernier, au même moment où les chefs d’entreprise affirmaient que le Sarawak était en train « d’adopter de meilleures pratiques » concernant la responsabilité sociale et sur l’environnement des entreprises lors de l’Organisation des Nations Unies à Genève.

Il est apparu que la société publique a organisé, tous frais payés, un voyage de presse pour faire visiter le site du barrage Murum aux membres de l’Association des journalistes de Sarawak. Selon une source :
« Ils ont parcouru Bintulu les 28 et 29 octobre, ont reçu un briefing officiel de la SEB à Bintulu le 29. Ils sont ensuite allés sur le site de réinstallation de Tegulang tôt le matin du 30 et ont visité le barrage de Murum pour un retour à Bintulu le soir-même, où les attendait un bon dîner (et la promesse de récompenses puisque la SEB remettait un prix au meilleur article diffusé par les journalistes sur le sujet). Puis, ils ont repris l’avion le 1er novembre ».

« Pas de blocage du barrage de Murum»

Le Sarawak Report rapporte également que tout au long du voyage, les journalistes ont été informés par les acolytes de la SEB qu’il n’y avait pas de blocage Penan ou Kenyah sur le site Murum. Cette information est un mensonge.

En réalité, les journalistes ont été soigneusement éloignés des manifestants, alors encerclés par deux hordes anti-blocage de policiers armés. Les journalistes ont été transportés dans un convoi de l’armée, ce qui limitait de beaucoup l’exercice de leur métier et d’aller au delà de la masse de documents que la SEB leur a remis à la fin du voyage.

Un informateur raconte au Sarawak Report :
« La SEB a apporté une énorme délégation de journalistes à Murum dans 16 véhicules avec 16 escortes policières armées (un conducteur et un agent de presse de la SEB dans chaque voiture). Des postes de renseignement de police étaient stationnés tout le long du chemin pour détourner le convoi loin du parti protestataire Lg Lawen Kenyah et des blocages Penan. »

Pire encore, certains journalistes ont déclaré avoir été profondément désinformés par certains représentants de la SEB sur les tribus Penan et Kenyah :
« Ils ont été informés sur le mode de vie paresseux, inutile, ivre, sale, inculte, tributaire des aides sociales et ont eu connaissance des pires préjugés que l’on peut avoir à l’égard des Penan ».

Et c’est avec cet état d’esprit que l’entreprise se targue auprès de l’ONU de son apport en matière d’éducation sociale en faveur des populations locales, bien qu’elles soient chassées de chez elles. Des rapports montrent que l’entreprise ne fait aucune mention des barrages des populations locales.

Les événements à Murum attirent sérieusement l’attention des ONG internationales, qui se préoccupent de plus en plus du bien-être de ces communautés, qui ont surveillé les barrages pendant plusieurs semaines tout en vivant dans des abris de fortune.
La santé des familles exposées

Une délégation, qui a réussi à passer clandestinement de la nourriture aux familles, a déclaré la semaine dernière que le faible approvisionnement en eau et la défaillance des abris contre la pluie et le soleil avaient causé un certain nombre de maux d’estomac et de la fièvre dans le camp, où vivent de nombreux jeunes enfants.
L’un des avantages de ce nouveau site réside dans la présence d’un cours d’eau propre à proximité des campements. Toutefois, les ONG craignent qu’il s’agisse d’un espace dangereux.

Les manifestants demandent des médicaments et leurs rations alimentaires ne sont suffisantes que pour quelques jours de plus. Le Sarawak Report, grâce à des dons antérieurs, soutient les populations locales en apportant des médicaments et des aliments frais sur le site. Les ONG locales, qui surveillent le site, attendent désormais la réaction des autorités pour améliorer la situation : « Jusqu’à présent, le traitement policier envers les manifestants consistait en une présence lourdement armée, mais récemment leur comportement s’est assoupli », a expliqué une ONG, qui a rendu visite aux Penan samedi dernier. « Mais si la SEB ne peut pas poursuivre son travail de construction, cela pourrait changer, comme l’illustre l’inondation volontaire du barrage, avant même la fin de sa construction ou même la construction de la centrale, témoignant de l’irresponsabilité de l’entreprise. »

L’ONG International Rivers se dit de plus en plus préoccupée par la situation à Murum et par la santé des Penan et Kenyah. L’ONG coordonne une déclaration regroupant plusieurs ONG et qui sera publié sous peu : « Nous vous écrivons pour exprimer notre grave préoccupation concernant la situation de centaines de femmes, d’hommes et d’enfants de la tribu Penan qui protestent de manière pacifique contre le projet de barrage hydroélectrique de Murum. La population est entourée et surveillée par une barrière de policiers armés, et cela depuis le 5 Novembre 2013. Les avocats, les groupes de défense des droits de l’homme, les médecins, les professionnels des médias et des convois transportant des aliments de base et de l’eau se sont tous vu refuser l’accès au site », raconte Tania Lee de l’ONG International Rivers.

Traduction: Aliénor Simon
Source (/Sarawak Report) : Murum stand off now critical
Photo: DR

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