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Yolanda : l’appel à la mobilisation des Philippins

« Nous devrions nous serrer les coudes pour les survivants du typhon. Montrons-leur notre solidarité: organisons de grandes assemblées, allumons des bougies, prions et agissons. Transmettons un message fort d’unité et d’espoir. » – Vencer Crisostomo, Anakbayan

Plusieurs organisations philippines font appel à la mobilisation des étudiants, des travailleurs et du grand public afin d’aider les survivants du typhon Yolanda (Haiyan), l’un des typhons les plus dévastateurs, si ce n’est le plus dévastateur, ayant jamais frappé le pays.

« Les groupes organisés réagissent vite afin de trouver de l’aide et d’étendre la solidarité envers les pauvres et les oppressés qui sont toujours ceux qui souffrent le plus des catastrophes naturelles. C’est terrible de voir que le typhon a détruit les vies des familles vivant dans les provinces les plus pauvres du pays que le gouvernement a longtemps négligées » observe le groupe Koalisyon ng Progresibong Manggagawa à Mamamayan (KPMM).

Le typhon Yolanda a atteint une vitesse de 315 km/h avec des rafales de 380 km/h. Il a d’abord frappé Guian et Samar aux alentours de 4h30 le matin du 8 novembre, ravageant de nombreuses provinces dans la région de Visayas.

On a tout d’abord parlé de 10 000 morts. Mais en date du 11 novembre à 6 h du matin, le Conseil en matière de Réduction des Catastrophes Naturelles et de Gestion des Risques, qui établit sur son site internet le bilan en direct, notait de 255 morts, 70 blessés et 40 personnes portées disparues (le 15 novembre au soir, il était de 3621 morts, 12203 blessés et 1140 disparus, ndt).

Le Centre d’Aide aux Victimes (CDRC), de son côté, rapporte qu’environ 982 252 familles, soit 4,4 millions de personnes, ont été touchées dans les 1 741 barangays de 343 municipalités et 39 villes dans les régions IV-A, IV-B, V, VI, VII, VIII, X, XI et CARAGA.

« Parmi les victimes, 101 762 familles (477 735 personnes) ont été déplacées et 86 513 familles (403 503 personnes) ont trouvé refuge dans l’un des 1 425 centres d’évacuation », selon le CDRC. « Yolanda a touché au moins 3 480 habitations dont 2 071 ont été totalement détruites dans les régions VI et XI. A Tacloban, les pouvoirs publics ont annoncé que seule une poignée de maisons était toujours debout. »

Le CDRC a ajouté que « le super typhon a provoqué des éboulements, des tempêtes et des crues subites, rompu les lignes électriques et téléphoniques, déraciné des arbres, détruit des immeubles et des maisons proches de la mer, des toits et renversé des voitures. Des milliers de familles vivant dans des zones à risque ont été évacuées à temps. Néanmoins, même les centres d’évacuation ont été atteints par les crues subites, blessant ou tuant plusieurs personnes. »

Dans son communiqué, la coalition Bayan note que la situation désastreuse des personnes vivant à l’Est de Visayas est d’autant plus difficile à cause des conditions socio-économiques régnant dans ces provinces. »

Selon le Conseil National de Coordination des Statistiques, l’Est de Visayas est la 3è région la plus pauvre du pays. Selon un rapport de 2013, il s’agit de la seule zone ayant eu une croissance négative. Le taux de pauvreté est passé de 36, 2% en 2009 à 37, 2% au cours de la première moitié de l’année 2012.

« La région a subi une diminution de sa croissance de 6,2% en 2012 à cause du faible rendement des secteurs de l’industrie et de l’agriculture », d’après un article du SunStar Tacloban.

Les résultats du rapport annuel du seuil de pauvreté en 2011 ont également montré que c’est à l’Est de Visayas que les familles souffrent le plus de la faim. L’étude, qui a englobé 51 000 de foyers philippins, a révélé que 16% des habitants y souffraient de la faim, alors qu’ils étaient 13% dans la région de Soccksargen, 11,7% dans celle de Caraga et 10,1% dans le nord de Mindanao.

« Nous craignons pour de nombreux villages près des régions montagneuses qui sont également vulnérables à cause des conséquences des opérations minières et d’exploitation forestière à grande échelle, a ajouté la coalition Bayan.

« L’Ouest de Visayas atteint un taux de pauvreté de 24, 7% en 2012 et un taux de chômage de 27, 8%. La région a connu une baisse d’activité de l’agriculture et de la pêche. La tempête va encore une fois avoir les conséquences les plus graves sur les agriculteurs et les pêcheurs de la région.

« Nous appelons les Phillippins à participer à la Journée Internationale de la Solidarité aux Victimes de Yolanda le 13 novembre en organisant des assemblées, des discussions et en mobilisant le public pour qu’il aide les efforts déjà en cours.»

Manque de préparation

D’après le groupe environnemental Réseau pour l’Environnement de la population de Kalikasan l’observation intiale des effets du Typhon Yolanda révèle que le gouvernement était mal préparé à l’arrivée du typhon.

Bayan a ajouté que le gouvernement devrait concentrer ses efforts sur le soutien et la réhabilitation des survivants du typhon : « Les fonds devraient servir directement au soutien et à la réhabilitation, notamment en ce qui concerne l’eau et la nourriture, les soins et les abris en premier lieu, tout comme les moyens de subsistance et la reconstruction des communautés sur le moyen terme.

« Le financement du gouvernement, tel que celui dont il dispose pour couvrir ses dettes ou ‘graisser les rouages’ d’un système corrompu, devrait plutôt être utilisé pour les besoins des victimes. En temps de crise, le financement public doit pouvoir faire des exceptions. »

Pas des pilleurs

L’organisation Kilusang Mayo Uno (KMU) critique, elle, le déploiement de soldats et de policiers à cause des « pillages » que l’on aurait rapportés au Centre Commercial de Gaisano à Tacloban.

« Cela m’écoeure de voir que le gouvernement Aquino prévoie d’utiliser la violence contre les survivants de Yolanda. Il y a des pilleurs parce que les opérations d’aide du gouvernement prennent trop de temps et apportent trop peu », déclare Elmer Labog, président du KMU.

Selon un article du Philippine Star, davantage de policiers ont été déployés à Tacloban afin de restaurer l’ordre et la paix, à la suite de précédents rapports sur les pillages des habitants en attendant l’aide du gouvernement.

Le Philippine Daily Inquirer rapporte qu’« avec un manque de nourriture et d’eau potable et sans aucune présence gouvernementale, beaucoup d’habitants se retrouvent dans un désarroi total. »

Selon Elmer Labog, le gouvernement Aquino devrait accélérer la livraison de biens aux personnes touchées par le typhon : « Les gens ont soif, ils ont faim et ont besoin de soins. Ils viennent de perdre leur maison, leurs proches. Le gouvernement devrait libérer les fonds nécessaires pour leur venir en aide aussi vite que possible ».
Solidarité

Les associations ont déclaré vouloir faire du 13 novembre la Journée internationale de la solidarité et du soutien aux survivants du typhon Yolanda. Pour Vencer Crisostomo, président d’Anakbayan, « ce n’est pas le moment de se plaindre, de pointer du doigt et de se comporter comme une diva capricieuse. C’est le moment d’agir, nos compatriotes kababayans sont entre la vie et la mort. 

« Nos compatriotes philippins ont besoin de notre aide maintenant. Nous en appelons aux membres et aux organisations alliées à travers le pays afin de fournir toute l’aide nécessaire. Rassemblons des biens pour les envoyer à nos kababayans et transformons nos écoles, centre communautaires et lieux de travail en centres d’aide », a déclaré Crisostomo.

Anakbayan est à la tête de Tulong Kabataan, un réseau d’étudiants et d’organisations pour la jeunesse qui apporte son aide aux survivants du typhon. Le groupe de jeunesse a également rejoint la Journée internationale de la solidarité et de l’aide aux survivants du typhon Yolanda le 13 novembre.

Les travailleurs migrants de Hongkong et du Moyen-Orient rassemblent également des fonds et perçoivent des dons pour les survivants du typhon.

John Leonard Monterona, coordinateur de « Migrante » du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, a déclaré réactiver « Sagip Migrante », des opérations de soutien menées par Migrante International.

« Nous devrions nous serrer les coudes pour les survivants du typhon. Montrons-leur notre solidarité : organisons de grandes assemblées, allumons des bougies, prions et agissons. Transmettons un message fort d’unité et d’espoir », conclut Crisostomo.

Traduction: Caroline Robert (Tradadev)
Source: Janess Ann J. Ellao/Bulatlat Groups call for mas mobilization of relief support for Yolanda survivors
Photo: mansunides / Flickr

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