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Zaha Hadid, conceptrice d’un nouveau musée cambodgien du génocide

Son cabinet, Zaha Hadid Architects, va concevoir le nouveau site de l’Institut Riss Sleuk. Cet institut du DC-Cam (Centre de documentation du Cambodge), détient les archives les plus complètes sur le régime des Khmers rouges au Cambodge.

La fluidité des structures conçues par le célèbre architecte d’origine irakienne Zaha Hadid rappelle les douces vagues d’un fleuve. Ses gratte-ciels ne sont jamais angulaires et alignés. Ses musées imitent l’infini de l’océan.

Désormais, Mme Hadid, qui a remporté à deux reprises le « Stirling Prise » de l’Institut Royal des Architectes Britanniques, une des plus hautes distinctions de l’architecture, apporte sa vision au Cambodge. Son cabinet, Zaha Hadid Architects, a accepté de concevoir le nouvel institut tant attendu, le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), le plus grand dépôt d’informations relatives au régime des Khmers rouges du pays.

L’Institut Riss Sleuk, dont le nom fait référence à des feuilles séchées historiquement utilisés par les chefs religieux comme papier à lettres, prévoit d’être le principal centre d’études sur le génocide en Asie. Le DC-Cam va également utiliser l’institut – situé à côté du lycée Boeng Trabek sur Monivong Boulevard – comme sa base d’attache pour stocker, analyser et conserver les informations relatives au régime.

Mme Hadid a déclaré que Youk Chhang, le directeur du DC-Cam, l’a incitée à s’emparer de projet, qui a connu plusieurs changements au niveau de la conception. Les plans définitifs doivent être publiés en décembre.

« Il a une vision très particulière de ce bâtiment qui nous inspire beaucoup : que la beauté et l’optimisme peuvent guérir et reconnecter un pays », a dit Mme Hadid par email. « Nous partageons ces principes et nous estimons que c’est une occasion pour réaliser quelque chose de très spécial et d’unique pour le peuple cambodgien. »

Mme Hadid a déclaré que son entreprise est en train de faire des recherches approfondies pour intégrer « la richesse de l’architecture angkorienne » et une fois que M. Chhang sera satisfait des dessins, la construction, pour laquelle elle a refusé de fournir un calendrier précis, ira de l’avant.

« La prise en charge d’un projet d’une telle importance est une grande responsabilité. Le travail de Youk Chhang est essentiel pour documenter l’événement, mais ce travail facilite également le processus de guérison en faisant avancer l’éducation et la compréhension de l’histoire et donnent de l’inspiration », a déclaré Mme Hadid, qui se réfère à l’ensemble de ses créations passées comme ses enfants.

« Nous avons la chance d’avoir été choisi pour cette tâche aussi importante ».

M. Chhang est à l’origine de l’Institut : il a été évacué de la maison de ses grands-parents de Phnom Penh dans la province de Takeo en 1975, avant d’être déplacé à Banteay Meanchey un peu plus tard la même année. Pour lui, tous les souvenirs des Khmers rouges et la nécessité d’aller au-delà de ces traumatismes, sont incarnés dans cette maison familiale.
« Cette maison pauvre, qui a déjà été démolie, est pleine de souvenirs doux-amer qui me donnent l’espoir d’un avenir meilleur », explique-t-il.

Concevoir l’institut a été un projet difficile. Lors d’un concours de design organisé en janvier 2012, l’architecte cambodgien Asasax avait été choisi comme gagnant, avec son dessin de l’Institut intégrant un stupa géant flanqué de deux tours angulaires. En face, on aurait trouvé des structures élevées sur pilotis, évoquant des foyers cambodgiens dans les plaines inondables, qui abriteraient une école, une bibliothèque, une salle de dance et un amphithéâtre.

« J’ai assisté à plusieurs concours de design locaux, mais ils ne répondent pas aux normes mondiales. Je vois le génocide comme un crime contre l’humanité et je veux embellir « , a déclaré M. Chhang. « Ce sera un tout nouveau projet conçu par Zaha Hadid. »

Dans une note d’intention, M. Chhang a déclaré avoir choisi Mme. Hadid car il ne voulait pas que son musée soit sombre et oppressant, un choix scénographique souvent pris par la plupart des musées de génocide pour désigner le tragédie de tels événements.

« L’héritage architectural gracieux mais puissant de Zaha Hadid, qui se concentre sur les lignes courbes, par opposition à la géométrie sévère de l’intersection rigide des angles durs a le potentiel de changer l’approche de conception des crimes de guerre et de les mettre sous un jour entièrement nouveau et dans une direction plus enrichissante », a déclaré M. Chhang, ajoutant que sa distance sur la question pourrait faire ressortir davantage d’éléments lors du processus créatif.

Il a ajouté qu’il souhaite relier les idéaux de conception à un célèbre temple de l’époque d’Angkor – le temple de Banteay Srey- situé à 30 kilomètres au nord de son plus célèbre homologue Angkor Wat.

Mme Hadid a déclaré qu’elle s’appuierait sur l’expertise de M. Chhang sur le sujet pour conduire le projet de musée.

« En tant que Cambodgien ayant survécu à ces événements qui ont impacté la conscience du Cambodge, il est extrêmement qualifié pour prendre cette décision [de choisir un architecte non-cambodgien]», explique-t-elle, ajoutant qu’une équipe d’experts cambodgiens et internationaux l’aideront sur le projet.

Traduction: Aliénor Simon
Source (Dene-Hern Chen/Cambodia Daily): Zaha Hadid to Design Cambodia’s Genocide Museum

Photo: Bernard Touillon (Installation d’art à Rome, au MAXXI, le Musée national des Arts du XXIè siècle conçu par Zaha Hadid).

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