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Le contrôle du « haze » ne sera pas préventif

Le système de surveillance du « brouillard », développé par Singapour, a été adopté lors du sommet de l’ASEAN du mois dernier. Pourtant, il ne permettra d’éviter la propagation des nouveaux feux.

Le système de surveillance du « brouillard », développé par Singapour, a été adopté lors du sommet de l’ASEAN du mois dernier par les trois pays touchés par le haze (ndt, le haze désigne ici le phénomène de brouillard causé par la propagation par le vent de la fumée provenant des feux de forêts, majoritairement situés en Indonésie) ainsi que par Brunei et la Thaïlande.

Il fournit une plateforme permettant d’identifier les entreprises se servant du feu pour nettoyer les terres, mais ce système de surveillance ne permet pas d’action préventive sur les futurs feux, et ne suffit pas pour s’attaquer aux défis économiques et sociaux empêchant la progression du développement durable.

C’est la ligne défendue par des experts académiques et des environnementalistes lors d’une table ronde organisée hier par le Singapore Institute of International Affairs (SIIA) qui a rassemblé 30 représentants d’universités et d’ONG provenant de Singapour, d’Indonésie et de Malaisie.

Ce système inclut des images satellite des points chauds, recoupées par des cartes des concessions et de l’usage des terres.

Selon le responsable de campagne de Greenpeace Bustar Maitar, surveiller la déforestation est plus important que surveiller le haze. Il est crucial de suivre les endroits déboisés ainsi que les zones ou le développement ne devrait pas avoir lieu. « Le débat ne devrait pas seulement porter sur la façon de résoudre le problème du haze mais plutôt sur la façon d’arrêter la déforestation dans la région – comment stopper les personnes, les entreprises ou les banques de préparer de “l’essence” pour les feux de foret chaque année », a-t-il déclaré.

Simon Tay, président du SIIA a, de son côté, estimé que bien que le système de surveillance du haze ne soit pas suffisant “en soi”, il peut aider à identifier les prochaines étapes d’action. Il pourrait également encourager les entreprises à agir de manière responsable.

Des propos relativisés par Bustar Maitar de Greenpeace, et Abetnego Tarigan, directeur exécutif national de Friends of the Earth Indonésie, qui ont précisé au journal TODAY que le public indonésien n’était généralement pas au courant du système de surveillance du haze.

Ensuite, il y a les contraintes pratiques. Selon Andika Putraditama, l’agent de liaison en charge de la restauration des forêts et des paysages pour le World Resources Institute (WRI), les cartes officielles du gouvernement indonésien ne seraient pas capables de définir clairement les foyers responsables des feux.

L’initiative indonésienne “Une carte” visant a fusionner plusieurs cartes d’utilisation des territoires a encore du chemin a parcourir. Les cartes fournies au WRI par les entreprises sont “beaucoup mieux” mais ont besoin d’être vérifiées a travers des contrôles sur le terrain, a-t-il ajouté.

Le besoin de plus d’une meilleure connaissance scientifique, de plus de données et de meilleures politiques a aussi été discuté lors de la table ronde. Par exemple, les données sur le coût sanitaire et économique et social du haze sont insuffisantes. De plus, le fondement scientifique du seuil imposé de 3 mètres pour l’interdiction de développement sur des tourbières n’est pas clair, selon le professeur de l’université Malaya Helena Varkkey. “Le réel problème à présent vient du fait que les réactions politiques sont plus rapides la connaissance scientifique”.

Le spécialiste indonésien du climat et du développement durable Fitrian Ardiansyah a enfin noté les fonds dérisoires consacrés à la conservation : il s’est rendu compte que 1% des budgets locaux sont attribués à la protection de l’environnement en Indonésie. Il a également déclaré qu’il aimerait voir plus de collaborations entre les ONG et a incité leurs représentants à tenter “un changement de l’intérieur”, par exemple en se présentant à des élections politiques.
Un compte rendu de la réunion devrait être diffusé auprès des ministères de chaque pays concerné.

Traduction: Cécile Sassus
Source (Eco-Business): Haze monitoring system will not prevent fires, say experts
Photo: CC

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