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Europe-Asie : quelle coopération en matière de développement durable?

Peu connue en France, la Fondation Europe-Asie (ASEF) est pourtant la seule organisation officielle et permanente dédiée aux relations entre les deux continents. Son objectif est de renforcer les liens entre la société civile et les gouvernements. Présentation de l’institution et de ses activités en matière de droits de l’homme et d’environnement, à travers une interview croisée de Karsten Warnecke, directeur adjoint de l’ASEF, et Thierry Schwarz, directeur du département « politique et économie », en charge des programmes liés au développement durable.

Le sommet Europe-Asie, qui accueille les chefs d’Etat des deux continents tous les deux ans, est relativement connu en Europe. On sait également que l’ASEF organise ces sommets. Quelles sont donc les relations entre l’ASEM et l’ASEF?
Karsten Warnecke : L’ASEM, ou Sommet Europe-Asie, est né en 1996 afin de renforcer le lien diplomatique entre les pays d’Europe et d’Asie. Ce n’est pas une organisation, mais un ensemble de rencontres de haut niveau. Entre les rencontres des chefs d’Etat, les ministres des Affaires étrangères se réunissent également, ainsi que les ministres concernés par l’agenda du sommet.
L’ASEF, elle, est une organisation, avec un siège basé à Singapour. Plus précisément, il s’agit d’une association inter-gouvernementale, à but non lucratif. Elle complète les réunions diplomatiques de l’ASEM dans d’autres domaines, ouverts à la société civile: culture, éducation, développement durable, économie, gouvernance, santé.
Nous co-organisons également le sommet de l’ASEM avec le pays hôte, mais nous n’en sommes pas le secrétariat. Nous avons notre propre agenda et nos propres projets.

Justement, on connaît moins le travail de l’ASEF, comment l’expliquez-vous?
K.W. : Nous n’avons pas vocation à faire des déclarations publiques. Nous agissons plutôt comme un facilitateur dans ce dialogue Europe-Asie, en menant des recherches ou en faisant des recommandations auprès des pays de l’ASEM, car il arrive que nos calendriers se rejoignent. En 16 ans, nous avons toutefois travaillé avec 700 associations (dont une quarantaine en France, comme l’IFRI, Sciences Po, le musée du Quai Branly…), et organisé une centaine d’événements.

L’un de ses programmes-phares est celui du Développement durable. De quoi s’agit-il?
Thierry Schwarz : Lors du dernier sommet de l’ASEM à Vientiane il y a un an, les pays ont déclaré soutenir les Objectifs d’un développement durable, qui succèdent aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) depuis la conférence Rio+20. Nous avons donc décidé de traduire ces paroles en actes. Actuellement, nous travaillons sur l’utilisation d’indicateurs communs pour évaluer les politiques en matière de développement durable et la définition d’objectifs communs.
Lors du dernier Forum Environnement Europe-Asie, nous avons présenté aux participants (think tanks, institutions internationales, diplomates…) notre rapport : “Sustainable Development Goals and Indicators for a Small Planet« . Il est composé de deux parties : une analyse comparative de la politique de 12 pays en matière de développement durable (Singapour, Pologne…) en fonction des indicateurs de Rio+20, et la définition de 11 objectifs, avec des critères d’évaluation conformes aux indicateurs internationaux de développement durable. L’an prochain, nous préconiserons les moyens à mettre en œuvre. Ils seront présentés au prochain Forum Europe-Asie (ASEM), puis au Groupe de travail des Nations Unies sur le Programme de développement pour l’après-2015.

L’ENVForum vient de fêter ses 10 ans. Comment les débats ont-ils évolué?
T.S. :  Il y a clairement eu deux phases, avant et après Rio+20. Avant, les enjeux portaient essentiellement sur la gouvernance internationale environnementale. Cela a abouti aussi à ce que l’on présente des propositions à Rio+20, dont certaines ont été reprises comme celles de l’élargissement du mandat de l’UNEP, devenue une organisation universelle (et non plus internationale), dont certaines propositions ont été reprises. Après, nous sommes passés aux objectifs onusiens du développement durables, sur les quels nous sommes « branchés », qui fixent des objectifs internationaux.

Le sommet de Copenhague en octobre dernier, était consacré au rôle des droits de l’homme dans l’environnement. Qu’en avez-vous conclu ?
K.W. : Lors de ce 13e séminaire de l’ASEM sur les droits de l’homme, nous avons non seulement soulevé l’inter-relation, mais l’interdépendance entre les droits de l’homme et l’environnement. Quand vous défendez l’un, cela a un effet sur l’autre. Or, il y une communauté qui défend les droits de l’homme, et une autre qui défend l’environnement. Nous avons donc réfléchi à la manière dont intéger les problématiques environnementales chez les « droits de l’hommistes », et vice-versa. Le rapport sera disponible sur notre site au printemps prochain. Et à l’automne 2014, ce séminaire aura lieu au Vietnam et nous étudierons la relation entre les droits de l’homme et les affaires.

Céline Boileau/AlterAsia

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