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Singapour: un air de xénophobie?

18/10/2013 by AlterAsia in Gouvernance, Politique

La polémique sur la politique de Singapour en matière d’immigration gonfle depuis des mois. Les défenseurs de la loi gouvernementale accusaient « ceux qui sont contre » de propos xénophobes. Une critique qui ne semble plus d’actualité.

Avez-vous noté que la « xénophobie » avait disparu de Singapour depuis la loi qui a relevé le niveau de la censure sur Internet à Singapour?

Le 31 mars, la journaliste du Straits Times Tessa Wong écrivait un article sur ce qu’elle percevait alors comme une tendance xénophobe prédominante des messages en ligne du public.

Cet article, intitulé « Pas de tolérance pour l’intolérance », constitue une attaque à l’encontre de ceux qui s’opposent à la politique d’immigration, de travail et démographique du gouvernement.

« Le refoulement de la xénophobie est encore loin de prendre de l’ampleur », déplorait-elle.

Mlle Wong a écrit, en référence à ceux qu’elle estime être xénophobes, qu’ « en ce moment, ils sont plus susceptibles de pérorer des phrases telles que ‘les Singapouriens d’abord’ et de défendre les droits des ‘Singapouriens nés et élevés dans le pays’ ».

Et elle ajoutait : « les xénophobes n’aiment jamais être appelés xénophobes ; à la place, ils préfèrent le terme plus sympathique et à consonance patriotique de ‘pro-Singapouriens’.
(…) Ceux qui se livrent à cette mascarade devraient être décriés. Ce comportement cherche à protéger l’identité et les intérêts des Singapouriens en faisant usage d’une mentalité négative du ‘nous contre eux’ ».

Puis elle exhortait : « les Singapouriens devraient s’indigner contre la xénophobie, même si ces derniers temps c’est un acte impopulaire à réaliser. En vérité, il ne peut y avoir de justification à détester une autre personne parce qu’elle est étrangère, et ce genre de comportement discriminatoire ne devrait jamais s’enraciner dans un endroit comme Singapour, qui a toujours été ouvert et tolérant à différents cultes et différentes ethnies (…) C’est un message qui a besoin d’être renforcé, quels que soient le climat politique et l’impopularité du message. »

Voilà de bien fortes paroles. Sans aucun doute, Mlle Wong fait écho à l’angoisse du gouvernement devant les critiques de sa politique migratoire. De façon évidente, la journaliste a pris le train en marche pour caractériser chaque critique de cette politique comme de la « xénophobie ».

J’avais écrit une réfutation de son article ici : Screaming xenophobia. Six mois plus tard, il faisait la une du quotidien TODAY.

Mais revenons aux paroles de Mlle Wong : « En ce moment, ils sont plus susceptibles de pérorer des phrases telles que ‘les Singapouriens d’abord’ et défendent les droits des ‘Singapouriens nés et élevés dans le pays’ ». Que dire alors du commentaire du porte-parole du Parlement Mdm Halimah Yaacob?

Il y a 3 semaines, le ministère du Travail a introduit son « Cadre pour une considération égale » afin d’encourager les employeurs à « engager des locaux plutôt que des étrangers ». Dans les faits, cela est – à toutes fins utiles – une politique visant à « engager des Singapouriens en priorité », même si le ministère le dément.

Il est ainsi, soudainement, devenu acceptable d’être « pro-Singapouriens », ou de promouvoir l’idée des « Singapouriens d’abord ». Qu’est-ce qui a changé ?

Mon hypothèse est la suivante : le gouvernement a finalement réalisé que ce que les Singapouriens disent, y compris dans les critiques en ligne, n’est pas faux.

Les remarques de Mdm Halimah sont la dernière preuve que le gouvernement a finalement accepté que les Singapouriens devaient être prioritaires dans le secteur de l’emploi et qu’il devait encourager les employeurs à « penser d’abord Singapourien ».

La discrimination subie par les salariés sur leur lieu de travail est devenue un problème politique qui pourrait diminuer la popularité du parti au pouvoir lors de la prochaine élection. Il fallait donc agir de suite, afin d’avoir du temps avant la prochaine campagne électorale prévue d’ici à 2016.

Ce que j’essaie de démontrer ici est le fait que les journalistes et les reporters devraient passer plus de temps à réfléchir avant de se jeter sur un train déjà en marche et devenir les porte-paroles d’un gouvernement que beaucoup considèrent comme étant déconnecté de la réalité.

Ne devenez pas les meneurs de l’establishment juste parce que c’est commode. Vous risqueriez de devenir les pourvoyeurs d’une chasse aux sorcières contre ceux pour qui notre société importe réellement. C’est déjà arrivé par le passé, et encore récemment lors de l’épisode du « brouillard indonésien ».

Les accusations de xénophobie perpétrées par les médias grand public et les gens comme Mlle Wong menacent d’enterrer les véritables inquiétudes des Singapouriens dans un silence honteux.

Mais si ceux comme Mlle Wong pensent que promouvoir l’idée des « Singapouriens d’abord » est xénophobe, alors qu’on les laisse parler contre Mdm Halimah et le ministère du Travail, puisque comme l’a dit Mlle Wong de manière si éloquente, « c’est un message qui a besoin d’être renforcé encore et encore, peu importe le climat politique et quelle que soit l’impopularité du message, à la fois par les citoyens et les dirigeants. […] Les Singapouriens devraient s’indigner contre la xénophobie, même si ces derniers temps c’est un acte impopulaire à réaliser ». Sauf si, bien sûr, ce n’est pas de la xénophobie que de s’exprimer en faveur des Singapouriens – et ça ne l’est pas.

Accessoirement, il est intéressant de noter que de telles accusations de « xénophobie » se sont apaisées après l’introduction par le MDA(1) d’un nouvel ensemble de lois sur Internet au mois de juillet.

(1) NDT, le Media Development Authority, ou MDA, est l’autorité gérant le développement des médias à Singapour.

Traduction: Cécile Sassus
Photo: DR
Source (The Online Citizen): Screaming xenophobia no more?

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