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Manifestations au Cambodge: une nouvelle attraction touristique?

Les manifestations de Phnom Penh vues par des touristes. Reportage.

Malgré les manifestations au Parc de la Liberté, les barricades de barbelés, les rues bloquées et les affrontements entre les citoyens et la police au cours des deux derniers jours, il semble que les camps et la présence des forces de l’ordre dans la ville constituent une nouveauté pour les touristes.

Lundi après-midi, un coupe d’Australiens, John et Barbara Keane, étaient assis imperturbables dans un café sur les quais sirotant des cocktails, tout comme ils l’avaient été dimanche lors des affrontements entre les manifestants et les policiers sur le Quai Sisowath : « nous étions assis au premier rang », explique Mme Keane, âgée de 64 ans. « Nous pouvions voir la colère dans leurs yeux », raconte-t-elle.

Un couple britannique posant pour prendre des photos devant le Musée National raconte également qu’il a été témoin de l’affrontement de dimanche et qu’il a vu les manifestants sur le bord de la rivière franchir les barricades de barbelés et lancer des pierre à la police.

« Hier, nous avons pu voir les manifestations et nous avons pris un tas de photos. Nous voulions avoir LA photo, non pas pour l’argent mais pour dire : « vous, les autorités, si vous attaquez ces personnes, nous en aurons la preuve » », raconte Emma Barnes, 26 ans. « Les manifestations ne m’effraient pas. J’étais à New Delhi lors des émeutes de réaction au viol collectif et à l’assassinat d’une jeune fille en décembre. Cela permet d’expérimenter la culture. Je peux ainsi rentrer chez moi avec un petit aperçu de la politique cambodgienne à la place d’une photo d’une jolie plage », explique-t-elle.

Marchant le long des quais lundi, un couple de nouveaux arrivants – des citoyens israéliens – sans aucune idée de l’atmosphère politique actuelle raconte que la montée de violences les a amenés à prolonger leurs vacances. « Nous connaissons le AK-47, nous connaissons la guerre », raconte Oleg Chernichau. « Nous sommes Israéliens et nous sommes nés en Russie, nous connaissons tout ça. Nous pensions quitter Sihanoukville lundi mais finalement nous allons peut-être rester ici. Nous commençons à nous familiariser avec la réalité locale. Vous savez, nous avons tant de politiques au Moyen-Orient que je suis curieux de voir ce qui va se passer ici ».

Dans une auberge de jeunesse près du Parc de la Liberté, quatre touristes finnois s’apprêtant à monter dans un bus ont regretté d’avoir acheté leurs billets à l’avance, en réalisant que les manifestations allaient durer toute la semaine. « Les manifestations ont rendu Phnom Penh beaucoup plus excitante qu’elle ne l’était et nous aurions pu tout voir de notre hôtel », regrette Gisse Rajanaki (21 ans). « Dimanche soir, nous étions en plein milieu de la foule au Parc de la Liberté avec quatre caméras. Nous avons des images étonnantes ! A notre retour à Sihanoukville, nous allons assembler toutes ces images et les envoyer à un journal de chez nous. Rien de cela n’arrive en Finlande ».

Mark Leary, 26 ans, originaire de Nouvelle-Zélande et voyageant seul, a pris les choses à autre degré : « je viens juste d’arriver [dans la nuit de dimanche] de Bangkok et suis venu spécialement pour les manifestations. C’est comme une fête. A Bangkok, c’était bien, mais ici c’est vraiment fantastique. Il y a de la nourriture et de la boisson gratuites et les gens sont tellement joyeux, ils sont vraiment joyeux. Cela n’a vraiment pas l’air d’une manifestation ».

Scot Joel Eddie, 31 ans, voyageant en taxi dans la nuit de dimanche dernier de Kampot à Phnom Penh, n’a pas eu une bonne expérience du premier jour des manifestions. « Je me suis réveillé dans le taxi, n’ayant aucune idée d’où j’étais et nous étions fouillés par la police », raconte-t-il. « C’était effrayant. Ils portaient des masques sur leurs visages, mais quand ils en ont eu fini de fouiller, ils les ont retirés et riaient comme des enfants. Ils avaient l’air d’adolescents. C’était irréel. »

Il semblerait que certains chauffeurs de tuk-tuk en profitent pour augmenter leurs prix et se faire des extras dans la confusion. Yasmin Bradley, une jeune britannique de 21 ans, raconte qu’à son arrivée à Phnom Penh dans l’après-midi, son chauffeur lui a affirmé qu’il était impossible de se rendre à son hôtel situé dans la rue 302, pourtant non barrée. « Il a dit qu’il était impossible de nous y rendre mais je n’avais aucune raison de ne pas lui faire confiance car je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait », explique-t-elle. « A la fin, nous avons pris un autre tuk-tuk qui nous a emmenés sans problème à notre hôtel ».

Source (Cambodia Daily): Tourists in Phnom Penh find novelty among demonstrations
Traduction: Aliénor Simon
Photos: @illied (ouverture) et @PonniahKevin (article), via Global Voices Online PHOTOS : au Cambodge, la manifestation post-élections dispersée dans la violence

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