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Un festival du film pour déjouer la censure en Thaïlande

Trois associations thaïlandaises ont organisé un festival du film dans le but de défier la loi sur le cinéma et les vidéos qui, selon les critiques, crée une censure au sein de l’industrie cinématographique.
 
Contrairement à d’autres festivals du film où l’on décerne des prix pour l’esthétique, la réalisation technique ou le jeu d’acteurs, ce festival organisé par trois organisations locales – Dialogue sur la réforme de la loi Internet (iLaw), Movie Audience Network et Bioscope Magazine, récompenseront le réalisateur du film le plus enclin à être interdit par les autorités thaïlandaises.
 
Selon les organisateurs, le projet du “film le plus enclin à être interdit » vise à défier la Loi sur le cinéma et les vidéos de 2007 qui donne le droit à la Commission cinématographique et audiovisuelle l’autorité d’interdire les films qui pourraient nuire à « l’ordre public et à la moralité », ou affecter « la sécurité nationale et l’honneur de la Thaïlande ».
 
Le festival du court-métrage, dont le slogan est “l’ingéniosité au plus près du danger », a ouvert les candidatures en avril et remis les récompenses samedi dernier.
 
Selon Orapin Yingyongpattana, gestionnaire de projet d’iLaw, l’article 26 (7) de la Loi Nationale du Film et de l’Audiovisuel pose problème car elle contient des formulations imprécises telles que “la moralité publique”, qui apparaît également dans d’autres lois thaïlandaises sur les médias, comme la Loi sur la diffusion.
 
« Il s’agit de renvoyer la question à l’Etat: si les gens sont d’avis qu’un film ne devrait pas être interdit, pourquoi serait-ce le cas ? L’Etat ne devrait-il pas améliorer ces lois ? », a demandé Orapin.
 
L’année dernière, Shakespeare Must Die a été interdit par la loi du film et de l’audiovisuel sous prétexte que cela créerait des divisions parmi le peuple. Le film parle d’un dictateur qui a tué le roi pour prendre sa place. C’était une adaptation de Macbeth, œuvre de Shakespeare. Fin 2010, le film Insects in the Backyard a été interdit à cause d’une scène où des étudiants en uniformes scolaires avaient des relations sexuelles.
 
Le festival a reçu 40 contributions envoyées par des réalisateurs amateurs de tout le pays. 15 d’entre eux ont été retenus en vue de la récompense. Les films ont été projetés avant la cérémonie au Centre des Arts et de la Culture de Bangkok, samedi 7 septembre.
 
Trois films dont les implications légales ont été jugées trop risquées par les organisateurs n’ont toutefois pas été projetés lors de l’événement.
 
Cinq films ont été projetés devant un petit public plus tôt cette semaine au « Reading Room » lors d’une séance en avant-première. La projection fut suivie par une discussion avec les journalistes invités, les réalisateurs et quelques membres du public. Pendant cette discussion, il a décidé si les contributions à risques devaient être projetées ou, au contraire, laissées dans l’ombre afin de réduire les risques encourus.
 
L’un de ces trois films met en scène un groupe de jeunes désespérés financièrement qui ont l’idée de faire passer l’un d’entre eux pour un moine afin de recevoir nourriture et argent en demandant l’aumône. Ils deviennent vite accros en se rendant compte qu’il est plutôt facile de se faire de l’argent de cette façon.
 
« Nous pensons qu’être moine est juste un autre travail dans notre société. Il suffit de porter une robe et tout le monde peut devenir moine. C’est comme donner des pots-de-vin à la police, mais quand il s’agit de moines, les gens donnent de l’argent sans hésiter », a expliqué le réalisateur Rachata Rungkamolpan, interrogé sur l’objectif de Buddha Expert.
 
Selon Orapin, même s’il n’est pas clair que le film aille directement à l’encontre de la loi, le sentiment d’insécurité demeure lorsqu’on traite ce genre de sujets.
 
Avec les normes de la société thaïlandaise, il existe un risque de poursuites pour les réalisateurs ou les organisateurs. Le système judiciaire ne peut pas protéger les accusés et prendre ce risque n’en vaudrait pas la peine, a ajouté l’organisateur: « D’après la constitution, toute personne a le droit d’exprimer ses opinions, mais ce droit peut être suspendu sous certaines circonstances. Au final, ce droit ne veut peut-être pas dire grand-chose. »
 
Un autre film montre une interview de 10 minutes avec un homme parlant de censure cinématographique. A la fin du film, lorsque l’hymne national retentit, la scène passe du peuple nord-coréen au peuple thaïlandais et vice versa, montrant les gens pleurer pour leurs leaders.
 
« En fait, je veux en savoir plus sur ceux siégeant au Conseil Cinématographique et Audiovisuel. Sont-ils diplômés en art ou ont-ils une quelconque qualification pour juger les films et les interdire? Comment peuvent-ils savoir quelles répliques risqueraient de créer des divisions au sein du peuple? », a déclaré Sorayos Prapapan, réalisateur de Long Live the Kim lorsqu’on l’a interrogé sur la loi du film et de l’audiovisuel.

« Je ne laisserai personne interdire ne serait-ce qu’une seule seconde de mon film car il contient un certain sens que je voulais mettre dans ce film », conclut-il.

Le Festival du Film Enclin à être Interdit et la remise des prix ont eu lieu au Centre de l’Art et de la Culture de Bangkok samedi, 7 septembre à 19 heures.

Source (Suluck Lamubol/Prachatai) Film contest seeks to defy Thailand’s Film Censorship Board

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Photo: “Sienphra” ou Buddha Image Expert, réalisé par Rachata Rungkamolpan.

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