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Laos: lettre de l’épouse de Sombath Somphone, porté disparu

Lettre de la femme de Sombath Somphone publiée à l’occasion de la Journée Internationale des Personnes Disparues, le 30 août dernier.

Aujourd’hui, le 30 Aout, nous célébrons la Journée internationale des Victimes de Disparitions Forcées. Shui Meng a envoyé la lettre suivante à ses amis et collègues afin d’attirer l’attention sur cette terrible pratique.
Plusieurs groupes et medias effectuent des recherches sur le nombre et la nature des Disparitions Forcées au Laos. Si vous êtes en possession de preuves et d’informations vérifiées et documentées, merci de les partager.

Chers tous,

Le 30 Aout est la Journée Internationale des Personnes Disparues. Des activités de solidarité avec les victimes de Disparitions forcées ont lieu dans plusieurs pays d’Asie.

Certes, le Laos a ratifié la Convention des Nations Unies Contre les Disparitions Forcées, comme bien d’autres conventions et protocoles relatifs aux droits de l’homme, et le pays reçoit une aide substantielle de ses partenaires de développement, dédiée à la sensibilisation sur les questions des droits de l’homme. Pourtant, la prise de conscience, ou la simple reconnaissance du fait que les Disparitions Forcées sont un problème de droits de l’homme au Laos, reste très faible.

En fait, dans la terminologie des droits de l’homme, les Disparitions forcées sont considérées comme « la mère des violations des droits de l’homme » car une personne disparue est une « non-personne », et jusqu’à ce que des preuves des allées et venues, de la vie, ou autre, d’une personne aient été établies, la famille demeure in limbo, à attendre, sans possibilité de « tourner la page », en suspens entre espoir et désespoir. Personne, en dehors de ceux qui ont fait l’expérience de telles violations, ne peut décrire l’agonie et le traumatisme auxquels ils sont confrontés, à chaque minute. De l’extérieur, personne ne peut comprendre de tels sentiments, de telles émotions.

J’écris cela, non pour m’épancher, mais pour vous implorer, vous professionnels du développement et avocats des droits de l’homme, d’agir toujours plus pour que se fasse cette prise de conscience sur le problème des disparitions, dans le contexte des droits de l’homme au Laos.

Les cas de disparitions au Laos sont nombreux, bien plus que les chiffres admis, parce que les membres des familles des victimes ont trop peur de parler ou demander de l’aide. Récemment, j’ai voulu attirer l’attention sur un cas qui avait été rapporté au Groupe de Travail sur les Disparitions Forcées ou Involontaires, mais l’on m’a dit que la famille désirait garder cela confidentiel. Voilà dans quel état de peur se trouve l’entourage, et c’est pour cela que les auteurs de ces disparitions au Laos peuvent continuer d’agir en toute impunité : ils savent que les conséquences de leurs actes seront faibles, ou nulles.

J’ai passé toute ma vie professionnelle à travailler sur les questions de développement au Laos et ailleurs, dans le but d’améliorer les vies et les droits des pauvres et des exclus, et je suis très fière de notre mission. Je vous supplie donc, vous tous, mes collègues du développement, de prendre des positions encore plus tranchées et fermes sur la question des disparitions avec vos partenaires laotiens, au niveau local et national. Il me reste au moins une voix, s’il vous plait soyez la voix et la conscience de ces Laotiens muets et terrifiés.
Bien à vous, Shui Meng.

Source (Prachataï): Letter from Sombath Somphone’s wife on the International Day of the Disappeared
Traduction: Louise de Nève

Lire aussi (AlterAsia): Laos, où est Sombath Somphone?

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