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Jean-Marc Ayrault en Malaisie défend l’huile de palme, le nucléaire…

En défendant l’huile de palme et le nucléaire lors de sa visite en Malaisie, le Premier ministre français sacrifie l’écologie à l’urgence économique. Et snobe la volonté des citoyens français et malaisiens. Décryptage.

Lors de sa visite officielle en Malaisie, le premier ministre français Jean-Marc Ayrault, a tout d’abord tenu à « rassurer » son homologue malaisien Najib Razak. Il a ainsi déclaré que le gouvernement français « n’est pas hostile à l’huile de palme » et ne « soutient pas la taxe Nutella » (pourtant présentée par les sénateurs PS).

Avec cette déclaration, le premier ministre a, officiellement, répondu aux attentes d’une association malaisienne de petits propriétaires du secteur de l’huile de palme (NASH). Cette dernière l’avait en effet interpellé en amont de sa visite, pour lui demander de faire cesser une campagne française qui, selon elle, nuit à ce secteur.
Parmi les « petits producteurs » mentionnés par Jean-Marc Ayrault, on compte également ceux de Felda, la compagnie publique malaisienne d’huile de palme, qui a réussi son entrée en bourse en soulevant trois milliards de dollars l’an dernier (ce qui représentait la plus grosse entrée en bourse après celle de Facebook). Felda est constituée de près de 112 000 paysans sociétaires, qui auraient vu « d’un mauvais oeil » l’entrée du groupe français Louis Dreyfus au capital de la holding. Mais cela n’empêche pas l’entreprise de poursuivre l’acquisition de terres en Asie (lien en anglais).

Cet appel du pied français constitue donc un signal fort à destination du secteur de l’huile de palme, qui n’a pas manqué d’être remarqué par l’ensemble de la presse du sud-est asiatique, y compris en Indonésie.

Ce faisant, Jean-Marc Ayrault n’a « pas rassuré » les citoyens français qui ont exprimé leur mécontentement sur Twitter ou dans les commentaires de la presse française sur Internet.

Une indignation relayée par Corinne Morel Darleux, Secrétaire nationale à l’écologie au Parti de Gauche et Conseillère régionale Rhône Alpes:

Comme l’a rappelé Jean-Marc Ayrault, l’huile de palme constitue un sujet sensible entre la Malaisie et la France: il y a deux ans, l’implantation en France de Sime Darby, un producteur malaisien majeur d’huile de palme avait fini par échouer, devant le refus de la population locale.

Parmi les autres sujets évoqués par M. Ayrault en Malaisie : un accord sur le secteur ferroviaire (la Malaisie prévoit notamment la construction d’une ligne rapide jusqu’à Singapour), la situation des PME françaises en Malaisie, mais aussi celle de l’industrie lourde, notamment l’aéronautique et le nucléaire. Les Malaisiens s’étaient pourtant déjà exprimés contre le développement de ce type d’énergie dans leur pays.

L’autre intérêt de cette visite française réside donc dans ce que n’a PAS dit Jean-Marc Ayrault. En mai dernier, les élections en Malaisie ont permis au gouvernement de Najib Razak de rester au pouvoir, malgré une minorité de votes en sa faveur. Une légitimité toujours contestée par les partis de l’opposition ainsi que par les organisations de la société civile, pour lesquels Jean-Marc Ayrault n’a pas eu un mot.

Pas un mot, non plus, sur la vente de sous-marins Scorpène par la DCNS à la Malaisie, qui fait actuellement l’objet d’une instruction judiciaire en France à l’initiative d’une ONG malaisienne, pour des faits de corruption. Les deux dossiers sont d’autant plus liés que les « offsets » (compensations) auraient prévu qu’en échange des sous-marins, la Malaisie vende aux entreprises françaises de l’huile de palme pour un montant de234 millions d’euros.
Céline Boileau

Aussi:
Jean-Marc Ayrault en VRP des entreprises françaises en Malaisie (AFP/Le Monde)
Safran: Jean-Marc Ayrault sur un futur site du groupe en Malaisie (boursier.com)

Photo:Wakx / Flickr

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