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La crise du bouddhisme en Thaïlande

Les scandales liés au moine jet-setteur ont laissé de nombreux Thaïlandais dans la consternation et l’incrédulité. Mais il y a bien pire, comme l’islamophobie qui touche le bouddhisme actuel, dans l’indifférence générale.

Les scandales liés au moine bouddhiste Luang Pu Nenkham, à la une des journaux durant des semaines, ont laissé de nombreux Thaïlandais dans la consternation et l’incrédulité face aux détails les plus sordides sur la vie de ce moine jet-setteur : aux soupçons de consommation de drogue, s’ajouteraient une richesse incalculable et style de vie somptueux, sans oublier les relations sexuelles avec de jeunes filles mineures.

De même, la décision soudaine du fameux moine prédicateur japonais Phra Ajahn Mitsuo Gavesako – enseignant la vertu de la chasteté en Thaïlande – de laisser tomber sa robe orange pour se marier presque instantanément avec une Thaïlandaise, a choqué beaucoup de ses disciples.

Face à tant de révélations, de nombreux Thaïlandais se demandent : qu’est-ce qui a mal tourné avec le bouddhisme thaï ?

Ces révélations dramatiques sont néanmoins presque insignifiantes par rapport à d’autres aspects de l’échec collectif des bouddhistes en Thaïlande. Pensez, par exemple, combien il est dérangeant de voir que la plupart des moines thaïlandais et des laïcs sont muets face à la propagation de la haine et à l’islamophobie des moines bouddhistes et des laïcs dans les pays voisins comme le Myanmar, un pays dit majoritairement bouddhiste.

C’est un marasme bien plus grand que celui qui touche les cas Luang Pu Nenkham et Phra Ajahn Mitsuo, et pourtant les moines thaïlandais, les laïcs bouddhistes et les médias en général, ne reconnaissent pas notre échec collectif en tant que bouddhistes à prévenir ou à atténuer l’exacerbation de la haine contre les musulmans, en envoyant un message fort à nos compatriotes bouddhistes au Myanmar. Malheureusement, pour de nombreux moines bouddhistes thaïlandais et les gens ordinaires, ce n’est même pas un problème.

Si vous pensez que c’est « trop attendre » des moines thaïlandais et des laïcs qu’ils s’intéressent à l’état du bouddhisme en Birmanie et au sort des Rohingyas1 et des Musulmans, penchons-nous alors sur le nombre important de temples en Thaïlande, inutilement et richement construits dans les communautés pauvres du pays. Cet argent pourrait servir à la construction d’un hôpital, d’une école, d’une bibliothèque ou même d’une coopérative agricole – mais il est plutôt utilisé pour la construction et l’entretien de temples grandioses, onéreux et fastueux : rien n’est fait pour condamner cette attitude, contrairement aux modes de vie fastueux des moines comme Luang Pu Nenkham.

De nombreux bouddhistes thaïs sont aussi profondément habitués à donner de l’argent pour la construction de gigantesques Bouddhas ou de statues de moines vénérables, alors que n’importe quel bouddhiste assez bien éduqué sait pertinemment que le Bouddha historique a interdit la fabrication de statues à son effigie pour le culte.

Ensuite, il y a la croyance – répandue – en l’efficacité d’une prière pour la santé, la richesse et ce que vous voulez, auprès de moines, de statues de Bouddha, de statues hindoues, d’amulettes bouddhistes et hindoues, par ceux qui sont censés être bouddhistes. Et tant pis si Bouddha lui-même a dit qu’il fallait compter sur soi-même et pas sur les autres.

Une telle pratique n’est pas seulement non-bouddhiste dans sa réflexion, mais constitue également l’une des racines d’une culture de corruption, car les gens promettent toujours de donner quelque chose en retour lorsque leurs vœux sont exaucés. Pourtant, ceux qui crient si fort contre la corruption, ne se rendent pas compte que ces pratiques soi disant « bouddhistes » entretiennent et propagent cette corruption dans la vie quotidienne.

Dernier point et pas le moindre : l’incapacité de nombreux moines thaïlandais et de laïcs à embrasser l’enseignement de Bouddha du pardon et d’absence de vengeance. Beaucoup de moines et de profanes thaïlandais soutiennent encore la peine de mort comme forme ultime de vengeance et de punition pour les crimes hideux, bien que le Seigneur Bouddha ait clairement indiqué que la vengeance n’a aucun rôle dans sa foi. Les militants opposés à la peine capitale ont clairement constaté que l’obstacle majeur à l’abolition de la peine de mort réside dans l’obstination des moines bouddhistes et des laïcs à considérer l’exécution comme un droit.

Au final, je me moque de la petite farce entourant les moines tels que Luang Pu Nenkham : ce ne sont pas les jets privés fastueux ou les limousines Maybach, ou encore les relations sexuelles présumées dans un cimetière qui me choquent. Ce qui me choque le plus, c’est notre échec collectif en tant que société à se proclamer bouddhiste.

1. Minorité vivant dans l’Etat d’Arakan en Birmanie s’étant convertie à l’Islam au XVè siècle, considérée par l’ONU comme l’une des minorités les plus persécutées au monde.

Traduction: Aliénor Simon
Photo: pierre pouliquin / Flickr
Source (The Nation/Prachataï): Thai Buddhism : Much deeper things have gone wrong

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