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Les droits des LGBT sont ceux de tous les Singapouriens

Singapour constitue à bien des égards un pays cosmopolite et avant-gardiste. Dans certains domaines, en revanche, le pays est à la traîne. C’est notamment le cas en ce qui concerne les droits des LGBT.

A l’heure actuelle, les nations font face à une période difficile d’introspection, cherchant à concilier les revendications de liberté et d’égalité avec certaines croyances et valeurs profondément ancrées. Mercredi 26 juin, la Cour suprême des Etats-Unis a permis au pays de faire un pas vers l’égalité, grâce à deux décisions judiciaires très médiatisées en faveur de la communauté LGBT. Treize pays reconnaissent à présent le droit des couples de même sexe à se marier, dont la France, le Brésil, la Suède et l’Afrique du Sud. La législation sur le mariage des couples homosexuels en Uruguay et en Nouvelle-Zélande devrait entrer en vigueur en août. Une majorité de pays dans le monde ont légalisé l’homosexualité. La liste des juridictions qui continuent de poursuivre en justice les LGBT inclut le Nigéria, l’Afghanistan, l’Arabie Saoudite et bien sûr, Singapour.

Le Canada, pays que je considère comme ma patrie, a légalisé l’homosexualité en 1969, devenant ainsi le quatrième pays au monde à reconnaître le mariage homosexuel en 2005. Singapour n’est évidemment pas le Canada. Non pas qu’il le doive. Cependant, durant le temps passé dans cette cité-état pluraliste et moderne, j’ai été confronté à des débats contre l’avancée des droits des LGBT qui m’ont sinistrement rappelé les débats qui ont eu lieu dans ma propre société et qui, d’une certaine manière, sont toujours d’actualité.

Le camp anti-gay aime marginaliser les réclamations des LGBT en les considérant comme les problèmes d’une minorité. Ils soutiennent que les problèmes des LGBT ne sont pas importants pour l’ensemble de la société. Rien ne pourrait être plus loin de la vérité. Les LGBT ne constituent pas une sous-classe mystérieuse, cachée et hors de vue. Ce sont des amis, des collègues de travail, des membres de votre famille. Et leurs revendications sont les mêmes que celles de n’importe quel Singapourien : l’égalité devant la loi.

L’article 377A du code pénal, qui menace les rapports homosexuels consensuels d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison, isole les Singapouriens LGBT, lesquels font face à une persécution juridique à laquelle les couples hétérosexuels ne seront jamais confrontés. Ce déni d’égalité juridique devrait tous nous préoccuper. Lorsqu’un système juridique discrimine certains Singapouriens, c’est tout Singapour qui perd la confiance et la foi placées dans ce système. Lorsqu’un système juridique est injuste à l’égard d’une partie de la population, le système dans son ensemble ne pas être considéré juste. Aucun Singapourien ne vit donc selon un système de lois équitable.

Le camp anti-gay soutient également que les droits des LGBT portent atteinte aux libertés religieuses. Cependant, rien ne le prouve. L’article 377A prévoit des sanctions judiciaires à l’égard des LGBT dans le cadre du droit pénal, donc laïque. La Constitution singapourienne et la Loi sur le maintien de l’harmonie religieuse affirment les principes de laïcité à Singapour. Ces principes sont affirmés de manière similaire dans différentes religions, notamment dans la chrétienté, lorsque le Christ a prononcé « Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu, 22:21). L’article 377A, faisant partie du droit pénal, appartient donc au royaume de César. Il s’agit donc d’une question qu’il convient de tenir à l’écart de la religion.

Enfin, il existe également des personnes dans le camp anti-gay qui prédisent de terribles conséquences en cas de progrès concernant les droits des LGBT. Prenons donc cet argument en considération pendant une seconde. L’article 377A nuit directement aux Singapouriens LGBT en faisant planer sur eux une menace de persécution, et nuit indirectement à Singapour en projetant une image négative de la nation à travers le monde et en ébranlant la confiance publique dans le système juridique. Abroger la loi reviendrait donc à remédier à une nuisance déjà existante. D’un autre côté, les activistes anti-gay n’explicitent jamais très clairement en quoi l’abrogation de l’article 377A serait nuisible, exception faite des vagues déclarations concernant un effondrement de l’ordre moral. Fait intéressant, aucun des 100 pays à avoir légalisé l’homosexualité n’a observé un tel Armageddon éthique. L’unique conséquence de l’abrogation de l’article 377A serait une Singapour plus juste et plus tolérante.

Ce samedi marque le cinquième « Pink Dot » annuel au Hong Lim Park en faveur de la liberté d’aimer. Avec un nombre croissant de participants chaque année, les événements « Pink Dot » sont également organisés à New York et à Okinawa. Voilà un fait dont les Singapouriens peuvent et devraient être fiers.

Tous ceux qui se battent activement pour le progrès des droits des LGBT à Singapour doivent savoir qu’ils ne sont pas seuls dans leur combat, qu’il s’agit d’un débat sur les libertés fondamentales qui se tient à travers le monde. Les autres, quant à eux, doivent comprendre que les défis auxquels font face leurs amis LGBT et les membres LGBT de leur famille ont des répercussions sur l’ensemble de la société. Ce sont leurs concitoyens qui font face à une discrimination juridique continuelle, qui doivent vivre et aimer avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête.
Je pense que les Singapouriens sont très fiers de leur nation et souhaitent projeter une image positive à travers le monde. Ils désirent montrer au monde une société pluraliste, tolérante et dynamique. L’existence même de l’article 377A est en complète opposition avec cette image.
Le peuple de ce pays se doit d’être du bon côté de l’Histoire. Si Singapour veut être une cité de classe mondiale, alors les Singapouriens doivent se voir accorder des droits de classe mondiale. Ils le méritent.

Par Chris Liu, étudiant en sciences politiques à l’Université McGill à Montréal.
Traduction: Laura Bour
Photo: http://www.flickr.com/photos/pinkdot/
Source (The Online Citizen) : LGBT rights are also Singaporean rights

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