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L’unité de l’ASEAN une fois de plus dans le brouillard

De Singapour au Sud de la Thaïlande et jusqu’à Bornéo, les feux de forêts enfument les pays de l’ASEAN.

La brume sèche de pollution – le « Haze » – est de retour. Les grandes entreprises malaisiennes, singapouriennes et indonésiennes qui ont des intérêts dans les grandes plantations, tout comme les milliers de petits propriétaires terriens, brûlent et rasent les forêts de Sumatra, provoquant suffisamment de fumée pour envelopper depuis Singapour jusqu’au sud de la Thaïlande et vers l’est jusqu’à Bornéo.

Chaque année ce phénomène est largement commenté. Les ravages occasionnés sur l’environnement et les antipathies officieuses qu’il révèle ruinent tous les efforts de l’ASEAN destinés à convaincre le reste du monde que l’organisation est un bloc politique uni digne de respect.

Singapour est le pays qui a le plus protesté. Il aurait été rafraichissant d’obtenir une réponse digne et mature de la part de l’Indonésie. Au lieu de cela le pays a accusé les Singapouriens de pleurnicher comme des bébés.

« Singapour ne devrait pas se comporter comme un enfant capricieux » a dit Agung Laksono, le ministre indonésien chargé de coordonner les actions de réponse à la brume. « Cela n’est pas dû à une volonté de la nation indonésienne. Le Haze vient de la nature ».

Non, le « Haze » ne vient pas de la nature. Cette brume est un problème qui date de 1997.

Laksono tente, par ce qu’il dit au sujet des fumées âcres qui s’échappent de Sumatra, de pousser ceux qui critiquent à cesser de se lamenter et prendre leur mal en patience. Je pense savoir ce qu’il essaie de dire.
Pour le reste du monde, l’Indonésie serait incapable de contrôler les incendies criminels sur son territoire.
Pendant que Laksono s’efforçait de se dégager de toute responsabilité au nom de l’Indonésie et de quelques grands groupes, l’indice de pollution à Singapour atteignait des records, et franchissait le seuil de dangerosité pour les enfants, les personnes âgées et les malades. Les écoles ont été fermées dans certains endroits de la région et le Premier Ministre Singapourien Lee Hsieng Loong évoquait le fait que la brume pourrait durer jusqu’en septembre ou en octobre.

La réponse de la Malaisie fut fidèle à elle-même: bureaucratique et inefficace. Le pays souhaite avancer la date du 15e congrès du Comité ministériel de pilotage de la région sur la Brume Sèche de Pollution Transfrontalière prévu en août.

Le ministre des Ressources Naturelles et de l’Environnement Govindasamy Palanivel s’est justifié par le risque que le phénomène empire : « Nous ne voulons pas attendre la fin août car nous désirons résoudre le problème le plus vite possible ».

Il compte bien sûr sur une amnésie collective des malheureux citoyens de la région qui pourraient tout simplement oublier que l’ASEAN a signé un accord sur la brume polluante transfrontalière en 2002 afin de coordonner les efforts pour combattre les incendies causés par les brulis, et les défrichements dus à la production de certains produits comme l’huile de palme par de grands groupes.

Un plan d’action régional séparé, formulé l’an dernier pour combattre le « haze » – une stratégie de gestion des tourbières et la formation d’un comité d’experts pour évaluer les feux à l’origine de cette pollution – a également été négocié dans le cadre de l’ASEAN. Mais il semble avoir eu autant de succès que les efforts de l’année passée pour éteindre les incendies en essayant de déclencher des pluies par l’ensemencement des nuages.

Le Traité ne peut être appliqué car l’Indonésie a refusé de le ratifier. Pourtant, lors du congrès de l’ASEAN l’an passé, les Ministres ont exprimé « leur appréciation des efforts significatifs faits par l’Indonésie dans la mise en place de son Plan d’action sur la Brume sèche de pollution transfrontalière ».
Le refus de l’Indonésie de s’occuper de ce problème ne peut qu’exacerber les antagonismes dans les futures relations au sein de la région.

L’autre complication vient de la nature des feux de tourbes. Ils peuvent brûler pendant des mois et continuer de brûler de façon souterraine longtemps après que les flammes ont cessé en surface, en général quand arrivent les grosses pluies annuelles. L’Asie du Sud Est compte 24 millions d’hectares de tourbe, dont 70% se trouvent en Indonésie.

Traduction: Louise de Nève
Photo: Philip Gøh / Flickr
Source (The Diplomat): Hazing ASEAN unity again

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  1. L’Unité de l’ASEAN une fois de plus dans le brouillard | Asean Weaver For Business Blog02/07/2013 at 15 h 57 min

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