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Le barrage de Xayaburi menace le poisson-chat géant du Mékong

Le poisson-chat géant est une créature surprenante. Endémique des eaux du Mékong, fleuve d’Asie du Sud-Est, il peut peser jusqu’à 300 kilos et mesurer jusqu’à trois mètres. Espèce de la famille des Pangasiidae, poissons d’Asie, il représente le plus grand poisson sans écailles d’eau douce du monde.

Le poisson-chat géant est une créature surprenante. Endémique des eaux du Mékong, fleuve d’Asie du Sud-Est, il peut peser jusqu’à 300 kilos et mesurer jusqu’à trois mètres. Espèce de la famille des Pangasiidae, poissons d’Asie, il représente le plus grand poisson sans écailles d’eau douce du monde.

Herbivore, il se nourrit principalement de larges quantités d’algues et autres détritus aquatiques. Gris clair avec le ventre d’une teinte blanche ou tirant sur le jaune, il possède une grande bouche dépourvue de dents, ainsi que des yeux orientés vers le bas. Se déplaçant au moyen de sa nageoire caudale massive, il est surnommé « le train à vapeur sous-marin » en référence à son endurance et sa puissance impressionnantes. Mais il semble que son temps soit révolu, selon une étude menée par le WWF (World Wildlife Fund, Fonds mondial pour la nature) : le poisson-chat géant est menacé d’extinction par le barrage Xayaburi.

Au cours des 20 dernières années, la population de ce poisson a diminué d’environ 90 % et se résume désormais à quelques centaines de spécimens répartis dans le bas Mékong. Les autorités régionales du Laos, de Birmanie, de Thaïlande, du Cambodge et du Vietnam ont contribué à une légère recrudescence de la population en protégeant cette espèce de la pêche dans les eaux trouble du fleuve. Malheureusement, le barrage Xayaburi pourrait représenter un obstacle littéralement insurmontable pour ce grand poisson.

En effet, cet ouvrage d’art empêche le géant de nager vers l’amont, déplacement nécessaire à son cycle de vie, et détruit ses zones de frai et de reproduction. Des débats ont été menés sur la possibilité d’aménager des passes migratoires dans le barrage pour permettre aux poissons de remonter le courant, au-delà des turbines de l’édifice. Malheureusement, pour des animaux aussi gros que le poisson-chat géant du Mékong, qui peut atteindre approximativement la taille d’une petite voiture, ce dispositif risque de ne pas être suffisant.

« On ne peut pas s’attendre à ce que des échelles à poissons fonctionnent si on n’a pas pris en compte l’espèce visée, ses performances natatoires et le courant qui doit attirer les poissons vers l’entrée des passages, » explique Eric Baran du Centre mondial sur le poisson. « Il faut encore mener des recherches pour s’assurer que les mesures d’atténuation marcheront. »

En d’autres termes, c’est la surpêche qui a frappé le plus durement cette espèce de poissons, mais la construction trop rapide du barrage pourrait bien signer l’arrêt de mort du poisson-chat.

« Cette espèce est en voie de disparition mais il reste une chance de la sauver et tous les pays concernés se sont engagés dans un programme de restriction de la pêche. Par malheur, juste alors qu’un problème était résolu, on se retrouve maintenant face à ce nouveau problème présenté par le barrage, » rapporte Zeb Hogan, professeur-chercheur agrégé de l’université du Nevada, au The Christian Science Monitor (site d’information en ligne).

Comme l’indique le journal, le poisson-chat géant n’est en fait qu’une seule espèce parmi toutes celles (entre 23 et 100 espèces) dont les routes migratoires seront bloquées par le barrage (pour voir d’autres géants de la région, cliquer ici). D’après un rapport établi en 2011 par un groupe d’experts pour la Commission du Mékong, il était nécessaire de repousser de dix ans la mise en place de ce projet pour pouvoir rassembler davantage d’informations sur la manière dont cette imposante construction de béton allait affecter l’équilibre écologique du fleuve.

« Le poisson-chat géant du Mékong symbolise l’intégrité écologique du fleuve parce que cette espère est très vulnérable à la pression engendrée par la pêche et aux changements de l’écosystème, » explique Lifeng Li, directeur du programme mondial pour l’eau douce du WWF dans une déclaration.

Pris au centre de ce débat, le gouvernement laotien a décidé en novembre dernier d’entamer la construction de ce barrage de 3,5 milliards de dollars, dont le chantier devrait s’étaler sur sept ans. Annuler la mise en œuvre de ce projet n’est pas une mince affaire. Le Laos prévoit de vendre quelque 90 % de l’énergie produite par le barrage hydroélectrique de 1,26 gigawatts aux pays voisins pour rassembler de l’argent nécessaire aux besoins de l’économie croissante.

Malgré tout, l’impact écologique négatif est indéniable et le sort du poisson-chat géant n’est que le premier des problèmes auxquels le fleuve sera confronté. Avec plus de 1 100 espèces vivant dans ses profondeurs, le Mékong est le plus riche bassin fluvial sur Terre en termes de biodiversité ichtyologique.

En fin de compte, les conséquences seront subies par les villages de pêcheurs qui bordent ses rives, c’est-à-dire quelques 60 millions de villageois. Selon des estimations, 200 000 personnes verront leurs moyens de subsistance directement affectés par le projet, ce qui influera également sur la sécurité alimentaire de millions d’autres personnes dans l’ensemble de la région.

« Le Mékong est vraiment crucial pour la survie de ces gens », constate le Dr Hogan. « Il est donc important de ne pas prendre de décisions hâtives le concernant. »

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Photo: Wikicommons
Source (The Diplomat/Jonathan DeHart): Xayaburi Dam Threatens Mekong River’s Giant Catfish

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