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Borobudur : témoignage du passé bouddhiste de l’Indonésie

17/06/2013 by AlterAsia in Tendances, Tourisme

Dans les jungles brumeuses de la Vallée de Kedu au centre de Java, des constructeurs du VIIIè et IXè siècles ont transporté 2 millions de pierres en traversant les rivières et les fleuves pour ériger Borobudur, un joyau d’architecture : 95 m de hauteur et 55 000 m2 pour ce temple bouddhiste pyramidal. Il témoigne de l’empire bouddhiste, la dynastie Syailendra, qui a prospéré pendant près de cinq siècles (jusqu’au Xè siècle) au cœur de ce qui est maintenant l’Indonésie.

Cela semble incroyable aujourd’hui, compte tenu du statut de « plus grand pays musulman au monde » de l’Indonésie, mais l’enceinte du temple de Borobudur (un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco) reste dans les faits le plus grand monument bouddhiste au monde. La signification historique de temple est symbolisée par sa grandeur architecturale, menacée par le mont Merapi, un volcan actif dont la dernière éruption date de 2010.

« Borobudur fait partie, avec Angkor au Cambodge, Lalibela en Ethiopie et Sainte-Sophie à Istanbul, des plus beaux trésors de l’architecture religieuse au monde » écrit Stephen Bachelor, expert du bouddhisme. « Le temple est considéré comme une étape incontournable pour quiconque visite Java, tout autant que de crapahuter aux alentours de Yogyakarta ou de se déplacer lentement entre l’île principale de Bali et son chapelet d’îlots paradisiaques. Il reste – bien plus que les nombreux lieux saints de la région et du monde – un haut-lieu de pèlerinage et de prières ».

Conçue sur trois niveaux, la disposition du temple se compose de la manière suivante : une base pyramidale comprenant cinq terrasses concentriques au dessus desquelles se trouvent trois plateformes circulaires bordées de 72 stupas(1) – chacun contenant une statue de Bouddha – conduisant à un stupa massif au sommet. Une vue aérienne de cette magnifique structure peut être vue ici et sur ces photos.

L’organisation verticale de Borobudur renvoie à la cosmologie bouddhiste, selon laquelle l’univers est divisé en trois sphères superposées : kamadhatu (le désir), rapadhatu (le plein), arupadhatu (le vide). Kamadhatu est symbolisé par la base pyramidale, tandis que les cinq terrasses en carré – au niveau médian du temple – représentent Rapadhatu et les cinq plateformes circulaires surélevées et dominées par le stupa correspondent au vide venant des formes et des désirs émanés. Se promener de manière circulaire autour des terraces du temple tout en psalmodiant et méditant constitue une pratique dévotionnelle.

Le temple ressemble à une montagne en terrasse, souligne l’UNESCO. La conception de la structure nous ramène à la tradition antique de l’île du culte des ancêtres, combinée à l’idéal bouddhiste de monter au Nirvana.

Avec l’introduction de l’Islam dans l’île, qui atteint maintenant un taux de 96% de musulmans, Borobudur a été largement abandonné après le déclin de la dynastie Syailendra. Le lieu a retrouvé vie lorsque le site a été « redécouvert » par un ingénieur hollandais envoyé par le fondateur de Singapour Thomas Stamford Raffles au XIXè siècle et a été restauré tel qu’il était à l’origine avec l’aide de l’UNESCO au XXè. Aujourd’hui, il s’agit d’une destination importante pour les touristes et les amateurs d’archéologie.

Pour beaucoup, la valeur patrimoniale intrinsèque du site joue un rôle clé dans la poursuite du développement économique de l’Indonésie, selon The Jakarta Post qui vante les mérites de Borobudur comme étant l’un des principaux centres d’intérêts de l’Indonésie.

Pour les sites antiques, cependant, se tailler une place sur le sentier touristique bien tracé est une épreuve à double tranchant, ajoute Bachelor : « Avec la croissance du tourisme de masse, ce lieu et d’autres temples et églises sont devenus plus que des lieux de pèlerinage pour les fidèles. Les touristes viennent à ces endroits ainsi que des croyants – souvent en grand nombre ».

Les défis ont été d’autant plus importants lors des célébrations Waisak (pour l’anniversaire de Bouddha) qui se sont tenues à Borobudur le mois dernier, au cours desquelles des spectateurs auraient montré un manque de respect envers les célébrants religieux.

Pour Bachelor, les avantages du tourisme l’emportent encore sur les inconvénients : « car pour ceux qui souhaitent visiter ; des sites, comme Borobudur, etc., deviennent de véritables lieux ancrés dans la société moderne, et j’espère que les visiteurs développeront un intérêt et une curiosité pour le passé, et comprendront la valeur de préserver des lieux spéciaux comme celui-ci pour les générations futures ».

(1)Structure architecturale bouddhiste présente dans le sous-continent indien, dont il est originaire, mais aussi dans le reste de l’Asie. C’est à la fois une allégorie de Bouddha et un monument commémorant sa mort.

*Jonathan DeHart est assistant éditorial au Diplomat. Il est actuellement basé à Tokyo et écrit essentiellement sur les tendances sociales, culturelles et artistiques. Auparavant, il a travaillé comme journaliste pour la presse papier et en ligne à Shanghai.

Traduction: Aliénor Simon
Photo: Gunkarta/Foter
Source (The Diplomat): Borobudur, a reminder of Indonesia’s Buddhist past

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  1. Borobudur : témoignage du passé bouddhiste de l’Indonésie | Asean Weaver For Business Blog18/06/2013 at 14 h 08 min

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