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The Dorsal Effect: un projet d’écotourisme en Indonésie pour sauvegarder les requins

La plupart des histoires commencent avec un murmure, le partage d’un lien par un ami sur Facebook. C’est ainsi que tout a démarré pour The Dorsal Effect, initiative personnelle menée par Kathy Xu pour faire connaître autour d’elle l’impact négatif du commerce des ailerons de requin et pour attaquer le problème à sa source : l’industrie de la pêche au requin. Kathy a donné de son temps et de ses moyens, sans compter, pour monter une entreprise d’écotourisme à l’adresse des habitants de Lombok en Indonésie et pour diriger ces derniers vers des sources de revenu plus durables. J’ai taquiné Kathy avec dix questions sur son projet pour voir si elle mordait à l’hameçon…

Parlez-nous un peu plus de ce projet….
The Dorsal Effect, littéralement L’Effet Nageoire Dorsale, a débuté après deux ans de volontariat auprès de la branche singapourienne de l’organisation Shark Savers (Sauveurs de Requins). Nous travaillions déjà du côté de la demande de l’industrie des ailerons de requins en faisant des interventions pédagogiques dans les écoles pour présenter notre action et parler aux élèves de la conservation des requins et de la nécessité d’arrêter de manger de la soupe d’aileron de requin. J’ai décidé d’agir ensuite du côté de l’offre. Après quelques voyages pour mieux m’informer sur la pêche et l’amputation des requins sur l’île de Lombok en Indonésie, j’ai décidé de démissionner de mon poste d’enseignante au lycée et de me concentrer à la création d’une entreprise d’écotourisme pour faire changer les choses, en m’appuyant sur deux axes. Il s’agit d’une part d’aider à sauver les populations de requins sur le déclin et d’autre part de donner aux pêcheurs de requins, exploités par les propriétaires des bateaux, une opportunité de gagner leur moyen de subsistance de manière durable et sérieuse, opportunité qui permettrait également aux générations futures d’apprendre l’anglais avec l’augmentation du tourisme dans la région.

Comment avez-vous trouvé vos partenaires et depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet?
À l’heure actuelle, je travaille encore seule et je suis à la recherche de partenaires éventuels. Malgré tout, j’ai la chance incroyable d’avoir des amis très généreux et prêts à m’aider, qui m’ont bien conseillée et m’ont assistée dans mes démarches parce qu’ils croient eux aussi à la cause des requins.

Pourquoi faites-vous cela?
Pour que les générations futures puissent encore voir des requins vivants et aient la chance de comprendre à quel point ces magnifiques créatures sont incomprises. Pour donner aux gens l’opportunité d’agir en venant en excursion avec nous, au-delà du simple refus de manger de la soupe à l’aileron de requin.

Vous connaissez la chanson, il y a des problèmes de survie et de moyens d’existence bien plus importants à Singapour de nos jours, alors pourquoi gaspiller son temps à sauver des animaux et, qui plus est, dans un pays aussi lointain?
Hahaha! En effet, c’est une très bonne question, d’autant que depuis que j’ai quitté mon emploi, j’ai eu quelques inquiétudes d’ordre financier et je me suis demandé si tout cela en valait vraiment la peine. Je dois admettre que j’ai été frustrée à plusieurs reprises déjà mais j’essaie de garder la tête froide et de me concentrer sur la cause. Je reviens tout juste d’un troisième voyage à Lombok où j’ai rencontré certaines personnes et essayé de faire avancer le projet. Il y a encore beaucoup de travail mais le voyage m’a relancée sur la voie après m’être sentie un peu perdue et impuissante au cours de ces derniers mois.

Quel chemin vous reste-t-il encore à parcourir pour atteindre votre but ? Quels défis avez-vous rencontré?
Avec un rêve tel que celui-ci, j’admets que plusieurs années seront nécessaires pour modifier ce mode de vie du village de Tanjung Luar sur l’île de Lombok. À chacun de mes voyages là-bas, je trouve qu’il est extrêmement difficile de parler à suffisamment de pêcheurs et de propriétaires de bateaux et de paraître aussi amicale que possible sans qu’ils ne me perçoivent comme une étrangère et une menace pour leur situation actuelle.
La barrière de la langue joue également un très grand rôle ; et comme Tanjung Luar est le fournisseur principal en poissons et fruits de mer de toute la région, il est difficile de faire changer les choses ici. Les vendeurs d’ailerons représentent aussi un vrai défi puisque mon modèle d’entreprise ne leur laisse encore aucune part du gâteau.

De plus, il me faudrait remettre en état les bateaux pour qu’ils soient plus accueillants et qu’ils répondent aux normes de sécurité relatives au transport des touristes mais il est difficile d’atteindre et de rencontrer les propriétaires de bateaux. Pour que l’écotourisme représente un moyen de subsistance alternatif viable, j’aurais besoin de l’aide du gouvernement pour déclarer les eaux de Lombok « sanctuaire pour les requins ». Ainsi, l’écotourisme pourrait y être pratiqué en toute sécurité. Malheureusement, cet engagement reste difficile car je suis encore seule dans ce mouvement. J’espère rallier l’aide de l’ambassade d’Indonésie à Singapour à mon initiative pour faire avancer les opérations.

Vous voyagez pour superviser tout cela, vous organisez des groupes d’écotourisme et avez certainement besoin de fonds pour beaucoup d’autres choses. Où trouvez-vous l’argent nécessaire?
Comme je le disais tout à l’heure, j’ai déjà abandonné mon travail pour m’investir dans ce projet, alors effectivement, l’argent représente pour moi le plus gros défi pour le moment. Heureusement, je suis vraiment convaincue du potentiel de Tanjung Luar, surtout avec l’explosion du tourisme à Lombok au cours des années à venir, ce qui signifie aussi qu’il y aura plus de vols à destination de cette île et en provenance d’un plus grand nombre de pays, alors je cible une clientèle plus large que le seul public singapourien. En ce qui concerne l’argent, j’ai pris part dans plusieurs entreprises, start-ups, concours et programmes pour entreprises à visée sociale.
Je rencontre le plus de gens possible à travers des réunions de networking pour essayer de rassembler des investisseurs potentiels ou pour trouver des capitaux de départ. Après avoir passé la première étape de présentation, je fais toujours partie du programme pour les jeunes créateurs d’entreprise sociale du SIF (Fondation internationale de Singapour, association à but non lucratif). Le dernier tour se déroulera en octobre après une série de conférences pratiques sur les entreprises. Avec un peu de chance, cela m’aidera à trouver quelques fonds pour The Dorsal Effect.

Voyez-vous un futur potentiel d’affaires pour vous dans tout cela ? Vous pourriez cibler une entreprise sociale à but lucratif.
C’est vrai, et en effet, j’y vois un potentiel. Il le faut, d’ailleurs, puisque j’ai déjà tout donné pour cela, n’est-ce pas ?

Imaginons le pire : que se passera-t-il si vous ne parvenez pas à réunir les fonds nécessaires ?
Je ne veux pas y penser pour le moment, je me contente de débroussailler le terrain et d’aller aussi loin que possible.

Sur quels autres projets travaillez-vous en plus du Dorsal Effect?
Je gère toujours actuellement la branche pédagogique de Shark Savers de Singapour et je fais des présentations dans les écoles parce que je crois qu’informer le côté de la demande joue un rôle important dans l’éradication de l’industrie de la pêche aux requins et du commerce des ailerons. Ce que je préfère, c’est quand les élèves viennent nous voir à la fin des présentations pour nous dire qu’ils ne mangeront plus jamais de soupe d’aileron de requin et qu’ils vont en parler à leurs parents.

Quel message voulez-vous faire passer aux Singapouriens qui souhaitent se lancer dans une initiative semblable?
Ce sera dur, d’ailleurs j’y travaille encore sans résultats. Mais si on croit suffisamment à une cause en dépit de tous les problèmes qu’on rencontre, on finit par arriver à quelque chose, même si ce n’est pas ce qu’on avait imaginé au départ. Il ne faut pas hésiter à changer son modèle d’entreprise quand on reçoit de bons conseils de personnes expérimentées, mais sans jamais perdre de vue la raison et la passion qui vous ont poussés à vous lancer dans le projet. Ce sera vraiment très difficile sans les moyens financiers mais de toutes manières, même si le projet échoue, cela fera de formidables histoires à raconter un jour aux petits-enfants, n’est-ce pas ?

Pour plus d’informations sur le The Dorsal Effect, visitez le site www.thedorsaleffect.com. Vous pouvez également soutenir le projet via la page Facebook de Kathy (www.facebook.com/TheDorsalEffect) ou faire un don pour son projet à l’adresse suivante : www.indiegogo.com/projects/raising-capital-for-the-dorsal-effect.

Source (Howard Lee, The Online Citizen): The dorsal effect, a conservation project here and abroad
Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Photo: NOAA Ocean Explorer / Flickr

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