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Philippines: les communautés indigènes demandent l’appui de l’ONU

A l’occasion de la 12è session de l’Instance permanente sur les questions autochtones des Nations Unies (UNPFII), des communautés ont sollicité l’intervention de ce Forum dans le cadre des violations grandissantes des droits de l’Homme dont elles sont victimes aux Philippines. Cette session s’est tenue à New-York du 20 au 31 mai 2013.

Au cours de l’intervention, Windel Bolinget, président de la CPA (Alliance pour les peuples de la cordillère Centrale), a attiré l’attention des auditeurs sur l’intensification des violations des droits de l’Homme aux Philippines. Cette aggravation des atteintes aux droits fondamentaux, dont les communautés indigènes sont victimes, atteint maintenant un niveau alarmant et ce, en dépit de l’adoption par le gouvernement philippin de la Déclaration onusienne sur le droit des populations indigènes (UNDRIP) ainsi que d’autres traités relatifs aux droits de l’Homme.

Également représentant du KAMP (Alliance nationale des peuples indigène du pays), il a mentionné les violations continuelles de l’ensemble des droits des peuples autochtones portés dans la déclaration UNDRIP « au nom du développement et pour la paix ».

D’après Bolinget, le gouvernement actuel du président Benigno Aquino III favorise les investissements privés dans des industries de matières extractibles du bois et autres exploitations destructrices telles que l’extraction minière, l’énergie et les projets industriels, au détriment des droits et du bien-être des communautés indigènes. De plus, ces projets destructeurs sont accompagnés d’une démarche de militarisation des communautés autochtones à travers la mise en place du programme Oplan Bayanihan, programme anti-insurrection du gouvernement.

« Les peuples indigènes s’opposent à ces projets parce qui impliquent le déplacement de ces populations hors de leurs terres ancestrales, hors des territoires berceau de leur culture, et qu’ils les priveront des ressources naturelles et de leur moyen de subsistance. Pour les peuples indigènes, la terre, c’est la vie, » explique-t-il. Il révèle que les troupes militaires sont déployées devant les communautés autochtones en tant que forces de défense de l’investissement destinées à protéger les projets d’industrie d’extraction et à étouffer la résistance des autochtones.

D’après les informations du CPA, le programme Oplan Bayanihan est à l’origine de 35 affaires judiciaires de meurtre de personnes indigènes et à une affaire de disparition forcée depuis 2010. Ceci inclut le massacre de la femme enceinte et des deux jeunes enfants de Daguil Capion le 18 octobre 2012 et l’assassinat de 5 chefs de tribus de mars à octobre dans le Sud des Philippines. Daguil et son épouse s’étaient opposés au projet des opérations minières à ciel ouvert de Xstrata dans la province du Cotabato du Sud. Les chefs indigènes étaient contre d’autres projets d’exploitation minière et d’huile de palme.

La même source d’information indique que de juillet 2010 à octobre 2012, plus d’un millier de familles et 600 individus avaient été forcés d’évacuer leurs villages pour ne pas être tués lors des opérations militaires terrestres et aériennes massives de l’AFP (Forces armées des Philippines), ce qui a également conduit à un démantèlement économique.

En 2012, sept enfants indigènes de moins de 15 ans ont été assassinés et deux jeunes filles mineures violées par un officier de l’armée dans la cordillère. L’établissement de campements militaires dans les écoles, les crèches et les établissements publics va à l’encontre des droits des enfants et affecte leur développement psychosocial, selon le CPA.

Bolinget ajoute que la manœuvre consistant à incriminer les chefs indigènes et les activistes en les accusant d’être des partisans de l’extrême droite se poursuit. Il mentionne aussi la torture physique et psychologique d’un résident de Tinoc, dans la province d’Ifugao, tombé entre les mains des soldats en juillet 2012. En octobre 2012, le CHRA, Alliance de la cordillère pour les droits de l’Homme, a reçu une liste d’objectifs avec des logos de la compagnie Charlie du 86ème bataillon de la 5ème division d’infanterie de l’armée des Philippines. Cette liste d’objectifs comporte le nom de 28 civils, dont Jude Baggo, secrétaire général du CHRA.

Le CPA et le KAMP ont envoyé leurs recommandations au Forum UNPFII pour que le gouvernement philippin respecte la déclaration UNDRIP et remplisse ses obligations internationales envers les droits de l’Hommes ; pour qu’il mette un terme au programme Oplan Bayanihan et retire ses troupes militaires des communautés autochtones ; pour que le Professeur James Anaya, rapporteur spécial de l’ONU pour les peuples indigènes, se rende aux Philippines et enquête sur la question ; pour que soit mis en place un dispositif rapide et efficace pour poursuivre en justice et condamner les personnes coupables de violation des droits de l’Homme.

Les deux groupes ont également demandé la révocation de la Loi philippine de 1995 sur l’extraction minière et le décret-loi 79, ainsi que la promulgation d’un autre texte légiférant l’exploitation minière. Ils réclament aussi un soutien pour les négociations de paix entre le gouvernement et le NDFP (Front national démocrate des Philippines) et le MILF (Front de libération moro islamique) et pour garantir que les droits des peuples indigènes seront pris en compte dans les négociations de paix.

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Source (Bulatlat/Northern Dispatch): Tribe groups seek UN hand on rights violations
Photo: Windel Bolinget (DR)

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