AlterAsia

Environnement

Coupures de courant et théories du complot en Asie du Sud-est 

Une série de coupures de courant s’est répandue en Asie du Sud-est, faisant naitre un climat de suspicion chez les populations excédées.

Des coupures de courant massives ont touché plusieurs pays d’Asie du Sud-est, causant vagues de panique, pertes pour les entreprises et controverse politique.
Le 8 mai, une panne de courant inopinée dans cinq centrales électriques aux Philippines plongeait 40% de l’ile de Luzon dans le noir, dont l’agglomération de Manille. Le 21 mai, un mystérieux éclair aurait lui touché les lignes électriques en Thaïlande, déclenchant la plus grosse panne d’électricité du royaume dans ses 14 provinces du Sud.
Le lendemain, une erreur de manœuvre d’une grue détruisait une des plus importantes lignes électriques du Vietnam, causant immédiatement une panne de 10 heures dans 22 provinces du Sud. Parmi les villes touchées se trouve le cœur commercial du Sud du pays Ho Chi Minh City, et Phnom Penh, la capitale cambodgienne voisine.

Trois semaines après la panne de Luzon, les responsables de l’énergie aux Philippines admettaient n’avoir toujours aucune idée de l’origine du dysfonctionnement dans les centrales. Mais ils reconnurent clairement que 14 centrales au total s’étaient arrêtées de fonctionner pendant ce jour d’obscurité inoubliable.

La coupure thaïlandaise, elle, a touché 8 millions d’habitants et est la pire panne de courant du pays depuis 30 ans. D’après la Fédération des Industries Thaïlandaises, le manque à gagner économique pourrait s’élever à 10 milliards de bahts.

Au Vietnam, la coupure a touché un tiers du pays, et on parle de la première panne à grande échelle depuis 100 ans. Le Cambodge a également souffert car le pays est fourni partiellement en électricité par le Vietnam.

Même si ces coupures n’ont pas de lien entre elles, elles nous rappellent qu’à l’âge des tablettes et des Smartphones, les gouvernements qui ne parviennent pas à fournir du courant de façon continue s’exposent à d’immédiates critiques rageuses, y compris des plus apolitiques des citoyens, en particulier les cyber-citoyens.

Les responsables politiques doivent également fournir des réponses non seulement aux questions persistantes sur les causes des pannes, mais aussi désamorcer les théories conspirationnistes, surtout celles qui semblent crédibles.

Dans le cas des Philippines, le courant a été coupé juste quelques jours avant les élections de mi-mandat, ce qui a conduit certains à suspecter que cette panne inhabituelle pourrait être une répétition pour organiser une fraude électorale systématique. Bien sûr, des coupures de courant ont été rapportées le jour des élections, mais il semble qu’il s’agisse de cas isolés.

En Thaïlande, les pannes se sont concentrées dans le Sud, où les rebelles musulmans mènent une insurrection armée depuis 2004. Ceci a conduit de nombreux habitants à craindre que la coupure de courant ne fût un prélude à une attaque militaire plus intense. Des soldats ont été déployés afin de calmer les peurs des populations.

Certains universitaires proposent une autre interprétation : pour eux, la panne serait un stratagème du gouvernement destiné à influencer l’opinion publique en faveur de la création d’usines de charbon dans les zones de résistance à de tels projets. A la suite de la coupure de courant, l’opinion publique réclamait la démission du ministre de l’Energie.

Les pannes, accidentelles ou non, ont été trop importantes pour être ignorées et cela devrait pousser les gouvernements d’Asie du Sud-est à revoir leurs infrastructures énergétiques. Il est intéressant de voir que pendant la panne de Luzon, la proposition d’utiliser la centrale nucléaire philippine qui avait été fermée a refait surface, occasionnant de vifs débats sur les avantages de maitriser le potentiel des énergies renouvelables du pays.

Enfin, le Cambodge va devoir réfléchir sur les façons de produire de l’énergie, à la suite de plusieurs coupures importantes le mois dernier. Le gouvernement doit trouver une solution rapide avant que les citoyens, privés de courant, ne descendent dans la rue pour réclamer une électricité fiable.

Les dirigeants de Phnom Penh – et de toute la région dans le cas présent – devraient tirer les leçons de ce qui s’est passé en Birmanie, où des manifestations massives ont eu lieu dans les principales villes du pays, lors d’une crise due aux coupures de courant, il y a exactement 1 an de cela.

Source (The Diplomat): Blackouts in Southeast Asia hatch political conspiracy theories
Traduction: Louise de Nève

Print Friendly

Tagged , , , ,

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.