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Indonésie: l’écotourisme sauvera-t-il les forêts?

27/05/2013 by AlterAsia in Initiatives, Tourisme

Face à la déforestation en Indonésie, des initiatives d’écotourisme se sont créées, proposant un modèle de développement alternatif à l’exploitation forestière aux villages dans la région d’Aceh (Sumatra).

EXTRAITS
Les conflits entre les populations autochtones et les sociétés multinationales sont de plus en plus fréquents, avec une tendance inquiétante appelée « accaparement des terres » ou « concessions économiques de terres ». Au Laos et au Cambodge, par exemple, une série de complicités a permis d’accorder des concessions de terres à des entreprises multinationales – soutenues par des banques européennes – par des fonctionnaires corrompus, détournant le regard pendant que les habitants sont dépossédés de leurs terres et leurs moyens de subsistance détruits. Démunis, ils se retrouvent face un ultimatum : travailler pour ces entreprises ou mourir de faim.

A l’heure actuelle, sur l’île de Bornéo, la firme malaisienne Sarawak Energy prévoit d’établir des barrages hydroélectriques. Une construction critiquée, selon le site Mongabay, car « ces barrages nécessitent le déplacement forcé de communautés autochtones et vont inonder de vastes étendues de forêt tropicale. En outre, la demande locale d’électricité est faible, ce qui laisse penser que l’objectif principal de ces projets est plutôt de générer des contrats lucratifs pour les entreprises ayant des proches des partis politiques ».

L’écotourisme remet en question cette tendance : plutôt que de choisir une croissance économique à n’importe quel prix, au détriment du social et de l’environnemental, les gens sont autorisés à créer une économie axée sur la conservation, la création d’emplois, tout en encourageant la protection des forêts tropicales et la génération de fonds pour les patrouilles en milieu sauvage et la réhabilitation des espèces menacées déplacées par l’activité humaine.

L’exemple de Tangkahan

Prenons l’exemple de l’écotourisme communautaire à Tangkahan – près du parc national Gunung Leuser, une région menacée par les projets forestiers du gouvernement de la province d’Aceh. Nourris par le désir de créer une économie durable, deux villages de plus de 7000 personnes se sont regroupés pour créer le Lembaga Pariwisata Tangkahan (LPT). Soutenu par les ONG Indecon(1) et Flora and Fauna International(2). En 2002, LPT a signé un accord avec la direction du parc national afin de consacrer 10 000 hectares (17 000 hectares aujourd’hui) à des activités d’éco-touristiques, à condition de protéger ces terres. Des 55 membres fondateurs, 32 travaillaient auparavant comme bûcherons illégaux, exprimant un désir inné de protéger leur environnement, tout en conservant la possibilité de nourrir leurs familles.

Avec des incitations financières pour la conservation, la communauté a transformé la région en une destination écotouristique. Cela a conduit à la création d’emplois, avec différents profils requis pour diriger l’office du tourisme et réaliser les itinéraires touristiques. Le site Internet du LPT a été crée il y a à peine une décennie et il a procuré à la région une issue à l’exploitation forestière illégale dans le parc national. Avec ces superbes paysages et ces rivières claires, la communauté a pris conscience des ressources potentielles que peuvent procurer les visiteurs admiratifs.

Jessica McKelson, directrice de Raw Wildlife Encounters(3), a lancé son initiative d’écotourisme en 2008. Pour elle, la subsistance des populations locales est un pilier central de l’entreprise. « Ils sont les gardiens des terres qui entourent leurs communautés, où nous amenons nos clients. Ils nous permettent de profiter de ces domaines et nous offrons des opportunités d’emploi: guides, rangers, emplois administratifs ou éducatifs afin qu’ils puissent soutenir leurs familles sans avoir à travailler dans les domaines légaux ou illégaux, de l’exploitation forestière ou de l’huile de palme, et vivre de manière décente. La plupart d’entre eux avaient perdu les ressources naturelles qui leur permettait de vivre à cause des pratiques de déforestation et n’ont pas eu d’autre choix que de travailler pour 8-10 USD par jour dans des conditions terribles, voire d’immigrer ».

Depuis la création de l’entreprise, McKelson affirme que 85% des gains bruts sont reversés à des programmes communautaires et environnementaux. « Ce modèle d’écotourisme communautaire offre aux populations locales un revenu stable et constant sans nuire à leurs arrière-cours, à la faune et aux écosystèmes. C’est une technique de conservation à travers l’autonomisation et l’éducation de la communauté: en somme, du gagnant-gagnant! »

Outre les avantages économiques pour les populations locales, il y a ceux de issus du transfert des compétences des ONG à la communauté en matière de conservation. Décrivant l’initiative Tangkahan, The International Ecotourism Society déclare que des compétences comme « le développement et la gestion de l’écotourisme, la planification et la politique de développement, la gestion de la conservation, le suivi et l’évaluation » font désormais partie de la culture des Karo4 et de leurs valeurs. « La communauté a acquis le sens de l’initiative et la notion d’égalité dans la répartition des bénéfices ». Raw Wildlife Encounters offre également une formation de guide à la communauté Tangkahan pour soutenir une gestion durable du territoire, conforme aux normes fixées par The International Ecotourism Society.

Dans la promotion de l’écotourisme, l’accent doit être mis sur la gestion éthique afin d’éviter une dérive en tourisme de masse, vide de valeurs écologiques. McKelson affirme que Bukit Lawang à Sumatra est un exemple de ce type de tourisme. Elle explique que les touristes ignorent les règles interdisant tout contact avec les orangs-outans et payent même des pots de vin à certains guides locaux pour avoir une rencontre rapprochée et la possibilité de les nourrir… ce qui est encouragé par des guides avides « d’extras ».

Malgré quelques cas de mauvaise gestion, elle estime que « l’écotourisme en Indonésie peut être un excellent modèle pour l’emploi, permettant aussi de protéger les ressources naturelles via un moyen de subsistance durable alternatif ». En d’autres termes, il s’agit d’une étape vers des économies de construction qui ne se font pas au détriment de l’environnement.

Gemima Harvey (@ Gemima_Harvey) est une journaliste et photographe indépendante.

1.Indonesian Ecotourisme Network, soit le Réseau Indonésien pour l’écotourisme.
2. ONG dont l’objectif est d’agir pour la conservation des espèces et des écosystèmes menacés à travers le monde, en choisissant des solutions durables, basées sur la science et prenant en compte les besoins humains.
3. Agence de voyage australienne.
4. Ethnie indonésienne vivant dans le nord de Sumatra et près d’Aceh.

Traduction: Aliénor Simon
Source: Can ecoroutism save Indonesia’s disappearing forests? (The Diplomat)

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