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Philippines : la championne des femmes au Congrès

Portrait d’Emmi de Jesus, fondatrice de Gabriela, une coalition de 200 organisations de défense des droits de la femme, qui a créé son propre parti politique au début des années 2000.

Extraits
L’activisme pour la défense des droits des femmes coule dans les veines de cette femme, qui se bat de les rues comme dans les halls du Congrès.

MANILLE – Elles aussi sont mères, elles se sont bien occupées de leurs enfants et sont fières de ce qu’ils sont devenus. Mais elles ne sont pas seulement mères aux yeux de leurs enfants, et de beaucoup de femmes. Elles se battent aussi pour leurs droits dans les rues et au Congrès.

On pourrait également les qualifier de rebelles car elles ont passé la moitié de leur vie au sein du mouvement démocratique légal afin de défendre les droits des femmes, mais aussi des personnes opprimées, exploités et tous ceux dont les droits fondamentaux ont été bafoués.
Car Emmi Amaya De Jesus, comme Luzviminda Calolot Ilagan, représentantes du Parti Féministe Gabriela, sont devenues la voix des femmes marginalisées au Congrès.

Emmi De Jesus: Une diplômée en physique devenue activiste

Emmi De Jesus, diplômée en physique de l’Université des Philippines, est l’aînée de sept enfants. Originaire d’une famille très modeste, elle a beaucoup travaillé lors de ses études. Elle a obtenu les meilleurs résultats à l’école primaire et a terminé ses études secondaires au Lycée des Sciences de Manille.

Elle entame ses études à l’Université des Philippines durant les jours sombres de la Loi Martiale. Parallèlement, elle devient une militante très active. « Elle perfectionne alors ses compétences en matière d’organisation des mouvements et travaille au sein de syndicats, auprès desquels elle milite contre l’exploitation et l’oppression des travailleurs philippins », déclare un article la concernant sur le site du GWP.

La brutalité de la loi martiale ne l’a pas épargnée. En 1977, alors qu’ils sont en train de mettre des auto-collants dans les « jeepneys » lors de la manifestation pendant la Journée du Travail, Emmi et ses collègues sont arrêtés par la police qui avait emprunté ce moyen de transport public. Pendant sa détention, elle est victime de torture mentale et psychologique, forcée d’entendre les souffrances des autres activistes en train d’être torturés. Cette arrestation l’expose à la brutalité militaire et à celle de la loi martiale.

Emmi De Jesus rejoint le mouvement féministe en 1983. Elle fait partie des fondatrices du Samahan ng Kababaihang Nagkakaisa ou Samakana. L’organisation est alors composée de femmes issues de différents secteurs, mais surtout des communautés urbaines pauvres. Le 23 octobre de la même année, Samakana organise une marche purement féminine à laquelle 10 000 femmes participent afin de réclamer la fin de la dictature de Marcos.

A partir de là, Emmi De Jesus continue de s’impliquer dans les mouvements féministes et elle devient membre de Gabriela, une coalition d’organisations féministes créée en 1984. Elle devient la coordinatrice du département des campagnes de Gabriela et organise le travail des étudiantes et des travailleuses. Elle occupe plusieurs positions au sein de l’organisation, dont elle est élue Secrétaire générale jusqu’en 2009.

Nominée comme deuxième représentante du Party Féministe Gabriela en 2009, elle relève le défi d’emprunter une nouvelle voie en se battant pour le changement nécessaire à l’intérêt des femmes marginalisées et désavantagées.

Activiste et mère

Ce n’était pas facile de travailler à plein-temps pour l’émancipation des femmes et d’être une mère pour ses enfants. Mais De Jesus a su allier les deux. Comment?

Tout d’abord, son mari l’a soutenue dans sa décision de rassembler et de mobiliser les femmes. Alors quelle poursuivait son travail avec Gabriela, celui-ci a endossé la responsabilité de gagner l’argent pour l’ensemble de la famille.

Elle a aussi mis un point d’honneur à faire connaître son travail à ses enfants. Faire partie du mouvement populaire est quelque chose d’exigeant, avec beaucoup de réunions, d’actions populaires et de forums auxquels il faut participer. Coordinatrice chez Gabriela, elle amenait ses enfants dès que possible; que ce soit au sein de la communauté, lors des réunions ou pendant les manifestations dans la rue.

“Les deux décennies pendant lesquelles j’ai travaillé chez Gabriela ont porté leurs fruits. Mes trois enfants sont adultes et mariés à présent et j’ai deux petits-enfants. Je suis fière de savoir qu’ils ne me connaissent pas uniquement en tant que mère, mais également en tant qu’activiste. Faire partie de Gabriela est un mode de vie 7 jours sur 7 et cela me permet d’appliquer nos principes à la vie de tous les jours”, selon elle.

La lutte pour l’émancipation des femmes se poursuit

Avant même que le GWP ait remporté des sièges au Congrès en 2004, leur représentante sur la liste du parti Bayan Muna, Liza Maza alors secrétaire générale de Gabriela, s’est engagée pour l’adoption d’une législation pour les femmes lorsque le groupe multisectoriel a rejoint le Congrès pour la première fois et qu’il a gagné des sièges en 2001. Les législations telles que l’Acte anti-trafic humain et anti-violence contre les femmes et les enfants ont été passées lors du 12e Congrès.

Lors des élections de 2007, le GWP remporte la quatrième place et obtient deux représentantes au 14e Congrès, Maza et Ilagan. En 2010, le GWP remporte de nouveau deux sièges au Congrès, dont un pour Emmi.

Cette dernière a continue de travailler pour les intérêts des femmes et des enfants, sur des thèmes comme l’Egalité des sexes sur le lieu de travail, une aide financière pour les travailleurs philippins d’outre-mer, la reconnaissance de la Journée Internationale de la Femme, ou le l’allongement du congé maternité de 60 à 120 jours.

Il y a beaucoup d’autres batailles à gagner et pour les représentantes des femmes au Congrès, la lutte continuera jusqu’à ce que femmes, enfants et homme soient libres de toute oppression. “La lutte des femmes, des enfants, des travailleurs philippins d’outre-mer et de la nation devrait être poursuivie sur tous les fronts, même au sein du Congrès”, conclut-elle.

Traduction: Caroline Robert (Tradadev)
Source (Bulatlat): The champion of women in Congress
Photo: DR

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