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La RSE dans l’industrie hôtelière en Asie

20/05/2013 by AlterAsia in Initiatives, Tourisme

La RSE constitue un mouvement croissant dans l’industrie hôtelière en Asie. Interview de Thomas Thomas, directeur exécutif et fondateur de Singapour Compact.

Thomas Thomas est le directeur exécutif et le fondateur de Singapour Compact(1) pour la Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Auparavant, Thomas était le co-président de l’Initiative Nationale Tripartite pour la RSE en 2004. Actuellement, il est également le représentant de Singapour au Pacte Mondial des Nations Unies, l’organisme international qui renforce le programme de la RSE par des partenariats entre les différentes parties prenantes.
Dans cet entretien, il discute avec Muriel Boutin-Becuwe(2) de son opinion sur la RSE et sa place dans l’industrie hôtelière en Asie.

Dans vos déclarations, vous insistez régulièrement sur la notion de « révolution versus évolution ». Pourriez-vous développer ce point?
Cette notion a été traitée par Wayne Visser [le fondateur et le directeur du département international de la RSE] au cours du Sommet de Singapour Compact pour la RSE en 2011, quand il parlait de la RSE 2.0. Les problèmes mondiaux sont si importants que les changements progressifs (incrementalism) ne suffisent pas à changer le monde rapidement. Par conséquent, les dirigeants doivent provoquer des changements radicaux, révolutionnaires (transformational changes). Nous avons besoin de dirigeants capables d’instaurer la confiance ou de reconstruire des relations de confiance. Aujourd’hui, plus que jamais, la RSE est un moyen évident d’impacter positivement les parties-prenantes. Peu importe la motivation, amorcer la démarche et gérer les attentes de façon appropriée sont des éléments essentiels.

Avec la 4è édition du Global Reporting Initiative (ou GRI) et l’intérêt mondial croissant pour les rapports intégrés, de quelle manière encouragez-vous les entreprises à réaliser et améliorer leurs rapports sur la RSE?
Premièrement, vous ne pouvez pas faire un rapport à moins de faire quelque chose et le défi pour les entreprises, aujourd’hui, est de rendre compte de ce qui est essentiel pour elles. Cela va au delà d’un exercice de relations publiques et le concept de « matérialité » est important.
Deuxièmement, bien que les normes mondiales du RMI soient essentiellement des conseils visant à un objectif commun de durabilité, de nombreuses entreprises continuent de réaliser des rapports car elles se sentent dans l’obligation de le faire pour des raisons de relations publiques. Le reporting est le stade final ; nous avons besoin de personnes se concentrant sur les RSE et l’idée de durabilité. La démarche de développement durable doit être le moyen d’arriver à destination. Il est question de la pérennité de l’entreprise, des gens et de la société au sens large.

Revenons à l’industrie hôtelière dont l’empreinte carbone est de taille, avez-vous été témoin des efforts environnementaux de la part du secteur en Asie?
Oui, j’observe un intérêt croissant pour le tourisme vert et l’éco-tourisme ou l’éco-voyage, et cela inclut les agences événementielles recherchant des hôtels et des lieux offrant des espaces événementiels plus écologiques et responsables.
Singapour Compact, par exemple, permet de compenser l’empreinte carbone de nos Sommets annuels pour la RSE. Il s’agit d’un processus d’éducation lent qui va prendre de l’ampleur. C’est à l’ordre du jour.

Quels sont les domaines sur lesquels les entreprises, selon vous, devraient se concentrer pour réduire le gaspillage et les coûts dans l’industrie hôtelière?
Le plus évident est celui du contrôle de la température de l’air conditionné. Beaucoup de personnes pensent que nous pouvons économiser de l’argent en réduisant le lavage des serviettes de toilette. Je ne suis pas convaincu que cela soit la chose la plus importante à faire. L’approvisionnement local, tant que cela est possible, est un élément indispensable pour être conforme à la politique appropriée de la chaîne d’approvisionnement.
Mais le plus important pour moi est d’améliorer le capital humain en permettant au personnel hôtelier de recevoir une formation adéquate pour mieux travailler, gagner un meilleur salaire et donc les inciter à adopter de bonnes pratiques. J’ai bien conscience qu’améliorer la qualité du service en investissant dans le personnel n’est pas évident compte tenu de facteurs saisonniers tels que les emplois à temps partiel et que cela constitue un défi. Il existe tout de même des solutions techniques qui permettent d’atteindre ces objectifs et d’améliorer sa productivité.

Quelle est la meilleure façon d’inciter le personnel hôtelier et les parties-prenantes à être écologiques et à s’investir dans les projets de la RSE?
La plupart des gens vont travailler pour faire leur travail de la meilleure façon possible et pour gagner leur vie, mais ils veulent également faire parti d’un plus grand tout. La différenciation entre ces deux éléments, à laquelle on ajoute les bonnes pratiques de la RSE, développent une plus grande détermination et rapportent davantage de résultats. Nous sommes tous quelqu’un au-delà de nos emplois. Accroître cette prise de conscience peut faire la différence.

Quel conseil personnel pouvez-vous donner aux dirigeants de l’industrie hôtelière?
Je suis un ardent défenseur de la RSE. Faire du « durable » signifie vraiment quelque chose pour moi. Je peux en voir les avantages très clairement. Je recommande aux dirigeants de se demander « quel est mon système de valeurs? Quelles sont les valeurs sur lesquelles je veux appuyer mon organisation? ». Commencez n’importe où. L’important est de commencer la démarche. Singapour Compact a développé des boites à outils, disponibles sur notre site. Suivez-les avec des objectifs de la RSE mesurables. Incitez votre personnel à le faire et prenez de petites – mais importantes – mesures. Avec de la bonne volonté, les choses se développeront, vous en ferez davantage et deviendrez meilleur. Vous deviendrez un défenseur de la RSE.

(1) ndt : société nationale dont l’objectif est de développer la responsabilité sociale des entreprises.
(2) Muriel Boutin-Becuwe a fondé en septembre 2012 JirikiYOU, entreprise dont l’objectif est d’initier un changement de mentalité au niveau des organisations et de la population par le biais d’actions durables tels que des éco-pratiques productives, des programmes de conservation des ressources et une communication appropriée afin de mettre en place un système de gestion environnementale adéquate vers des changements durables et productifs. Elle a également travaillé pour le département Asie de Gemalto (entreprise internationale spécialisée dans le secteur de la sécurité numérique).

Traduction: Aliénor Simon
Source (Eco-Business): CSR in Asia’s hospitality industry: An interview with Thomas Thomas
Photo: DR

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