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Elections en Malaisie: tout n’est pas perdu…

Les choix que nous faisons aujourd’hui déterminent notre avenir. Ce n’est peut-être pas pour demain ou peut-être pour les dix prochaines années. Mais n’abandonnons pas la Malaisie. Shazwan Mustufa Kamal*.

Salut les amis, ce soir n’a pas été si mal. Bien que les résultats ne correspondent pas à ce que beaucoup de personnes attendaient, beaucoup d’autres choses ont eu lieu.

Oui, la coalition du Barisan Nasional (Front national) a gagné, mais sans la majorité des voix. Oui le Pakatan Rakyat (l’Alliance du peuple) a perdu l’Etat de Kedah, mais que cela serve de leçon à certains membres de la coalition… qui a toutefois gagné des sièges de députés dans d’autres Etats. Et le BN n’aurait récupéré la majorité des 2/3 des sièges dans aucun Etat la Péninsule. C’EST quelque chose.

N’oublions pas la foule venue exercer son droit de vote. Les élections générales vont et viennent, la prise de conscience reste. Il est loin le temps où les personnes parlaient de politique avec apathie (bien que tout à coup, tout le monde se prenne pour un pseudo-expert de la politique nationale).

Le changement exige une meilleure gouvernance. Il ne s’agit jamais d’une route aisée. C’est un processus en mouvement perpétuel. Cicatrisons nos blessures et persévérons.

Cette élection générale nous a appris que le BN, tout comme le PR ne prennent pas nos votes pour acquis. Trois ministres ont été congédiés par le Parlement. Le Premier Ministre l’a annoncé lors de l’annonce de sa victoire. Il n’a fait preuve d’aucun triomphalisme, mais plutôt de prudence. Il [le Premier Ministre] a également un peu d’introspection à faire s’il regarde et voit son armée de généraux diminuer petit à petit.

Cela étant dit, je voudrais que les gens réfléchissent à certaines choses :
1. Je suis content que les gens aient été vigilants et aient agi face aux manifestations de votes douteux. Mais il est aussi décourageant de voir le traitement fait à certains étrangers, et même à des Malaisiens, juste parce qu’ils correspondent au profil des « personnes à surveiller ». L’une des principales préoccupations de la Malaisie est son racisme et la manière dont cela affecte les relations ethniques depuis des décennies. Ne répétons pas ce cercle vicieux. Apprenons de nos erreurs.

2. Bien que je sois attristé que les militants progressistes de l’UMNO – Saifuddin Abdullah et Dzulkefly Ahmad – n’aient pas remporté de victoire cette fois-ci, je suis extrêment heureux que d’autres personnes n’aient pas remporté de sièges au Parlement (Ibrahim Ali, Zulkifli Noordin, Puad Zarkashi et Ali Rustam). La dernière chose dont nous avons besoin, ce sont de ceux qui suscitent la haine, la violence, l’oppression et génèrent l’incompréhension envers les minorités religieuses, ethniques et sexuelles.

3. Nous pouvons être heureux qu’il y ait un peu de lumière au bout du tunnel – nous avons désormais des personnes comme Rafizi Ramli, Tony Pua, Ong Kian Ming, Nurul Izzah Anwar et dans une autre mesure Khairy Jamaluddin au Parlement. Il s’agit de jeunes leaders qui comprennent les besoins et les demandes d’une génération grandissante et qui peuvent offrir des discours alternatifs viables à quelques politiciens préhistoriques qui ont été malheureusement réélus.

4. Ces élections ont remis en question la capacité de la Commission Electorale à assurer un processus électoral juste et transparent. Je pense que les plus hauts placés de la Commission Electorale doivent se regarder dans le miroir et se demander comment des professionnels, comme ils prétendent l’être, peuvent avoir agi de la sorte. Et surtout, répondre aux soupçons de fraude électorale et d’irrégularités avec des preuves et pas seulement par des démentis.

5. Les deux coalitions doivent être conscientes de la composition du Parlement actuel : le parti UMNO domine la coalition du Barisan Nasional, tandis que les autres partis ont été vidés de leur substance. Quant aux trois partis de la coalition d’opposition, le DAP a remporté presque tous les sièges contestés, le PKR a plutôt bien joué et le PAS n’a que peu souffert.
En regardant la nouvelle formation, verrons-nous un Parlement capable de débattre de politiques et de vrais enjeux, ou bien deux coalitions divisées en fonction de critères ethniques? Le duo UMNO-BN revendiquera très certainement et une fois de plus la supériorité morale de la communauté malaise. Comment trouveront-ils l’équilibre? C’est au Premier Ministre de le comprendre.

6. Les votes oscillent. Alors que les votes des non-malais/musulmans seraient allés au PR, les votes des Malais ne sont pas si faciles à déterminer. Sont-ils allés à l’UMNO? Si oui, pourquoi? Ce sont des questions qui vont dominer la vie politique en Malaisie au cours des prochaines semaines, voire des mois.

7. Des amis disent avoir renoncé à la Malaisie. Et que les résultats de cette élection constituent une raison de leur émigration vers un autre pays. J’ai aussi quelques amis (bien que très peu nombreux) qui ont choisi de ne pas voter cette fois-ci. Pour eux, je dis cela, avec amour : malgré toutes les plaintes concernant les irrégularités électorales, malgré les obstacles et l’inutilité des élections: Ce n’est PAS inutile. CHAQUE vote compte. VOTRE vote aurait pu compter.

8. Si tout le monde avait décidé de rester à la maison et de ne pas voter, que serait-il arrivé à ces sièges avec une très faible marge gagnante? La démocratie n’est pas un système de gouvernance parfait, en particulier la compréhension que la Malaisie a de celui-ci. Mais elle peut toujours être en faveur des Malaisiens. Des gens sont morts pour le droit de vote, alors pourquoi devriez-vous gâcher ce droit? La Malaisie a besoin de vous, de nous tous, maintenant plus que jamais.

L’alternance ne se limite pas au rêve d’un groupe de politiciens. Dans une démocratie participative, nous avons besoin d’être tous actifs. Notre objectif devrait se diriger vers une démocratie vivante, où chaque acteur social a le droit de prendre part à la discussion nationale, et pas seulement de permettre au gouvernement du moment de fixer ses conditions pour nous.

Rappelez-vous aujourd’hui. Tout n’est pas perdu. Pour que les choix que nous faisons maintenant déterminent l’avenir. Cet avenir pourrait ne pas être demain, ni dans les dix prochaines années. Mais n’abandonnez pas la Malaisie, parce qu’elle a besoin de nous maintenant, plus que jamais.

*Shazwan Mustafa Kamal, ancien journaliste en ligne, est étudiant en sciences politiques, études culturelles et des médias.

Traduction : Aliénor Simon
Photo: DR
Source (Aliran) GE13 outcome: All is not lost; we soldier on

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