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Philippines: le témoignage d’un fermier exproprié

« Ils nous traîtent comme des chiens. Nous sommes pauvres mais nous voulons tout-de-même vivre décemment. »

CEBU — Le seul souhait d’Estan Sepada, âgé 21 ans, était de continuer à cultiver son lopin de terre pour subvenir aux besoins de sa famille. Cependant, ce simple rêve lui a été ravi.

Estan, ses parents et certains de ses frères et sœurs travaillaient depuis 1991 sur un peu plus de trois hectares de terre qu’ils louaient dans le district de Magdugo, dans la ville de Toledo aux Philippines. Ils cultivaient du riz, des cocotiers et d’autres produits.

La famille assumait tous les coûts de production. À chaque récolte, ils n’ont jamais manqué de donner sa part au propriétaire de l’exploitation. Ils étaient satisfaits de cette vie simple. Mais la situation a changé lorsque, en 2011, le propriétaire terrien est décédé et que son fils a repris les choses en main.

Estan raconte que le nouveau propriétaire, M. Domingo Segismundo, leur a ordonné de quitter ce lopin. Ils ont refusé. « Nous n’avons nulle part où aller, » explique M. Sepada en philippin. « Nous ne connaissons que l’exploitation de la terre pour survivre. »

Le 13 avril, autour de 11h30 du matin, Billy, le frère de Domingo, ainsi que deux autres personnes, se sont rendus à la maison de Cerilina, la sœur d’Estan.

« Billy leur a enjoint de partir, au risque de vivre quelque chose de bien pire que ce qu’ils avaient pu connaître auparavant », rapporte Estan.

Le 26 avril 2012, la maison d’Estan et de ses parents, située à quelques mètres de celle de Cerilina, a été démolie par les hommes de Billy et du 78è bataillon d’infanterie de l’armée philippine.

Après cet événement, Estan et sa famille ont construit une petite cabane dans la région. Mais pas pour longtemps, d’après Estan ; les hommes de main de Billy et une partie du 78è bataillon ont mis le feu à la maison.

« Maman était seule sur place lorsqu’ils sont arrivés, » raconte Estan. « Ils lui ont dit de sortir si elle ne voulait pas être elle aussi réduite en cendres. Maman n’a pu que pleurer en les regardant incendier la maison. »

Avant ces événements, Billy et ses suiveurs ont également, sans permission, récolté les noix de coco cultivées par la famille Sepada. En une seule descente, ils ont abattu les acajous et les gmelinas et ramassé les produits de cette terre.

Ainsi, Billy a mis sa menace à exécution. Le 14 avril à l’aube, Cerelina, son mari et leurs trois enfants ont été réveillés par de la fumée. Estan se souvient. « Les enfants étaient traumatisés. Pourquoi nous font-ils cela ? » demande-t-il. « Nous n’avons rien fait de mal. »

L’année dernière, avec l’aide de Karapatan-Cebu (division de Cebu d’une organisation non gouvernementale de défense des droits de l’homme), Estan et sa sœur ont déposé une plainte contre le propriétaire terrien, le 78è bataillon d’infanterie et les conseillers du village impliqués, devant le bureau régional de la Commission pour les droits de l’homme (CHR).

Dans une décision prise le 11 décembre 2012, la Commission (division 7) a déclaré que les droits de la famille Sepada avaient été violés.

La Commission a pris note du fait que la démolition avait été entreprise sans l’ordonnance d’un tribunal. Elle a également établi que bien que la famille Sepada ne possédait pas la terre en propre, elle possédait bien les cocotiers pillés et les arbres abattus par le frère du propriétaire.
Toutefois, le bureau régional de la CHR n’a pas prononcé de charges contre le 78è bataillon d’infanterie de l’armée philippine pour s’être associé au frère du propriétaire lors des persécutions de la famille de paysans.

Estan déclare qu’ils ont l’intention de déposer une plainte en relation avec l’événement récent.
« Ils nous traitent comme des chiens, dit Estan. Nous sommes pauvres mais nous voulons tout-de-même vivre décemment. »

La famille a fabriqué un abri de fortune avec des bâches, dans les environs. Ils continuent de travailler la terre, en dépit des menaces. « Nous ne cèderons pas, déclare Estan. Cette terre est notre vie. Nous sommes prêts à mourir pour elle. »

Par Ronalyn V. Olea. Traduction: Cindy Presne (Tradadev)

Photo: John Allman Dayrit/Flickr

Source (Bulatlat) Peasant family’s home burned down

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