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Être une femme et pauvre en Malaisie

La Malaisie devrait introduire davantage de politique publique afin de pallier les besoins primaires de tout le monde, y compris des femmes, selon Veronica Anne Retnam.

L’histoire de Papathy, mère et grand-mère de 62 ans, qui a dû appeler la police pour faire arrêter son fils alcoolique de 35 ans car il menaçait sa famille.

Papathy a eu la vie dure. Ses petites-filles de 10 et 12 ans sont à sa charge et elle s’occupe également de son mari, âgé de 67 ans et en situation de mobilité réduite. Son fils ne s’est jamais montré responsable et sa belle-fille est morte il y a quelques années.

Papathy s’occupe de la maison pour soutenir sa famille avec sa fille de 23 ans qui travaille à l’usine. Elle a des dettes de 3000 MYR (760 euros) auprès de deux usuriers afin de payer les funérailles de son fils (qui gagnait bien sa vie) et les dépenses quotidiennes qui ont suivi son décès.

Son histoire

A 13 ans, quand Papathy demandait à sa mère pourquoi elle n’allait pas à l’école à la différence de ses frères et soeurs cadets, celle-ci la frappait et répondait : « Si tu vas à l’école, qui s’occupera de tes frères et sœurs? ».

Elle aidait alors sa mère à ramasser des bouts de caoutchouc, à laver les vêtements dans l’étang à proximité, faisait la cuisine et aidait à s’occuper de ses jeunes frères et sœurs. Sa sœur aînée avait la chance de vivre chez ses grands-parents et d’aller à l’école (de ce fait, elle a désormais une meilleure vie).

Papathy a été contrainte de se marier à 22 ans. Elle ne le voulait pas car elle avait observé beaucoup de violence dans les familles, générée par des hommes ivres qui frappaient leur femme. Elle ne voulait pas d’une telle vie.

Le jour de son mariage, une dispute a éclaté chez son futur mari. Assise sur l’estrade, elle voulait se sauver. Mais elle ignorait où aller et comment échapper à la foule. Elle a donc poursuivi sa vie dans une autre plantation de caoutchouc à Sepang: celle où travaillait son mari.

L’année suivante, elle entame un voyage difficile de Selangor à Negri Sembilan pour rentrer chez ses parents. Elle prend le bus à Sepang, et commence un voyage de plus de 11 heures. En fin d’après-midi, elle parcourt seule le chemin qui mène à une autre plantation de caoutchouc, avec son fils de quatre ans dans les bras. Elle ne rencontre pas une seule moto, pas un seul vélo. Lorsqu’elle arrive, sa mère refuse qu’elle reste et Papathy doit donc retourner vivre auprès de son mari alcoolique.

Sa vie est caractérisée par ces épreuves difficiles, la douleur, le manque d’argent et presque dénué de tout bonheur.

A 39 ans, elle a neuf enfants et travaille à la récolte du caoutchouc. Avec la construction de l’Aéroport International de Kuala Lumpur (KLIA), elle est chassée de Sepang et se met, comme beaucoup d’autres, en route pour Seremban afin d’y gagner sa vie avec un mari ivre et sept enfants – le plus jeune ayant sept ans – sur les bras. L’un de ses fils part à Singapour et son fils aîné travaille ailleurs.

Elle cumule souvent les petits boulots, généralement dans l’économie souterraine, rarement enregistrés auprès de la Caisse de Prévoyance des Employés et de la Sécurité Sociale. Elle est la seule à gagner de l’argent jusqu’à ce que ses fils cumulent également plusieurs emplois dès 15 ans. Même à cette époque, elle doit s’occuper de ses fils, tous en passe de devenir alcooliques, à l’exception d’un seul.

Deux de ses fils sont morts depuis. Le fils de 35 ans qu’elle a dénoncé à la police a fait de la prison cinq fois (sa femme l’a quitté avec ses deux enfants pour aller dans un refuge). Seul le fils aîné de Papathy est économiquement indépendant et tient une petite société de nettoyage.

Son fils de 35 ans avait des problèmes de reins entre 4 et 12 ans et on l’a refusé à l’école lorsqu’elle a essayé de l’y inscrire. Seule sa fille de 23 ans a réussi à entrer à Form Three en obtenant des crédits, mais elle a dû arrêter à cause du manque d’argent.

L’histoire de son fils de 35 ans à commencé en fin d’après-midi. Elle a appelé la police à environ 17 h. La police est finalement arrivée vers 20h30 et ses fils avaient déjà eu le temps de prendre la fuite. Après avoir fait une déposition au commissariat à 21 h, elle rentre chez elle où un autre de ses fils avaient frappé son frère, le poussant contre les canalisations et lui infligeant une blessure à la tête. Son a déjà fait de la prison cinq fois. Appeler la police pour le dénoncer a été un véritable traumatisme pour elle.

Cette mère travaille et contribue à la richesse de son pays. C’est aussi le cas d’autres femmes. Leurs enfants exercent des emplois qui n’exigent aucune formation, gagnent un salaire de misère. Et que reçoivent-elles en retour ? Quels sont les points communs dans leurs vies?

C’est une vie de pauvreté portant les symptômes (comme l’alcoolisme de ses fils et de son mari) d’une société qui a marginalisé l’une de ses composantes. A cette pauvreté s’ajoute le coût de la vie élevé avec les prix des produits alimentaires en hausse, un manque de logements dignes de ce nom et de moyens de transport.

Comme si cela ne suffisait pas, ces femmes doivent supporter la douleur de voir leurs enfants dans les classes les plus faibles de l’école sans être capables de sortir du cercle vicieux de la pauvreté. S’il y avait des centres pour enfants dignes de ce nom et un accès à une éducation de qualité, ils n’auraient peut-être pas fait ce qu’ils ont fait ce soir-là. Mais avec un revenu de moins de 1 000 MYR (250 euros), quel espoir reste-t-il à ces femmes? Des enfants grandissant dans des quartiers difficiles, exposés à des vies difficiles ont très peu de chances de devenir des citoyens « utiles », sauf peut-être ceux qui se montrent particulièrement forts.

Si nous sommes supposés devenir une nation développée, nos politiques publiques doivent s’assurer que les besoins primaires en nourriture, logement, éducation et transports sont accessibles aux plus démunis. Il doit y avoir un filet de sécurité. Si nous échouons, les symptômes ne feront qu’augmenter. Nous devons nous occuper correctement des causes de la pauvreté. Distribuer des brochures n’est pas la solution, ni construire des prisons.

Auteur: Veronica Anne Retnam, économiste et chercheur à l’Asian Institute for Early Child Care and Education (AIECCE) est membre d’Aliran, basée à Seremban.

Source (themalaysianinsider.com: To be poor and a woman in Malaysia today
Traduction: Caroline Robert (Tradadev)
Photo: Une fermière malaisienne. Pison Jaujip / Flickr

Lire le 2e volet de la vie de Papathy

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