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Société civile

Singapour, trop laxiste sur la question de l’avortement?

Contexte: Certains députés de Singapour veulent réviser la loi sur l’Intervention volontaire de grossesse afin de diminuer le nombre de pratiques. Les critères des conseils prodigués par les médecins avant une IVG sont remis en cause.

La loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de Singapour autorise l’avortement sans restriction jusqu’à 24 semaines de grossesse. Pour certains députés et experts, comme  » target= »_blank »>Tan Seow Hon, Professeure associée à la Faculté de Droit de l’Université de Singapour,cette loi n’a plus lieu d’être car elle est jugée trop libérale.

Extraits

Pertinence

Je suis d’accord avec ce professeur sur le fait que les lois doivent constamment être remises à jour. De toute évidence, un grand nombre des motivations du gouvernement pour libéraliser l’avortement ne sont plus valides: nous n’avons plus de problème d’explosion démographique et l’accès à la contraception est aujourd’hui plus facile. Toutefois, cela ne signifie pas que les gens ne se tourneront pas vers des  « faiseuses d’anges » si nous révisons la loi. Par exemple, à Hong Kong, beaucoup de femmes avec des grossesses non désirées voyagent à l’extérieur de Shen Zhen afin d’avorter pour moins cher et en secret.

En outre, il y a beaucoup plus de raisons pour encourager les lois libérales sur l’avortement.

Moralité

Le deuxième point du Professeur Tan concerne la morale. Etant moi-même chrétienne, je comprends tout à fait sa position. Cependant, la foi ne doit pas interférer avec les politiques et la politique de manière générale, surtout lorsque l’on vit dans un pays multi-religieux comme celui de Singapour. Je ne veux pas imposer mes valeurs morales aux autres. De la même manière, je ne veux pas qu’ils m’imposent les leurs.

Singapour est un Etat laïc. A ce titre, iI adopte le point de vue de l’éducation publique et les questions de politique publique ne doivent pas comporter d’éléments religieux.

Compte tenu du fait que Singapour est une société pluri-religieuse, il est imprudent, injuste et anticonstitutionnel de la part de l’État de légiférer ou d’approuver les opinions morales d’un groupe religieux au détriment des autres membres de la société. Comme Edwin Dai l’exprime parfaitement « les personnes soutenant le point de vue anti-ivg sont libres de mener leurs grossesses à terme. La même liberté doit être accordée aux personnes souhaitant avoir le choix ».

Le Professeur Tan affirme également qu’une partie de la société « préfère distinguer l’acte d’avortement des images répugnantes et des connotations morales en évoquant le terme ‘interruption de grossesse’ ». Il sous-entend ainsi que ces personnes ont rendu acceptable, quelque chose d’immoral (selon sa définition). Cependant, les militants anti-avortement ne sont-ils pas tout aussi coupables d’une mauvaise définition de cet acte? Ils aiment à appeler les embryons « enfants à naître », « bébés innocents » ou « êtres humains en devenir ». Leur but évident est de faire honte aux personnes en leur faisant croire que l’avortement est un meurtre.

Or, des faits scientifiques prouvent qu’il existe de nettes différences entre les embryons précoces et les fœtus qui arrivent à terme. En 2010, le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, au Royaume-Uni, a publié une étude commandée par le gouvernement, qui conclut que le fœtus n’est pas conscient à moins de 24 semaines.

Maintenant, si vous croyez qu’une « âme » entre dans l’embryon dès sa conception, je peux alors concevoir que vous rejetiez ces preuves scientifiques concernant la douleur et la conscience et que pensiez que l’avortement est contraire à l’éthique à tous les niveaux. Cependant, en tant qu’Etat laïc, nous ne pouvons pas attendre que la législation et les politiques dépendent d’un argument essentiellement religieux.

Dommages émotionnels

Selon une lettre d’Edmund Leong et « Focus on the Family », l’avortement constitue une sévère détresse émotionnelle pour les femmes. Focus on the Family fait de ce motif l’argument principal en faveur d’une révision de la loi, afin de n’autoriser l’IVG qu’aux jeunes femmes de -21 ans, qui ont obtenu l’accord de leurs parents.

Il y a deux revers à la médaille. En observant autour de moi, je constate qu’un certain nombre de ceux qui se livrent à la « promiscuité sexuelle » sont issus de familles où la relation parent-enfant est pauvre. Etant donné que les relations sont déjà mauvaises, ces adolescents seraient donc encore plus stressés émotionnellement s’ils devaient annoncer à leurs parents la mauvaise nouvelle et en gérer les conséquences.

Selon Focus on the Family, chaque parent est également supposé savoir ce qui est le mieux pour le mineur et savoir comment composer avec ses émotions pour l’empêcher de sombrer dans toute forme de détresse psychologique. Cependant, Focus on the Family doit savoir que tous les parents ne sont pas bien informés ou psychologiquement compétents pour gérer les émotions négatives de leur enfant et peuvent même les aggraver en exprimant leur propre déception, et en insistant sur le fait que l’IVG serait contraire à l’éthique.

Cela peut conduire à une situation dans laquelle un enfant n’a pas d’autre choix que de chercher des « faiseuses d’anges » à l’étranger ou localement.

Des taux de natalité plus élevés?

Certains politiciens pensent que restreindre l’avortement peut entraîner une hausse des taux de natalité. Je suis plus enclin à croire que le taux de natalité n’augmente que lorsque les questions suivantes sont abordées : environnement très stressant, coût de la vie et manque de conciliation travail-vie personnelle. Des initiatives telles que la réforme ou l’incitation monétaire ne peuvent avoir que des effets limités sur les choix des gens à fonder une famille, car cela n’élimine que le symptôme mais pas le vrai problème.

En tant que ministre du Développement social et de la Famille Chan Chun Sing est d’accord sur ce point: «empêcher l’avortement et encourager les couples à adopter ne doivent pas être considérés comme des solutions au défi de la fertilité de Singapour».

Donner naissance ne doit pas être affecté durement par le discours nationaliste et présenté comme un devoir public d’ «augmenter les taux de natalité de Singapour».
A Singapour, certains groupes de population doivent recevoir des «conseils» avant d’avorter. Durant cette consultation, le patient doit regarder une vidéo qui interprète sa décision comme pouvant blesser un innocent.
Inutile de dire que cela cause des dommages psychologiques et viole les droits du patient.  Plus important encore, je crois que ceci a pour objectif de promouvoir le programme national d’avoir plus d’enfants. Selon la déclaration de l’Organisation non gouvernementale AWARE, il n’y a pas d’assistance psycho-sociale pour les étrangers, les victimes de viol, les Singapouriens qui n’ont pas passé le certificat d’études ou qui ont trois enfants ou plus. Je suis personnellement d’accord pour dire que cette politique “a des relents d’eugénisme et de discrimination systématique, ayant pour but de nous persuader des gens socialement ‘acceptables’ de ne pas avorter, pendant que l’on retire tout conseil à d’autres qui pourraient vraiment en avoir besoin pour prendre leur décision.”

Il existe enfin d’autres arguments soutenant les politiques libérales sur l’avortement comme le droit des femmes à choisir, lors de situations où une femme est enceinte à la suite d’un viol ou lorsqu’elle n’a pas les moyens financiers pour s’occuper d’un enfant.

Jeraldine Phneah. Traduction: Aliénor Simon
Source (The Online Citizen) Great abortion debate

Photo: SodanieChea / Flickr

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