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Thaïlande: le rôle de la Malaisie dans les pourparlers de paix avec des rebelles du Sud

Contexte: Des pourparlers inédits entre le pouvoir thaïlandais et les séparatistes du sud du pays ont débuté en Malaisie en mars dernier.

Dans son rôle de médiateur, la Malaisie – sans parler des parties concernées – devra veiller à ce que le « KL Process » ne se transforme pas en une affaire d’argent et d’aller-retours, comme cela arrive souvent.

EXTRAITS
Malgré les antipathies déclarées des deux camps sur le fait que la Malaisie joue le rôle de médiateur, le dialogue de paix qui commence à se mettre en place entre le gouvernement thaïlandais et « les peuples qui ne partagent pas les mêmes opinions et idéologies que l’Etat » connait une vraie montée en puissance en Thaïlande.

Contrairement aux premières impressions de nombreux commentateurs, les premiers pas de ce processus ont été adroitement menés, ce qui était crucial. Thawee Sodsong, le chef de l’administration des provinces de la frontière sud, un homme considéré comme un personnage clé de ce processus, s’accroche à ce que l’on surnomme le « KL process » (parce que le document a été signé à Kuala Lumpur le 28 février de cette année).

D’abord, le fait d’avoir commencé avec un document écrit engage la Thaïlande ; c’était un acte courageux et judicieux. Dans ce qui est essentiellement un accord de dialogue (le nom officiel de ce document est « Consensus général sur le processus de dialogue de Paix »), la Thaïlande expose clairement les enjeux et explicite son investissement politique dans le « KL Process ». Contrairement aux tentatives qui ont eu lieu dans le passé, la représentation Thaïlandaise est officielle et présente dès le début ; cela évite donc tout ambiguïté dans le mandat du Conseil National de Sécurité.

Le gouvernement thaïlandais a également pris de bonnes dispositions et semble avoir un plan d’action. En cas de succès, un accord de paix signé à l’encre constituerait une étape solide pour le retour de Thaksin en Thaïlande.

En attendant, les experts et commentateurs ont exprimé leurs doutes sur le fait que la délégation des quatre représentants du BRN (Barisan Revolusi Nasional) – des entités déjà impliquées dans les précédents processus de paix – est vraiment représentative des opinions des combattants du BRN.
Le « Consensus général » comporte plusieurs points essentiels qu’il convient de mentionner.
Premièrement : le fait que le BRN soit reconnu comme le principal groupe de résistance de Patani, ce qui a échappé à de nombreux commentateurs. Cette reconnaissance signifie que la rupture qui s’est opérée au sein du BRN dans les années 1980 ne reflète pas la réalité actuelle de l’organisation, hiérarchisée et sophistiquée. Le gouvernement thaïlandais a soigneusement évité les conflits entre les différents groupes en reconnaissant le BRN, plutôt que de faire appel au PULO (Patani United Liberation Organisation), le groupe de résistance le plus virulent.

Le second point important du « Consensus général » est qu’il va à l’encontre de la rhétorique communément admise qui considère l’ancien Premier Ministre Thaksin Shinawatra comme un saboteur de la paix. Le « KL Process » offre déjà plus de promesses que toutes les tentatives précédentes. L’esprit d’ouverture de l’actuel processus se reflète dans les clameurs et l’intérêt qu’il suscite dans la société civile, la politique intérieure et les groupes qui veulent y participer. Le document demande notamment la mise en place d’un Groupe de Travail (JWG, Joint Working Group).

L’aptitude du BRN à participer à des négociations a été mise en doute : pour les commentateurs, ce que pense vraiment l’insurrection reste à vérifier. Un autre sujet d’inquiétude est le besoin d’un vrai Conseil des groupes de résistance. Cela deviendra une évidence si le leadership du BRN a du mal à émerger, alors qu’ils donnent déjà le sentiment de ne pas avoir une expérience suffisante en matière de négociation.

Reste sans doute à savoir si le BRN est prêt à faire des compromis ; ou, en d’autres termes, ce que le gouvernement thaïlandais met sur la table est-il suffisamment attractif pour accélérer le processus de diminution des violences et proposer une feuille de route pour une résolution pacifique du plus long conflit interne qu’ait connu la Thaïlande.

Dans les prochaines étapes, plusieurs événements vaudront la peine d’être suivis.

En premier lieu les mesures destinées à renforcer la confiance réciproque. Sans même parler de « qui » en prendra l’initiative, les différents camps devront élaborer des mesures crédibles pour forger cette confiance, notamment le fait d’inclure les partie prenantes plutôt que de se limiter aux militants et groupes de résistance en exil. La façon dont les parties vont ouvrir l’espace de négociation sera déterminante : il sera par exemple particulièrement intéressant de voir comment les « mesures de sécurité » évoquées rapidement dans le document seront négociées. Cela demandera peut-être la constitution de groupes de travail conduits par le JWG.

Les deux camps demanderont sans doute des trêves, sous différentes formes : par exemple (mais pas seulement) un cessez-le-feu, l’abrogation de certaines lois et/ou des pouvoirs d’arrestation, de détention, l’immunité et les libertés fondamentales, qui sont aujourd’hui fixés par le Décret d’Etat d’Urgence et de la Loi Martiale. La réintégration de plusieurs centaines d’anciens combattants qui résident en Malaisie pourrait également être une mesure digne de renforcer la confiance.

Le « KL Process » ouvre ainsi des possibilités prometteuses ; les semaines et mois qui viennent nous diront si les deux camps sont capables de maintenir cet état d’esprit constructif.

Traduction: Louise de Neve
Source (New Mandala): The KL Process

Photo: Asia Foundation
Autre article (AFP/Libération) : Thaïlande: ouverture de pourparlers de paix avec des rebelles du Sud

En savoir plus (anglais):
Conflict Management and Resolution in Asia: The Role of Civil Societies in Thailand’s Deep South (Asia Foundation)

Can civil society bridge the gap to peace in Thailand’s deep South (Asia Foundation)

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