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Pour la réintroduction des dialectes à Singapour

EXTRAITS
Depuis des années, l’anglais et le mandarin sont privilégiés dans les médias de Singapour, tandis que les dialectes sont relégués à la sphère privée, avec les grands-parents et le voisinage.

En 1978, le Goh Report, une évaluation sur le système éducatif singapourien menée par le Dr. Goh Keng Swee, montrait que moins de 40% des étudiants parvenaient à atteindre le niveau de compétence minimum en deux langues. Le gouvernement a attribué la faible maîtrise du mandarin par les Sino-singapouriens à l’usage domestique des langues non-chinoises, plus connues sous le terme de « dialectes » à Singapour (principalement le hokkien, le teochew, le cantonnais et le hakka).

De cette façon, il a commencé à interdire les dialectes dans les médias et la campagne « parler mandarin » a débuté pour encourager les Chinois de Singapour à parler une deuxième langue commune: le mandarin à la place des dialectes.

De plus, les parents les plus pragmatiques d’aujourd’hui ne veulent pas se donner la peine de transmettre leur connaissance des dialectes aux jeunes Singapouriens. Ils préfèrent se concentrer sur la maîtrise de l’anglais ou du mandarin, testés aux épreuves nationales.

En conséquence, beaucoup de jeunes Singapouriens de ma génération sont incapables de parler les dialectes. Une raison communément citée pour ramener les dialectes dans les médias singapouriens est la « préservation culturelle », afin de s’assurer que les dialectes ne disparaissent pas. Toutefois, il existe d’autres raisons pour lesquelles nous devons réintégrer les dialectes dans notre société singapourienne.

Tout d’abord, l’idée selon laquelle la maîtrise des dialectes interfère avec l’apprentissage du mandarin et de l’anglais n’est plus valide. La science a prouvé que les jeunes enfants sont remarquablement doués pour l’apprentissage simultané de plusieurs langues. Selon Michael Paradis, un neurologiste de l’université de McGill de Montréal, les enfants peuvent développer l’accentuation originelle/native dans chaque langue. Une fois à l’âge adulte, toutes les langues acquises demeurent à l’esprit sans interférer sur les autres.

Je représentais Singapour lors d’une conférence pour les jeunes leaders internationaux chinois l’année dernière en Chine et j’ai été très impressionnée de voir à quel point les jeunes d’autres pays, plus particulièrement de Hong Kong et de Malaisie, parlaient couramment non seulement l’anglais et le chinois mais aussi leurs dialectes.

Deuxièmement, réintroduire les dialectes permet aux personnes âgées de Singapour de ne plus être isolées de la société car beaucoup d’entre elles parlent principalement les dialectes et sont illettrées. Plusieurs politiciens ont tendance à rejeter les personnes âgées sous prétexte qu’elles ne contribuent pas à notre société. Ils devraient toutefois s’interroger sur les politiques empêchant ces dernières de le faire.

Dans un premier temps, les personnes âgées sont-elles capables d’apprendre de nouvelles choses si rien ne leur est enseigné dans la langue avec laquelle elles sont le plus familières? De même, sont-elles capables de comprendre les événements de notre société s’ils ne sont diffusés qu’en mandarin?

De plus beaucoup d’entre elles ont des difficultés à marcher en raison de leur grand âge. De ce fait, l’un de leur principal divertissement – et manière de rester en contact avec le monde – est la télévision et les informations. Ma grand-mère en est l’exemple. Elle passe son temps à regarder la télévision et j’espère toujours que nous aurons un jour des divertissements en hokkien qu’elle pourra davantage apprécier.

Très important, le manque de compréhension des dialectes peut également affecter les liens familiaux. Beaucoup de mes pairs ont des difficultés à communiquer et à créer de liens avec leurs grands-parents car ils sont incapables de parler les dialectes.

Enfin, avec l’essor de la Chine et des ses provinces respectives, je crois que l’étude des dialectes peut nous aider dans nos relation avec nos homologues chinois à l’étranger.

Texte rédigé par Jeraldine Phneah, la présidente de Creatives For Causes, la principale agence de création bénévole d’Asie. Elle est également en troisième année de communication et d’information à l’université technologique de Nanyang et est une ancienne stagiaire du cabinet du Premier Ministre.

Traduction: Aliénor Simon
Source (The Online Citizen): Reintroduce dialects back into Singapore
Photo: Source: http://data.whicdn.com/images/43345230/panora_large.jpg

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