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Philippines: le suicide d’une étudiante remet en question la politique d’accès à l’éducation

En vertue d’une journée de deuil à la mémoire de l’étudiante Kristel Pilar Mariz Tejada, l’Université des Philippines à Manille a suspendu ses cours le 18 mars dernier. Une semaine de manifestations est également prévue dans la capitale. Pour les manifestants, le gouvernement est responsable de la mort de l’étudiante, en raison de sa politique d’accès à l’éducation.

« Un décès causé par le prix élevé de l’éducation aux Philippines est un décès de trop. Il faut faire quelque chose. Cette semaine, nous devons réécrire l’histoire », a déclaré Terry Ridon, président d’un petit parti politique en faveur de la jeunesse, Kabataan.

Kristel Tejada, 16 ans, habitante du district Tondo, à Manille, a été retrouvée inconsciente par sa mère vers 3h du matin, le 15 mars dernier. « J’espère qu’on me regrettera », disait le dernier statut Facebook de Tejada.

D’après Terry Ridon, la « protestation » s’élève contre une politique injuste des frais de scolarité des Universités publiques. Ces politiques « ont été l’un des facteurs majeurs du décès de l’étudiante de l’Université Publique de Manille vendredi dernier.

« Tandis que les étudiants font le deuil de leur camarade, nous renforçons notre ligne de conduite afin de nous assurer qu’aucune vie supplémentaire ne sera perdue à cause des frais de scolarité qui ne cessent de grimper, et des politiques répressives en ce qui concerne ces frais. Aujourd’hui, nous débutons une manifestation d’une semaine contre l’état de détérioration du système éducatif philippin », a -t-il ajouté.

Dans une interview télévisée, la mère de Kristel a annoncé que sa fille s’était suicidée après avoir dû abandonner les cours car elle n’avait pas payé ses frais de scolarité à temps. L’une des politiques de l’Université des Philippines à Manille n’autorise pas les paiements tardifs et forcerait ainsi les étudiants à abandonner les cours.

Kristel Tejada, alors étudiante en première année de Sciences du Comportement à l’université, n’a pas pu payer ses frais de scolarité à temps. Des fonctionnaires de l’Université de Manille ont déclaré dans un reportage télévisé que la jeune fille avait demandé un prêt étudiant pour financer son premier semestre. La date butoir pour le rembourser avait été prolongée du 30 novembre à décembre 2012, démontrant leur « compréhension envers la situation financière de sa famille ».

En janvier dernier, Cristopher, son père, a fait une nouvelle demande de prêt. Mais « puisque le semestre avait déjà commencé, la demande a été refusée. »

Dans cette déclaration, Anakbayan, organisation de la jeunesse philippine pour la démocratie, a déclaré que le père de Kristel était chauffeur de taxi à mi-temps et que sa mère était femme au foyer. « Malgré tout, ils ont été répertoriés dans la ‘Classe D’ du tristement célèbre Programme social des frais de scolarité de l’Université des Philippines (STFAP). Résultat: l’étudiante a dû payer des charges de 300 pesos par cours (6 euros) », a déclaré le mouvement des jeunes.

Des élèves de l’Université des Philippines à Diliman et à Manille, tout comme l’Université Polytechnique des Philippines, ont organisé une cérémonies pendant laquelle ils ont allumé des chandelles, le 15 mars.

Le président de l’Université Publique, Alfredo Pascual, a déclaré dans un reportage philippin qu’ils « ont demandé à tous les dirigeants des campus universitaires de l’Etat de ne pas interdire l’inscription d’étudiants qualifiés, mais pauvres. »
L’Université des Philippines a également récemment annoncé la rédaction d’une politique excluant les retards de paiement.

Par le passé, des tentatives afin de mettre un terme à la politique de paiement des Universités Publiques ont déjà eu lieu. Néanmoins, d’après les militants, ces tentatives se sont heurtées à un mur.

Le 14 novembre 2012, Cleve Arguelles, tuteur des étudiants de l’Université, a déclaré lors du Forum Public du Centre d’Etudes du Tiers Monde de l’Université que d’après la politique de paiement de l’Université de Manille, « le bureau du vice président des Affaires Universitaires n’acceptait pas de courrier concernant les paiements en retard. »

D’après un rapport établi par le Bureau Universitaire des Bourses et des Services étudiants, seulement 1 étudiant sur 100 bénéficierait d’une éducation gratuite.

Issa Baguisi, porte-parole nationale de la Ligue des Étudiants Philippins, a déclaré que le Programme social des frais de scolarité et de soutien financier (STFAP) n’était « qu’une façade pour cacher l’augmentation des frais. Le STFAP masque la nécessité d’augmenter les subventions de l’Etat car il peut toujours générer des revenus aux dépens des étudiants afin de compléter les maigres subventions du gouvernement pour l’éducation. » (avant le STFAP, les frais de scolarité universitaires s’élevaient à environ 14 pesos par cours. Lorsque le STFAP est entré en vigueur en 1989, les frais de scolarité sont passés à 200P. En 2007, les frais sont montés jusqu’à 1 000P Aujourd’hui, ils en sont à 1 500P (soit 29 euros par cours.)

La mère de Kristel Tajada a déclaré lors d’une interview télévisée que ceci devrait servir d’avertissement pour le gouvernement philippin.

Outre la pauvreté, Issa Baguisi, porte parole national de la Ligue des Etudiants philippins, a affirmé que Tejada est une victime de la négligence du gouvernement d’Aquino : «Elle représente les jeunes Philippins contraints de vivre dans des conditions déplorables parce que les politiques économiques d’Aquino proposant des emplois non adaptés, des salaires injustes, une éducation inaccessible etc. »

Bayan Muna, du parti progressiste, a également dénoncé la politique de paiement de l’université, ajoutant qu’au lieu de forcer les étudiants à abandonner les cours, « l’université devrait chercher d’autres moyens d’aider les étudiants à faire face aux difficultés financières au lieu d’accabler davantage les étudiants et leurs familles. »

Pour une augmentation des subventions publiques

Le parti Kabataan a déclaré que d’autres universités sont également victimes des faibles subventions de l’Etat. D’après un récent rapport de la Commission des Etudes Supérieures, 8 jeunes sur 10 ayant obtenu leur bac en 2010 n’ont pas été à l’université. Cela est surtout dû aux frais de scolarités élevés et aux autres frais, même dans les universités publiques.

« Nous avons lancé des appels clairs tout le long et nous avons pris la parole au Congrès de nombreuses fois afin de nous battre pour le droit à l’éducation et pourtant, seuls quelques-uns ont été prêts à écouter et encore moins à répondre. »

Traduction: Caroline Robert (Tradadev)

Lire la suite (Bulatlat): Youth groups mourn Tejada’s death black protest

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