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Baie de Manille: non à l’urbanisation au détriment de la mer

Selon la coalition People’s NICHE, l’urbanisation de la Baie de Manille nuit à l’écosystème marin. Elle appelle à restaurer le littoral, non à l’exploiter.

«Pousser davantage l’exploitation de la Baie de Manille nuit gravement à l’écosystème marin, déjà fragile qui, lui, participe à la production alimentaire et atténue les conséquences des catastrophes naturelles et des inondations des zones avoisinantes.» – Réseau du Peuple pour l’Intégrité des Habitats et Écosystèmes côtiers.

Une nouvelle alliance qui regroupe les intérêts de plusieurs secteurs et souhaite protéger les écosystèmes marins demande à Alfredo Lim, maire de Manille, de retirer une ordonnance visant à autoriser l’aménagement de la Baie de Manille et à autoriser la société Manila Goldcoast à récupérer une part du territoire pour son exploitation commerciale.

Appelée People’s NICHE (People’s Network for the Integrity of Coastal Habitats and Ecosystems), cette alliance propose de restaurer, au lieu d’urbaniser les côtes. Cette proposition est arrivée au milieu de discussions sur l’ouverture de « Solar City », un futur complexe commercial dédié aux loisirs et au tourisme.

Pour le Dr. Jojo Carabeo, porte-parole de People’s NICHE, « la baie a une valeur historique et culturelle qui doit être préservée pour les générations futures ».

Dégradation irréversible

La conquête de terres sur la mer a été présentée comme une « forme irréversible de dégradation de l’environnement » par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Pourtant, selon le People’s Summit on the Impacts of Land Reclamation, le gouvernement philippin a donné le feu vert à la PRA (autorité chargée de l’aménagement du littoral) pour lancer les projets de poldérisation (assèchement des mers) au niveau national, via des partenariats publiques/privés (PPP).

Dans le cadre du National Reclamation Plan (NRP), le gouvernement Aquino s’apprête en effet à lancer 102 projets d’urbanisation couvrant 38 000 hectares de littoral.
Trente-huit de ces projets représentant 26 234 hectares, soit 70% de la superficie totale, seront mis en œuvre dans la Baie de Manille. Ils couvriront plusieurs villes côtières de la province de Cavite, du Grand Manille (Metro Manila) et de la région de Luçon.

La Baie de Manille a déjà été en partie poldérisée, ce qui s’est accompagné d’un accroissement des inondations dans le Grand Manille. Sans parler de la diminution du nombre de poissons péchés dans les eaux environnantes : « Les résultats de la pêche ont diminué de façon régulière en raison de la dégradation sévère des habitats côtiers et marins. Près de 98 % des récifs coralliens sont menacés, 75,6 % de la mangrove a disparu en près de 80 ans et la moitié des herbiers marins a disparu en 50 ans », selon People’s NICHE.

Parmi les causes de la dégradation avancée des habitats côtiers et marins, figure la poldérisation extensive.

Le boom immobilier incite fortement à l’urbanisation, mais les promoteurs « ne cherchent qu’à trouver des terres à moindre coût, » explique Lourdes Montemayor, économiste environnementale.

« Souvent, les promoteurs opposent les prix des terrains aux coûts de l’assèchement des mers, mais ils ont tort», dénonce Lourdes Montemayor. Dans son étude sur l’agglomération de Cebu, elle a compris que lorsqu’un projet a des conséquences publiques, il faut toujours considérer les paramètres sociaux. Or, les promoteurs ne voient que les coûts des travaux d’aménagement, pas les coûts sociaux et environnementaux de ces derniers. « La conquête de la terre sur la mer est payante pour les promoteurs mais pas pour les autres », conclut Montemayor.

Lorsqu’une terre a été poldérisée, la valeur immobilière des terres avoisinantes décline, surtout si celles-ci ne sont pas aménagées et si elles sont davantage menacées par les inondations en raison de cette « bonification ».

Miné par la corruption

Plutôt que d’encourager les projets comme Solar City dans la Baie de Manille, « le gouvernement national et les autorités municipales devraient concentrer leurs efforts sur la restauration de l’environnement de la baie et des alentours. [Mais] Jusqu’ici, le gouvernement n’a même pas mis en œuvre le nettoyage de la baie, comme la Cour suprême lui en a donné l’ordre  », rappelle le Dr. Carabeo.

Le 15 février 2011, la Cour suprême avait en effet rendu une décision s’appuyant sur les recommandations du MBAC (Comité de conseil de la Baie de Manille) pour établir un calendrier de l’assainissement ordonné en décembre 2008 en réponse à une plainte déposée par des « résidents soucieux de la Baie de Manille », contre l’inaction du gouvernement.

Le réseau People’s NICHE a appelé le gouvernement à imposer un moratoire de 10 ans sur les projets d’urbanisation du littoral. Cet appel a été approuvé par 75 organisations qui ont tenu le premier sommet des peuples sur les impacts de la poldérisation à la fin de l’année dernière.

« Le passé des projets d’aménagement du territoire est miné par la corruption et le manque d’acceptabilité sociale, comme nous l’avons vu dans l’affaire controversée de PEA-Amari et dans le projet irrégulier d’autoroute Diosdado Macapagal, qui ont causé l’expulsion de milliers de familles du Grand Manille  », conclut Clemente Bautista Jr, coordinateur national du réseau Kalikasan du peuple pour l’environnement (Kalikasan est une ONG de défense de l’environnement aux Philippines).

Traduction: Cindy Presne (Tradadev)
Source: Broad alliance urges Manila mayor Lim restore not reclaim Manila Bay (Bulatlat)

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