AlterAsia

Politique

« Au Cambodge, le journalisme n’existe pas »

Interview de Mam Sonando à la veille de son procès en appel, réalisée par Reporters sans frontières (RSF), depuis le Centre Correctionnel n°1 de Phnom Penh.

Reporters sans frontières : En quoi consiste votre rôle au sein de l’Association des Démocrates?
Mam Sonando: J’apprends aux Cambodgiens que je rencontre à connaître leurs droits fondamentaux et la Constitution du Cambodge. Je leur donne souvent la métaphore suivante pour qu’ils protègent mieux leurs droits : chacun a besoin d’air pour respirer. Si jamais on vous le confisque, que vous reste-t-il ? C’est pareil pour nos droits. La plupart des Cambodgiens sont bouddhistes, donc tout passe par le respect d’autrui et la non-violence. Quand je me rends dans les campagnes, je distribue aussi des médicaments pour les aider car, là où je me rends, ils n’ont souvent accès à rien en termes de soins.

Comment votre détention se passe-t-elle?
En ce qui concerne ma santé, je me porte très bien pour un homme de 71 ans ! Je me sens bien, mais ça reste la vie dans une prison dans laquelle je ne suis pas légitime. Je reçois des visites de ma famille, donc je m’estime content. A mon stade, ce n’est pas la nourriture ou l’amusement qui compte. Je ne pense qu’aux Cambodgiens qui tombent un peu plus bas de génération en génération. Je pense que nos dirigeants ne sont pas à la hauteur de la tâche. Quand je sortirai, j’aurai la même détermination pour défendre la démocratie et les droits de l’Homme. Même en prison, je continue à aider la société. Fin février, on a organisé une cérémonie de levée de fonds pour construire une école dans la province de Kompong Cham. Même si je suis en prison, les gens s’organisent et sont solidaires.

Avez-vous confiance en la justice de votre pays?
Je sais que le Premier Ministre Hun Sen n’est pas content de mes activités mais j’ai quand même décidé d’affronter ses reproches. Je ne veux pas me cacher et je n’aime pas que l’on me tire dans le dos. Une rencontre avec lui ne m’intéresserait même pas. Je crois que si cela devait se faire, ce serait simplement une bonne surprise pour de nombreux Cambodgiens. Je n’ai pas le choix de la justice qui m’est donnée. Je n’ai que faire d’être condamné à 20 ou 30 ans tant que je peux être un bon exemple pour les Cambodgiens. Ma force est que l’on ne peut pas m’acheter. Je n’ai pas de tentation si ce n’est juste celle de faire quelque chose de bien pour l’être humain. C’est dommage que ceux qui sont au pouvoir détruisent le pays.

J’ai changé de défense et j’ai deux très bons avocats à ce jour, qui se battent sur de vrais problèmes de loi et de droit. C’est rare. En général, un avocat négocie financièrement avec le juge. Mais les miens ont même lu mon dossier ! Que je quitte la prison ou que j’y reste n’est plus le problème. Je me battrai quand même pour la justice au Cambodge et pour me défendre. Mais je ne veux surtout pas compter les jours !

Quel rôle la communauté internationale doit-elle jouer au Cambodge?
Après le régime de Pol Pot, les Cambodgiens étaient désespérés et perdus. C’est là qu’a crû leur désir de démocratie. Avec le temps, la connaissance du concept a également évolué et les Cambodgiens ont commencé à prendre conscience du caractère positif de ce concept, dont ils ne comprenaient pas vraiment le sens. Ils ont donc commencé à écouter les grands pays démocrates, comme la France et les Etats-Unis. De ce fait, si la communauté internationale ne leur vient pas en aide, qui le fera ? Il serait temps d’observer consciencieusement les petits-enfants des pères de la démocratie, pour voir si tout est bien assumé…

Que pensez-vous du journalisme au Cambodge?
Le journalisme, au Cambodge, n’existe pas. Les journalistes ne jouent pas leur rôle honnêtement, car ils ont peur et baissent la tête devant les moindres menaces. J’ai voulu faire mon travail de manière honnête, et c’est pour cela que je ne plais à personne (…) Je ne suis pas né pour faire plaisir à un Premier ministre. Je fais ce que j’ai le droit de faire, dans le respect de la Constitution. Si ton droit existe et que tu ne t’en sers pas, alors il ne sert à rien.

L’intégralité de l’article (RSF)
Photo: DR

Lire aussi:
Mam Sonando renvoyé en prison « pour une bonne raison »

En savoir plus (en anglais):
Exclusive interview of Mam Sonando in jail
A positive move? Cambodian court drops Sonando charges, adds more

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.