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La destruction des tourbières se poursuit en Indonésie

Source: Asia Sentinel

Une étude de la revue Nature montre que les émissions de carbone sont encore plus importantes que prévues.

D’après une étude publiée jeudi dans le journal britannique Nature, des millions de tonnes de carbone gisant dans les forêts à tourbières sont relâchées dans l’atmosphère à un rythme alarmant, à mesure que la déforestation, le drainage et le feu les transforment en dioxyde de carbone.

La forêt couvre approximativement 60% du pays, ce qui en fait la troisième plus grande forêt tropicale humide du monde, selon le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier des Nations Unies (UN-REDD). Ce Fonds a fait l’objet d’un projet de travail et d’un décret présidentiel par le président Susilo Bambang Yudhoyono en 2007, pour commander le ralentissement des émissions mais à ce jour, peu de progrès ont été accomplis dans ce sens.

Si REDD+ (même projet appliqué dans les pays en voie de développement) était mis en place en Indonésie, il changerait la manière dont les ressources naturelles sont exploitées en établissant une carte standardisée, en créant des titres fonciers, des concessions minières et forestières et en poussant les autorités régionales à jouer la carte de la transparence sur l’utilisation des terres. À l’heure actuelle, le système fait l’objet de tellement d’abus qu’il est virtuellement impossible de connaître avec certitude les limites exactes des forêts, y compris les zones nationales supposées être protégées.

L’étude de Nature, intitulée « Profonde instabilité des tourbières tropicales déboisées révélée par les flux de carbone organique fluvial » (l’article est disponible dans son intégralité par abonnement uniquement), se moque des nombreuses déclarations du gouvernement indonésien qui essaie de mettre un terme à la déforestation. D’après cette étude, les tourbières tropicales abritent l’une des plus grandes réserves de carbone à l’état organique du monde, réserve qui en contiendrait environ 89 000 téragrammes (1 Tg est égal à un milliard de kilogrammes). L’Indonésie recèle quelque 65% de cette réserve de carbone qui se transforme en « source significative mondiale de dégagement de dioxyde de carbone dans l’atmosphère »

Ce dioxyde de carbone, libéré dans l’air par les forêts et les usines de pays industrialisés brûlant des combustibles fossiles, représente la plus grande source d’émissions des gaz à effet de serre qui seront à l’origine, à la fin du siècle, d’un réchauffement d’au moins 2 °C de la température moyenne du globe.

« Nous avons mesuré les rejets de carbone dans les canaux qui drainent les tourbières intactes et les tourbières déboisées. Nous avons découvert que la quantité de carbone dégagée est de 50% plus importante dans les canaux en provenance des marais déboisés qu’en provenance des marais intouchés », déclare Sam Moore, auteur principal de l’étude et ancien doctorant à l’Université ouverte du Royaume-Uni, dans un communiqué de presse.

« Le carbone organique dissout en provenance des tourbières intouchées provient principalement de matériau végétal frais, alors que le carbone qui émane des zones déboisées est bien plus ancien – vieux de siècles, voire de millénaires – et provient des profondeurs de la colonne de tourbe. »

Les chercheurs expliquent que les émissions de carbone des tourbières déboisées « pourraient être plus importantes que prévu. »

« La datation au carbone indique que le carbone supplémentaire échappé des marais déboisés provient d’une tourbe qui avait été bien enterrée pendant des milliers d’années. Ces émissions causées par le système de drainage des tourbières exploitées ne sont généralement pas prises en compte dans les bilans d’échange carbonique des écosystèmes. Or, d’après l’équipe de recherche, elles augmentent les émanations totales de carbone de 22 %, » annoncent-ils.

« En conditions normales, l’eau de pluie quitte l’écosystème en ruisselant dans la végétation, mais les conséquences de la déforestation la force à traverser la tourbe, où elle dissout le carbone fossile sur son passage. »

Vincent Gauci, auteur-ressource pour l’article et maître de conférences en systèmes terrestres et sciences des écosystèmes à l’Université ouverte, estime que la libération du carbone fossile est causée par l’expansion de l’agriculture, notamment pour l’exploitation de l’huile de palme.

« Ce carbone ancien s’exhale hors des tourbières asiatiques à mesure que les terres sont retournées pour être exploitées et répondre à la demande mondiale en termes de nourriture et de biocombustible, » expose-t-il. « Ce processus a entraîné une forte augmentation des émissions de carbone en provenance des rivières d’Asie du sud-est qui traversent les écosystèmes tourbiers, augmentation de plus de 32 % au cours des 20 dernières années, ce qui représente plus de la moitié de toutes les émissions de carbones des tourbières européennes pendant un an. La destruction des marais de tourbe asiatiques est un désastre environnemental au niveau mondial, mais contrairement à la déforestation en Amazonie, peu de gens savent ce qui est en train de se produire. »

Une autre étude publiée au mois de septembre dernier dans Nature Climate Change, revue analogue, a dévoilé qu’en 2010 seulement, le défrichage en vue d’exploiter l’huile de palme de la région du Kalimantan a permis l’émission de plus de 140 million de tonnes de dioxyde de carbone, ce qui équivaut approximativement aux émissions produites par 28 millions de véhicules pendant un an.

« Depuis 1990, le développement des plantations d’huile de palme a causé le défrichement d’environ16 000 km² des forêts primaire et de coupe du Kalimantan, à peu près la superficie de l’archipel de Hawaï. Selon les auteurs de l’étude, cela représente 60 % de la couverture boisée totale perdue du Kalimantan depuis ce moment.

« En dépit de débats litigieux relatifs au type et à l’usage des terres consacrées à l’exploitation de l’huile de palme, le secteur a rapidement grandi au cours des 20 dernières années, » constate Lisa M. Curran, chef de projet, professeur d’anthropologie environnementale à l’université de Stanford et agrégée supérieure à l’Institut Stanford Woods pour l’environnement. En associant des mesures de terrain avec des analyses d’images satellite haute-résolution, l’étude a examiné les terres destinées à l’exploitation et attesté des émissions de carbone de ces terres une fois converties en plantations d’huile de palme. »

Photo: Greenpeace

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